Parfois, j’essaie d’écrire à voix basse.
Parfois, j’essaie d’écrire à voix basse.
Rire, ce n’est pas cesser de penser ou s’arrêter de faire ou fêter la fin de l’histoire, c’est bien plutôt retrouver des souffles perdus, redonner sa place à des corps relégués, rouvrir des mondes pliés.
– Non, non, non, ce n’est pas ce que tu crois !
Quant à savoir ce que Kevin pensait que sa mère croyait en le surprenant le doigt dans la mousse au chocolat ? L’histoire ne le dit pas.
– Nous sommes tous les deux linguistes, c’est un signe, risqua-t-il, timide et inspiré.
– Je ne crois pas aux signes, répondit-elle, sèche et conclusive.
Se taire. Et ne pas le dire.
– Non mais vous n’allez pas arrêter de me tourner autour ; si vous continuez je fais un signalement.
– Alors d’abord je vous ferais remarquer que c’est vous qui tournez autour de moi, répondit Soleil, ensuite, sachez Mademoiselle Terre, que vous n’êtes pas la seule dans ce cas, continua-t-il, non sans arrogance.
« Pelouse interdite », « ne pas toucher », « entrée payante »...
Faut-il être mal dégrossi pour être plus accueillant ?
Le désir est artiste, parfois il fantasme et fane, sans œuvre, parfois il invente et féconde un monde.
La sincérité n’est pas un passe-droit.
De l’intelligence, je ne sais, de la culture, peut-être, mais c’est de la souplesse surtout dont le penseur a besoin qui risque toujours le lumbago ou le cliché.
L’histoire, qui nous apprend que tout change, se construit et se détruit, devrait être une école du possible, elle est pour certains, au contraire, la preuve que tout est figé et doit nécessairement le rester.
Poule et Œuf, au seuil de l’être.
– Allez-y, je vous en prie madame.
– C’est ça, pour que tu te rinces l’œil, œuf de mes deux !
– N’importe quoi ! C’est juste que je suis tout petit, je ne suis jamais sorti de ma coquille.
– Ferme-la sale môme, je suis pas ta mère. Alors vas-y d’abord, crâne d’œuf et oublie-moi.
– Dis donc, qu’est-ce que vous êtes malpolie. De toute façon, je reste là, j’ai peur du monde, c’est mon côté poule mouillée.
– Très drôle. Comment ça tu restes là, tête d’œuf, mais là c’est le non-être, ce n’est pas possible, crétin. C’est être ou être, on n’a pas le choix.
– Bon d’accord madame, mais alors on y va ensemble, parce que, regardez, j’ai déjà la chair de poule.
– Tu sais que tu commences vraiment à m’énerver. C’est bon, on passe ensemble, mais après c’est chacun pour soi et on ne se connaît pas.
– De toute façon, on ne risque pas de penser qu’on est de la même famille, parce que, ce n’est pas pour être méchant, mais on ne se ressemble vraiment pas.
– Non mais quel œuf !
Le blogueur qui s’énerve d’être si peu liké, qui se rassure en pensant à l’écrivain qui se plaint de n’être pas lu, qui se rassure en pensant au philosophe qui peine à remplir son amphi, qui se rassure en pensant au poète qui déclame dans le désert, qui se rassure en voyant le caillou nu et sans public, qui resplendit et dure, sans assurance ni regret.
Interpréter, c’est renvoyer la balle.
La pensée est un jeu et le gardien lui-même ne doit rien garder.
Il y a quelque chose de régressif et réactionnaire dans le désir du retour à l’autorité et le succès des dirigeants virils.
– C’est insupportable, cette pensée commune !
– Insupportable.
Elle est probablement en quête de sens, elle aussi, l’holothurie qui aspire l’eau par l’anus, anus pourvu de dents.
Des dizaines de millions d’espèces d’insectes différentes. Est-ce qu’elle se demande, la nature, qui a raison ?
– Bon ça commence à bien faire ces disputes, La Poule, L’Œuf, qui a commencé ?
– Pas moi.
– Si c’est toi.
– Même pas vrai.
– Menteuse.
– Toi-même…
De nombreuses études le confirment, on a très largement sous-estimé l’intelligence des poules.
Elles n’en sont pas encore, néanmoins, à évaluer celle des êtres humains : Dieu merci, le pire est évité.
Je ne sais comment ça a commencé, mais dans tous les cas, poêle, casserole ou four, ça se termine plutôt mal pour la poule comme pour l’œuf.
J’écris à voix haute, non pour exprimer mes idées mais pour les faire venir.
Nombre d’histoires d’amour se terminent vite et mal parce que l’imagination démarre très rapidement et ne tient pas le rythme.
– Bon, je vais me coucher. Tu me rejoins bientôt ?
Compte là-dessus, pensa Terre, fatiguée de la demande quotidienne de Soleil.
Ils se tiennent en retrait et se cachent facilement derrière le voile du bruit ; ils ne sont pas à l’affût et ne bondiront pas sur quelque proie obsédante, le silence et l’ombre venus. Ils attendent pourtant, les mots de la nuit, ils attendent tard le soir pour danser les lèvres et chanter les corps.