Alors vous avez la philosophie coupée gros, qui résiste un peu à la mastication et vous avez la philosophie molle, à base de concepts dénoyautés (pour celle-là, une cuiller fait l’affaire).
Alors vous avez la philosophie coupée gros, qui résiste un peu à la mastication et vous avez la philosophie molle, à base de concepts dénoyautés (pour celle-là, une cuiller fait l’affaire).
– Ouais ben tout ça c’est que des belles paroles, dit l’ingénieur.
– Merci, répondit sincèrement le philosophe, ému du compliment.
Aimez-vous les uns les autres, disait-il (entre autres), et l’un dans l’autre, c’est un message qui en vaut un autre.
D’aucuns rétorqueront « hé ! à d’autres, aimer les uns d’accord, mais pas tous les autres et surtout pas l’autre avec sa tête de numéro un ».
Bon, on en a vu – et entendu – d’autres et l’intolérance, ça arrive aussi aux autres. Cela dit, s’aimer tous, les uns, les unes et les autres, c’est un idéal à nul autre pareil, chacun en conviendra ; en aimer un ou une seulement, déjà c’est pas rien comme dit l’autre, alors vivre les uns pour les autres, tous les uns et les unes pour tous et toutes les autres, c’est un projet fou, hein ? et rien d’autre.
Il nous reste à attendre un miracle (allons, voilà que je me prends pour l’autre).
« Sortez du lot » dit la publicité, en 4x3, partout dans la ville.
Comme ils maîtrisent le paradoxe ces charmeurs !
Si tu te polis l’âme, arrête avant la chair.
Comme la taille des pantalons ou la couleur des voitures, les vices et les vertus suivent la mode.
Gentillesse et mesure sont moins tendance qu’arrogance et indignation.
Attendons la prochaine saison.
À d’autres, la vie apparaît plus comme un match de cricket.
Et ce n’est pas parce qu’on ne comprend rien que ça n’a pas de sens.
La vie est un match de football américain.
Deux petites différences : on ne sait pas toujours dans quelle équipe on joue et on ne porte pas de casque.
L’écriture post-contemporaine peut présenter quelques faiblesses au plan littéraire mais elle compense cela par une audacieuse avancée sociale, un partage des tâches en quelque sorte : l’écrivain s’occupe des mots, le lecteur du sens.
Ne buvez pas quand vous révisez votre latin ; en revanche, rien ne vous interdit de réviser votre latin quand vous buvez.
Et puis je sors, je souris, je parle du cyclone ou de Kierkegaard, j’achète le pain et des tomates ; je fais provision de monde.
Et puis je rentre.
Il était à l’évidence le meilleur avocat de la poésie et aurait pu convaincre, avec maestria et sincérité, le technocrate le plus rugueux, le marchand d’armes le plus obtus, le footballeur le plus ballot de l’importance de l’écriture (« la gravité jubilatoire de la trace », il aurait dit quelque chose comme ça).
Mais pourquoi fallait-il qu’il achève toujours sa plaidoirie par ce trait suicidaire : « écrivez mes amis, écrivez et ne gaspillez pas votre temps à lire » ?
L’œuvre d’art est un chant, pas un cri.
C’est la mise en voix, mise en scène, mise en sens d’un désordre inquiet.
Pour le bus suivant, là c’est facile, faut savoir être patient
Pour le vers suivant – salut Cécile ! – faut le bon coefficient
L’horaire des cars
L’erreur de carres
L’horreur d’Oscar
Et le manoir d’Édouard à Saint-Rémy-sur-Loir
Faut un bon dico, quelques quiproquos, un Château Margaux
(ou un petit Merlot – Ah ça non, pas du Pernod !)
Ça vaut pas Éluard, pas Beauvoir, pas Godard
C’est le poème Tupperware des pochards du wagon-bar
C’est fastoche et sympatoche même sans Macintosh
Une taloche aux aristoches, la pétoche à la belle-doche.
C’est curieux qu’ils me voient toujours en homme, dit Dieu (d’ailleurs moins étonnée que très vexée).
La frontière qui nous sépare de la barbarie sera toujours fragile et poreuse.
Je parle de frontières intérieures.
Je veux dire intimes.
Par respect pour son épouse et parce qu’il était homme de principes, il s’était imposé d’attendre la majorité de son amant pour coucher avec lui.
Il tint bon.
La vertu ne souffre aucun accommodement, disait-il.
Il avait toujours un peu de terre au fond de sa poche gauche et il y enfouissait la main chaque fois que sa pensée prenait la pose.
Ce soir encore, sagement, il ira se coucher à l’heure prévue. Moi aussi, pensa-t-il pourtant, j’aimerais bien sortir la nuit. Puis, se souvenant de la mine blafarde et crevassée de Lune, Soleil se persuada qu’il faisait bien de vivre à son rythme.
On construit tant de banques.
Et manquent les pavés.
La nature a vraiment manqué d’à-propos avec le moustique.
Imaginez que le vil insecte ait été doté de défenses d’ivoire ou d’une toison de vigogne ou de plumes de paon, eh bien vous pouvez être sûrs que des braconniers mexicains, camerounais ou luxembourgeois nous auraient vite débarrassés de la bête.
Bien sûr, on pourrait imaginer aussi que le moustique ait secrété et stocké dans une glande logée sous l’abdomen une substance aux vertus proches de celles de la cocaïne… bon, mais là, c’était quand même hautement improbable.
Matin, matin, matin, encore un matin.
Je n’ai pas tenu un compte exact mais j’ai bien l’impression que dans une vie il y a beaucoup plus de matins que de soirs.
Les Restes du Banquet ont six ans aujourd’hui.
Merci aux fidèles, aux infidèles, aux inconstantes, aux pérégrins, aux clandestins, aux blog-trotteurs délicats, aux surfeuses polyphages, aux dames errantes, aux hommes de l’être et du devenir, aux ponctuels qui ‘intermittent’, aux matineuses qui interviennent, aux occasionnels (qui entrent par derrière, par hasard, par erreur, par une oreille, par groupe de deux ou par un dimanche d’octobre), aux périodiques (qui oublient d’éteindre en sortant), aux addicts (qui dorment sur place – on n’en a jamais vus mais des indices nous laissent penser que…), aux papillonneurs éphémères, aux saisonnières frugales, aux liseurs voraces, aux plagiaires qui m’honorent, aux décodeurs qui m’étonnent, aux correctrices qui m’obligent, aux poètes qui m’inspirent et merci à Marie-Rose Robert.
[Dites, elles ne seraient pas un peu fanées, les deux roses en haut à droite ? Je veux bien arroser, mais je ne sais pas où mettre l’eau.]
En prenant à droite à la sortie du village, je tombe sur un champ de tournesols, le ciel est bas et tourmenté et les cloches de l’église se font à peine entendre.
C’est assez réussi. Je ne serais pas étonné qu’un peintre soit récemment passé par là.
Chien penaud perdu c’est sûr
Attendri ma main tendue
Il préfère une merde bleue