Il nous reste à comprendre comment ce monde peut à la fois se fissurer à tous les étages, éloignant, séparant, divisant, et par ailleurs, se massifier, s’agglomérer, telle une soupe épaisse et moulinée, sans morceaux ni goût, mais facile à digérer.
Il nous reste à comprendre comment ce monde peut à la fois se fissurer à tous les étages, éloignant, séparant, divisant, et par ailleurs, se massifier, s’agglomérer, telle une soupe épaisse et moulinée, sans morceaux ni goût, mais facile à digérer.
Comme tu es prompt à juger.
Joue d’abord et jongle avec les voix, emprunte le masque de ton voisin et regarde aussi sous la table.
Êtes-vous agrafe ou trombone ?
Incultes, frustes, bornés, rustauds, ignares et tellement lents dans un monde de bougies et de chars à bœufs, nos grossiers ancêtres nous donnent une idée assez fine de ce que l’on pensera de nous dans quelques générations.
Il y a ceux qui copient, sans le dire, ceux qui imitent, sans le savoir et ceux qui jalousent, faute de pouvoir.
Les autres jouent au scrabble.
Si peu tu sais
Si loin tu veux
Si mal tu vois
Si haut tu crois
Comme le temps passe, dites-vous !
Assurément non. Bien agrippé à votre visage, il reste là et s’exhibe, tout en creux et en bosses.
Avec le temps, les certitudes douteuses et puissamment charpentées d’une jeunesse braillarde laissent place aux doutes certains et nerveusement scandés d’une vieillesse gâteuse.
− Que sais-tu de la montagne, toi petit homme d’en bas ?
− Que sais-tu de la vallée, toi petit dieu d’en haut ?
− Que savez-vous du voyage, vous dont les regards s’agrippent à leur géographie ?
Monde grisé mais sans ivresse.
Elle avait l’oreille délicatement dessinée, attentionnée et clémente, semblait-il, et d’une patience qu’un regard lent et bleu confirmait avec douceur.
Mais sa bouche − par quelle incompréhensible distorsion ? − était rêche et sans appel, d’une sécheresse millimétrée et terriblement définitive.
J’appris qu’elle était un peu sourde et très myope.
La jalousie te donne mauvaise haleine. Tu sens du discours.
Faute de mandat il s’inventa un trône.
Et il fut craint, le tyranneau grimé, et envié dans un brouhaha cérémoniel.
Certains se lèvent en cachette, avant l’heure, d’autres, avant l’heure aussi, ne pensent qu’à se coucher.
Conflit de générations.
À poncer la terre et limer l’homme, on finira bien par obtenir un monde poli.
Gardez-moi les copeaux.
Les ratures, nombreuses pourtant, ne cachaient pas toutes les fautes dont son visage − telle une dictée de cancre − était criblé.
Je ferais un piètre négociateur : je n’ai jamais pu résister à un sourire en si mineur.
Il est des matins amnésiques qui effacent leurs nuits colorées n’en conservant qu’un goût lointain et sans histoire.
Un peu de lenteur sans rime dans ces urbanités
Un peu de courbes sans code dans ces virilités
Un peu de sel sans fard dans ces sucreries.
Bien sûr qu’un petit catéchisme du quotidien (ne te brosse pas les dents avant le petit déjeuner ; attache la clé de la voiture avec celle de la maison − ça te fera un gros trousseau malcommode, mais ça t’évitera quelques aller-retour ; ne prends pas les raviolis à midi si tu as ta chemise blanche ; ne range pas tes lunettes dans un endroit où tu ne saurais les voir sans… lunettes ; ne joue pas les héros le soir si tu n’as pas les moyens d’être convaincant…) serait fort utile et éviterait nombre de déconvenues qui savent vous ternir durablement une existence qui pourtant, en toute humilité, ne demande qu’à persévérer bourgeoisement dans son être − comme disait, à peu près, Spinoza qui, quoiqu’ignorant tout des raviolis, eu égard à ses origines, non pas italiennes ni portugaises mais, comme son nom ne l’indique pas, hollandaises, s’y connaissait drôlement en lunettes. Cela étant, concédons-le, ne font-ils pas le charme de la vie ces dysfonctionnements inopinés, ne nourrissent-ils pas les plus délicieux récits, une fois l’ouragan passé, ces accidents impondérables, ces trébuchements irrécupérables ?
Masqué, il avance ; nu, il recule.
Retiré dans des parenthèses confortables et insonorisées, il contemple, sans le son, les cris et la fureur d’un monde qui suinte et craquelle.
Le désir a des ailes.
Mais le cul gros aussi et le cerveau étroit qui le rendent pataud, fier et lourd à la fois.
Sans honte ni jalousie, dans l’oubli de l’ivresse sauvage et indifférentes à la beauté plastique, elles poussent et repoussent sur nos trottoirs, les herbes folles, comme des poils insistants et déplacés.
Obscurité vicieuse, transparence ennuyeuse ; jour épuisant, nuit angoissante. Ces humains sont vraiment trop capricieux, râla Soleil, à vouloir éclairer le noir et ombrer la lumière.