Moi aussi j’ai un Trust en héritage, c'est celui de Bernie.
Moi aussi j’ai un Trust en héritage, c'est celui de Bernie.
Le prix du livre stagne, celui du baril de pétrole est en hausse mais rassurons-nous, celui du permis de chasse va baisser de 400 à 200 € et ce, pour attirer vers ce loisir plus de jeunes.
Je reste sans voix, c’est d’une infinie tristesse.
Et Dieu le Père créa l’homme à son image. Eh oui, une erreur de jeunesse inlassablement répétée par les parents qui toujours cherchent à se reproduire. Mais laissez donc les enfants tranquilles, chantait David Gilmour !
Comme le zèbre n’est pas un âne à rayures, le mensonge n’est pas une vérité exotique.
L’embryon – inutile de vous raconter – suppose la rencontre d’un spermatozoïde et d’un ovule. Eh bien l’idée c’est pareil, elle ne nait pas seule dans un cerveau vierge, elle suppose la rencontre avec un morceau de monde, un éclat de réel, un bruit de langue ou un bout de sens qui fécondent votre désir de penser.
Risque absolu, chance inouïe, l’existence peut tout.
Nous sommes en septembre 1983. J’ai des dizaines d’heures d’enregistrement d’Odette. Je descends la voir avec plaisir mais ce travail n’avance pas assez vite. Elle est tellement à l’aise devant le micro que je n’arrive plus à l’arrêter. Dans moins d’un mois on fêtera ses quatre-vingt-neuf ans mais elle rajeunit chaque jour. Quant à moi, je ne peux nier mon embarras, je piétine. Odette finit par se répéter, il y a des pans entiers de son passé qu’elle semble occulter ; certes, elle ne se trompe jamais dans les dates, elle n’a oublié aucun nom mais elle a tendance à cabotiner et je ne sais pas où elle m'emmène.
Parfois je me demande même si elle ne révise pas un peu son histoire pour préserver quelqu’un. J’ai beau lui répéter que je ne suis ni juge, ni gendarme, qu’elle peut tout dire, qu’on changera les noms s’il le faut, manifestement elle tend à enjoliver son passé pour présenter une belle romance lisse et chaste comme si elle craignait quelque chose.
Pourquoi parle-t-elle si peu de Charles-Marie, son demi-frère ? Oui, son demi-frère, j’en suis sûre aujourd’hui. Le fils adultérin de son père ; son demi-frère et mari. Un mari éphémère, il est vrai : la guerre avait heureusement corrigé la faute de Gustave et Suzanne. Alors bien sûr les apparences vont contre ma théorie puisqu’il ne ressemblait en rien à Gustave ; il était timide, long, amorphe et très brun alors que les Grandclément étaient ronds, enjoués et blonds. Ces apparences ont dû tromper tout le monde, y compris Odette. Bien évidemment elle ignorait tout au moment du mariage mais elle ne pouvait pas ne pas l’avoir appris par la suite.
Dans son cahier noir, Émile avait écrit : « Victor a marié Suzanne, Gustave a marié Lucienne, c’est comme ça et pas autrement. "Autrement, ç’aurait pas été la même histoire" comme disait Gustave. » Comment ne pas lire là, à peine codé, l’aveu par Gustave de sa relation extraconjugale avec Suzanne ?
Odette filtre son passé avant de le restituer. Quant à moi, je me sens tenue de rétablir la vérité, je ne suis pas une romancière. Je comprends bien le désir d’Odette de s’inventer un monde honorable mais je ne peux pas, avec elle, maquiller la réalité ; l’immoral et le sordide ne me font pas peur. Je continue d’enregistrer la version douce d’Odette mais j’écris en parallèle ce qu’il s’est très certainement passé. Il me restera à réfléchir à la façon dont je présenterai ces voix discordantes dans mon livre.
– Ton temps est compté.
– M’en fiche, suis nul en math.
– Mais, ça n’a rien à voir !
– Ah, tu me rassures.
– …
Alors c’est vrai, ça ne sert pas beaucoup dans la vie mais quand même, moi, je sais tirer un trait avec un stylo-plume et une règle sans que cela bave.
(Pour continuer avec les confidences, je dois avouer que je ne saurais faire, en revanche, une "bicyclette" comme Ronaldo.)
L’imagination est cette chance qui nous est donnée de transformer la vie en une histoire.
Dire, ce n’est pas faire, soit. Mais faire, ce n’est pas dire non plus. (Quant à fire et daire, alors là, c’est n’importe quoi !)
Il y a ceux qui passent leur temps à attendre – des benêts naïfs ; il y a ceux qui passent leur temps à regretter – des idiots pathétiques ; il y a ceux qui passent leur temps à le perdre – des parasites minables. Et puis il y a ceux qui passent leur temps à juger.
Sophocle, Mozart et le Royal au chocolat pour oublier nos petites mesquineries d'hommes ordinaires.
Une fois par jour, c’est bien je trouve (et je sais certaines qui ne s’en plaignent pas). D'aucuns, me rapporte-t-on, le feraient trois fois par jour, sans drogue ni assistance - c’est à vérifier. En réalité, pour le plus grand nombre, c’est rarement voire jamais.
Oui vraiment, un reste par jour est une bonne fréquence.
Selon Nora, si l’on suit les commentaires qui accompagnent son « scénario », il s’agissait de Suzanne car si l’on pouvait éventuellement la confondre, par mégarde, de nuit et saoul, avec Andrée, l’inverse était impossible : Andrée ne ressemblait qu’à Andrée, même ivre et dans le noir. Donc, si Gustave doutait, il ne pouvait s’agir que de Suzanne. Dans la marge Nora avait noté et surligné en jaune : « Évidemment !!! ».
Soit. Il fallait s’incliner. Rien ne résistait à la puissance logique de Nora. Le raisonnement était implacable mais la conclusion n’allait pas sans conséquences graves ; en effet, si cette relation adultère n’était pas un crime en soi, elle pouvait faire de Gustave le père de Charles-Marie qui devenait ainsi le demi-frère d’Odette… sa future épouse. La chose était plus ennuyeuse.
« Innocent et heureux, Gustave bascula à nouveau sur le dos. Épuisé, hébété et très saoul, sa main gauche lui échappa et rencontra fortuitement sa veste de laine qu’il avait abandonnée sur la paille. Il y posa la tête et glissa lentement dans le sommeil avec une indicible délectation. »
La rose est sans pourquoi mais pas sans pétales.
Et le souci aussi (et pas non plus).
Endiguer la vague de dengue ?
Soit. Et pourquoi ne pas dialoguer avec un bègue blagueur, déglinguer un gynécologue mal fringué, draguer des fugueuses bilingues, narguer un bouledogue sous la varangue, déléguer sa conjugalité à un podologue en vogue, larguer des mangues, des bagues et des tangues, faire la bringue et se droguer à la meringue, flinguer les seringues d’un collègue dévergondé, bourlinguer en pirogue avec un zigue sourdingue ?
Le sexe est piégé dans la chambre matrimoniale. Il faudrait l’exfiltrer.
Le regret est une deuxième peine dont on est seul responsable.
Il y a les lents, les casaniers sans ambition, les fonctionnels discrets, les ternes bien réglés et puis, il y a les fougueux, les passionnés, les lyriques, les intrépides, les imprévisibles. Attention, les premiers ne vous emmèneront pas au bout du monde mais vous les garderez plus longtemps que les seconds.
Réfléchissez avant de choisir votre véhicule.
Voilà bien longtemps que l’on n’a pas annoncé le décès de la doyenne des Français. C’est inquiétant.
[Voici donc achevé le premier chapitre de cette curieuse histoire d’Odette. Nora n’est pourtant pas satisfaite, cela manque de sang, de sperme et de larmes ; le puzzle lui semble incomplet et elle a bien l’intention de poser les pièces manquantes, quitte à forcer un peu.]
Deuxième partie
Odette et Nora
« C’était un beau dimanche d’hiver, frais et sec. Le bal avait attiré les jeunes à Château-Chalon pour la Saint-Sylvestre. Et le vin. Comme d’habitude, Gustave et sa sœur Berthe formaient un double centre d’attraction ; leur jeu était bien réglé, les facéties et les bons mots s’enchaînaient sans répit. L’année 1893 se terminait dans l’ivresse et la joie. La nuit était tombée rapidement mais il faisait encore assez doux ; demain, le soleil monterait tard, pour le plus grand bonheur des fêtards. »
« La fatigue finit par se faire sentir et il fallut penser à dormir quelque part. Sans l’avoir organisé, ils furent une bonne trentaine à se retrouver dans la grange du Père Jacquot. Il y avait les jeunes mariés de l’année, Gustave et Lucienne, Jules et Berthe, il y avait Thérèse (mais sans son futur mari Victor, retenu par sa mère mourante), les jumeaux Bougrette de Bonnefontaine, Henri Lafaucine, le doyen de la bande du haut de ses vingt-cinq ans, il y avait Andrée, Christiane, Gabin, Éliette et quelques autres encore qui venaient de Champagnole, de Villevieux ou de Chapelle-Voland. Dans son cahier noir, Émile avait dressé une liste de trente-quatre personnes qu’il terminait ainsi : "selon le souvenir de mon oncle Gustave qui a vu." »
« On s’installa dans la grange. Il faisait sombre, seul le ciel étoilé donnait un peu de lumière par la grande porte laissée entrouverte. On but encore un peu, on commença à rire moins fort puis progressivement les ronflements prirent la relève. Gustave, en mari attentionné, honora sa jeune épouse : "je te promets, c’est la dernière fois... de l’année", s’amusa-t-il. Lucienne n’était pas contre. Elle n’éprouvait jamais de plaisir très intense mais quand Gustave l’aimait, elle était envahie par une sensation douce et apaisante, un sentiment plutôt, un sentiment de satisfaction qui la contentait. Elle était pondérée et discrète jusque dans les plaisirs charnels. Lucienne était frugale. Elle avait dix-neuf ans. »
« Gustave jouit assez rapidement comme d’habitude, il se retira comblé – la vie le gâtait, il le savait – et se tourna sur le dos, à peine reculotté. Alors que le sommeil commençait à le gagner, sa main droite lui échappa et rencontra fortuitement ce qui était, à n’en pas douter, un cul. »
« Un cul ? Il décidait provisoirement de différer son sommeil pour aller quand même vérifier. Ma foi oui, c’en était un. Et un cul qu’il lui semblait reconnaître pour le fréquenter régulièrement. Celui de Thérèse. Ou bien serait-ce celui d’Andrée ? Bref, il fit un quart de tour, caressa un peu, palpa ensuite, puis souleva jupe et jupon. Il câlina l’être accueillant à la peau douce – Gustave savait être tendre aussi – qui se retourna peu effarouché, dégrafa son corsage et s’offrit totalement, bouche, ventre, sexe. Porté par une telle prodigalité, Gustave baissa le pantalon et, sans autre forme de procès, pénétra la jolie qui ne résista pas. Il s’agita diligemment et jouit pour la deuxième fois. Il lui paraissait, au petit cri rentré perçu, qu’il n’était pas seul à avoir apprécié. Thérèse (ou Andrée ?) était coquine. Elle avait dix-sept ans. »
L’or a ses chercheurs, la vérité aussi. Les deux déçoivent d’abord quand on les trouve car ils sont bruts, impurs et ne brillent pas ; il faut les travailler, les mettre en forme et en valeur. Alors, on devient riche, puissant et séduisant.
La langue a ses gendarmes et ses voleurs, ses prêtres et ses pécheurs. Et puis elle a ses jardiniers, sans foi ni loi, qui n’ont d’autre grammaire que le goût de la terre et la clarté de l’air.
Que je chante devant vingt personnes ou quatre-vingt-mille, c’est pareil pour moi, disait Johnny. Eh bien je dois avoir quelque chose de Johnny en moi car voyez-vous, j’écris devant dix-huit personnes comme j’écrirais devant quatre-cent-cinquante-mille.