La psychanalyse nous apprend qu’il faut tuer le père pour devenir adulte.
Attention à ne pas tuer en même temps l’enfant qui rit et joue en nous ; il est celui qui nous préserve de l’esprit de sérieux, cette mort anticipée.
La psychanalyse nous apprend qu’il faut tuer le père pour devenir adulte.
Attention à ne pas tuer en même temps l’enfant qui rit et joue en nous ; il est celui qui nous préserve de l’esprit de sérieux, cette mort anticipée.
Les poètes ne sont pas pris au sérieux. C’est normal, c’est une question de style. Ils devraient s’habiller mieux et porter une blouse blanche, une soutane ou un képi.
C’est dans le silence que les idées naissent, c’est dans les mots qu’elles grandissent et dans le bruit qu’elles meurent.
– Parle avec ton cœur, même si tu ne sais pas, lui, il sent.
– Blurp, obéit-il, vomissant des crachats sanglants un peu verdâtres mais très sincères.
Non sans paradoxe, la pensée n’est féconde qu’à se retirer.
Décroissance et décroyance, voilà mon programme.
Pas sûr d’être élu.
Le monde est un théâtre. Les acteurs jouent assez bien mais les intrigues sont trop souvent les mêmes. Le texte est un peu bavard avec de nombreuses redites. Pour les costumes, là vraiment, on aurait pu faire un effort, c’est fade et sans fantaisie. Restent les décors ; alors là, je dis chapeau ! C’est beau, c’est varié, c’est puissant, c’est tendre… et surtout, qu’est-ce que c’est réaliste !
Il faut « casser les codes », « être soi-même », « sortir du lot », « obéir à son cœur »…
Quand je nous entends, ma plus grande crainte est que le Grand Marionnettiste s’étrangle de rire et nous laisse tous tomber dans un grand fracas fatal.
Avec l’extinction du Lézard du val d’Aran et du Pétrel noir de Bourbon, il n’est pas impossible que l’on assiste aussi à celle de la pensée qui a tout autant besoin de lenteur et de silence.
Il fit son lit, sortit la poubelle, nourrit ses poissons rouges et s'en alla mourir avec le sentiment du devoir accompli.
La presbytie, bien plus que les miracles, prouve l’existence de Dieu. Seul un être infiniment bon a pu inventer ce moyen subtil et discret qui évite aux hommes de constater, chaque matin dans la salle de bain, les ravages irréversibles du temps.
– Je ne sais pas comment lui dire, elle est trop belle ?
– Tourne sept fois ta langue dans ta bouche avant de lui parler, conseilla-t-il à son copain, calculant que ça lui laisserait le temps de tourner la sienne dans la bouche de la belle.
Il faut savoir être tragique de temps à autre ; il arrive alors parfois que la légèreté, toujours proche de la frivolité, se fasse grâce.
L’existence est une blessure qui ne cicatrise pas, sauf peut-être avec une bonne dose d’alcool (pas sur la plaie).
– Pff ! qu’est-ce que c’est long l’éternité, se lamentait Dieu, et voilà qu’en plus, leur dernière trouvaille, en bas, c’est la lenteur : slow food, slow fashion, slow marketing, slow medecine… Ils vont finir par m’achever.
Lune aime Terre qui n’aime que Soleil qui n’aime que lui-même.
Inutile de se plonger dans Sophocle, Freud ou Girard pour comprendre l’économie du désir, il suffit de lever les yeux.
Bizarre, plus on vieillit, plus on se tasse et pourtant, plus la terre semble basse !
Et si une bonne partie de nos malheurs venait de ce que l’on ne peut plus satisfaire nos besoins primaires. Comment satisfaire par exemple, dans un monde bitumé, bétonné et plastifié, ce besoin de gratter le sol et de prendre des bains de terre que l’on partage sans doute avec la poule ?
La sagesse, c’est quand tu fais la sieste sans scrupules.
On sous-estime l’inimportance de l’humanité.
Si J’existais, pouvant tout, sachant tout, voyant tout, bien sûr que J’empêcherais les attentats terroristes, les viols et les violences, les abus de pouvoir, évidemment que Je protègerais les faibles et les pauvres, les mendiants et les orphelins, que J’éteindrais les incendies et arroserais les déserts si J’existais, mais Je crois aussi que Je jetterais un petit coup œil rapide dans la douche des filles.
Dans la langue, le sens voile les signes ; en musique, les signes arrachent le voile du sens. Quelques poètes parviennent à montrer les motifs du tissu tout en laissant la trame apparente.
Hier, je suis allé dans un écomusée régional. J’y ai vu un bidet, une bouillote, un passe-montagne, un solex, un mange-disque, un 45 tours de Françoise Hardy, plusieurs numéros de Tout l’Univers et de Pilote, un tricotin, un scoubidou, une boite de pastilles Vichy, un landau à suspension, un Minitel, une collection de bons points, un Almanach des P.T.T. avec une photo de chatons dans un panier de pelotes de laine.
Quand les objets de ton enfance se retrouvent au musée, c’est mauvais signe !
Nos pieds – plus héraclitéens qu’on ne le croit – le savent bien : on n’emprunte jamais deux fois le même chemin.
« La vieille au fichu noir finit par mourir, un matin de novembre. Elle emporta dans sa tombe le mystère de la bougie allumée tous les mercredis soir après minuit qui annonçait, immanquablement, le bal des ombres et le concert de miaulements déchirants. »
Voici un bien bel explicit, dramatique et fécond, qui signe un roman qui chahute. Hou ! j’en frémis de curiosité… je me demande bien comment tout cela pourrait commencer.