– Dis donc, Dieu, le coronavirus, tu ne crois pas que c’est encore un mauvais coup de Diable ?
– Oh non, Pierre ! Déjà que tu es assez naïf pour croire en moi, ne me dis pas que tu crois aussi en lui !
– Dis donc, Dieu, le coronavirus, tu ne crois pas que c’est encore un mauvais coup de Diable ?
– Oh non, Pierre ! Déjà que tu es assez naïf pour croire en moi, ne me dis pas que tu crois aussi en lui !
Le monde est un théâtre. Voire…
Pour ce qui est de la scénographie, on n’a pas lésiné, ni pour le nombre de figurants, mais pour le texte, Racine n’était pas disponible alors on a fait appel à Doc Gynéco.
– Poule, Poule, ça y est j’ai trouvé ! J’ai la preuve, hurla Œuf surexcité !
– Vas-y, raconte, attendit Poule.
– C’est écrit dans des textes chinois très anciens. À l’origine, il y avait un œuf cosmique. À l’intérieur de l’œuf, le dieu Pangu naquit et grandit, puis il brisa la coquille de l’œuf en deux parties qui devinrent le Ciel et la Terre.
– Alors là, c’est extraordinaire. Tu as raison Œuf, c’est magnifique. On ne sait pas ce que peut un œuf.
– Et donc… ?
– Et donc, j’imagine la fierté de la maman Poule qui a pondu cette merveille.
Quand je pense que certains, alors qu’une pandémie ravage la planète, que le populisme gagne chaque jour du terrain, que les journalistes sont censurés ou éliminés, que la banquise fond, qu’un 3ème confinement approche, que l’on continue de braconner les derniers lynx, que Pasteur n’est plus Pasteur, font leurs gammes, tranquillement, parce qu’ils vont jouer je ne sais quel trio de Schubert – le n°2 op. 100, je crois –la semaine prochaine.
On me dit : Covide est l’auteur d’un Art d’aimer en distanciel.
Ça sent le canular…
Et mon menton, tu l’aimes mon menton ?
Le fildefériste et la pole danseuse ont eu un enfant. Au moins celui-là ne manquera pas de repères.
Avez-vous remarqué, quand il pleut, les gouttes tombent toutes à la même vitesse et avec le même angle sans jamais se télescoper, c’est proprement stupéfiant.
Quelque chose me gêne dans la lecture et qui la rend suspecte.
Cela se passe assis.
– Évidemment qu’il ne faut pas accuser sans preuve, mais quand même, il n’y a pas de fumée sans feu, posa Poule, Pangolin était dans le coin quand le coronavirus est apparu.
– D’accord avec toi. Il faut se méfier de toutes ces contre-vérités qui circulent, mais une chose est certaine, il est trop vilain pour être innocent, continua Œuf.
– C’est vrai ça, qui imagine un seul instant Panda mis en examen, conclurent-ils en chœur ?
– Et ça vous arrive de n’avoir absolument rien à dire ?
– …
– Regarde mon bon Pierre ces hommes et ces femmes qui ont gardé leur foi intacte, qui s’entraident et se respectent. C’est beau et comme ça m’émeut.
– Tu as raison, Dieu, c’est touchant. Et ceux-là, vois comme ils partagent et s’encouragent. Tu sais quoi, je les aime tes créatures.
– ?!
– Laisse tomber Œuf, c’est Panda et Pangolin, ils jouent à Dieu et à Pierre.
C’est curieux la vie, un jour vous vous réveillez et vous êtes vieux. C’est impressionnant la vitesse à laquelle ça passe. Sans m’en apercevoir, je me suis fait rattraper par le temps.
(Alors justement, je vais me faire tout petit, parler moins fort et le laisser me dépasser, il ne s’apercevra peut-être de rien.)
En me regardant dans la glace ce matin, j’ai eu l’impression curieuse – et la langue ne m’aide pas à exprimer cela – de « ne pas me ressembler ». D’ailleurs, il n’est pas certain que, me croisant dans la rue, je me reconnaîtrais ; alors être reconnu par d’autres, pensez bien…
– Dis donc Dieu, tu as l’air en forme, et tu es bien bronzé.
– Ça va, mon bon Pierre, merci.
– Ta retraite spirituelle au prieuré Notre-Dame-des-Champs s’est bien passée.
– Oh finalement, je suis allé à Gstaad.
– Gstaad ? Mais il n’y a pas de monastère là-bas. C’est une station de s… Non ? Tu n’as pas fait ça !
– Hein ?
– Nul n’est irremplaçable.
Il lança son boomerang, se retourna et partit sans la moindre empathie.
– Bonjour les am…, tenta Panda.
– …non, on n’a pas envie de jouer aux Sept familles, dirent en chœur et agacés Poule et Œuf.
– Mais moi non plus, répliqua Panda, pourquoi vous dites ça ? Je voulais vous demander à partir de quand on peut craindre que le populisme bascule dans l’autoritarisme…
– !?
– … je trouve paradoxal qu’une forme de défiance démocratique vienne se nicher au cœur des régimes populistes qui se revendiquent démocratiques. Est-ce que cela ne revient pas à donner des gages aux antidémocrates qui…
– Pardon Panda, mais on a une partie de Bonne Paye à finir.
Exister, ce n’est pas ‟être soi”, c’est voyager, s’aventurer, changer, se perdre, s’oublier aussi.
L’écriture fait cela très bien.
D’accord, c’est parfois difficile d’écrire, il y a l’accord du participe passé des verbes pronominaux, le pluriel des mots composés, il y a aussi le problème de l’inspiration, la crampe de l’écrivain…
Mais c’est tellement plus facile que dans la vie où – en gros – rien ne va.
Ce n’est pas parce qu’il y a toujours un fond de flatterie dans les compliments, qu’il faut dénigrer systématiquement.
– Hou, la coquine, encore en train de me tourner autour…
– Non mais qu’est-ce que tu es lourd Soleil, répondit Terre. D’abord, je ne te tourne pas autour, je gravite. Ensuite, ce n’est pas pour tes beaux yeux, c’est pour la vitamine D, la dopamine et la sérotonine.
– Ça va, bonjour le romantisme. Toi, ne t’étonne pas si tu finis seule.
– Hé salut les amis, lança Panda, heureux de revoir Poule et Œuf ! Vous étiez où ?
– En Suisse, on est allés skier.
– Oh, la chance !
– Non mais Panda, tu ne voudrais pas arrêter de croire tout ce qu’ils racontent, dit Pangolin. Grandis un peu. Le petit gros, il était dans sa boîte de douze et la fienteuse, elle était à pousser dans son pondoir.
– Ah, bon, mais la Suisse alors ?
– Fais-moi plaisir, Panda, descends de ton bambou et viens dans le vrai monde. Celui avec les menteurs, avec les virus, avec les Proud Boys, les 4x4 sur les trottoirs et le réchauffement climatique. Atterris Panda, l’heure est grave.
– Mince, oui ça a l’air vraiment grave. Alors qu’est-ce que vous faites contre tout ça ?
– …
– …
– …
– Alors vraiment, je tenais à vous féliciter, ce blog littéraire est de très haute tenue.
– Ah ? Merc…
– Bon. Deux ou trois petites choses pour commencer puisqu’on est là pour avancer. Il me semble que vous pourriez songer à raccourcir un peu certaines de vos phrases.
– Mes phrases sont tro…
– C’est facile, tu n’as qu’à (on se tutoie, hein ? ça va être plus simple) donc tu supprimes les points-virgules et tu mets un point à la place. Oui, fais simple. Arrête avec les tirets, les parenthèses (heu… les parenthèses, là, tu as un vrai problème avec). Tu verras tes phrases deviendront naturellement courtes.
– Pour les parenthèses, oui, c’est v…
– Alors, ce sont des beaux textes, vraiment, mais il faut absolument que tu voies avec les adjectifs. En fait arrête aussi avec les adjectifs. Qu’est-ce que tu as avec les adjectifs ? C’est pas un concours, la littérature. Je veux dire la grande littérature. Il ne s’agit pas de placer le plus grand nombre d’adjectifs pour gagner.
– En effet. Non, ce n’est pas un con…
– Non sincèrement, c’est bien ce que tu fais. Donc pas d’adjectifs. Les adverbes, tu peux. Ça rythme bien et ça fait sens. Parce que, on est d’accord, tu souhaites être lu, n’est-ce pas ?
– Être lu oui et…
– Ah, encore un truc. Tes personnages. Alors ils sont attachants, enfin, j’imagine. Mais là, il y a un vrai sujet. Je ne veux pas faire de la psychanalyse de bistrot, mais pourquoi il y en a autant, tu te sens seul dans ta vie ? Arrrête avec toute cette foule, on les confond tous. Et puis surtout, surtout. Là j’insiste, parce qu’on atteint des sommets ! Donne-leur des vrais noms. Des noms de vraies gens. Oublie Lucette Jeanjean, Ernest Pinard, et l’autre là, avec sa mobylette en panne, c’était comment ?
– Marcellin Labrous…
– Ah oui. Marcellin. Non mais tu en connais beaucoup, toi des Marcellin Labrosse.
– Non, Labrouss…
– Bon, c’est intéressant ce que tu fais, mais le problème c’est que tu n’as pas compris ce que c’est que la littérature. Heureusement, je suis là. Ce que tu dois savoir d’abord c’est que tout part du désir.
– Le désir ?
– Oui, tes lecteurs doivent te désirer, toi, ton écriture, tes personnages. Justement, c’est bien ce que tu écris, c’est courageux, mais ça fait fuir tout le monde. Parce que ?
– Parce que ?
– Parce que tu ne crées pas de désir. Il ne se passe jamais rien dans tes œuvres. Enfin je dis œuvres, pour faire court, tu comprends. C’est l’événement qui suscite le désir. Bon voilà pour aujourd’hui. Prochaine fois, on parlera du timing de l’événement. Parce que là aussi, il y a du boulot.
– Ben, merci alors.
La bêtise, c’est la hantise de l’autre.
Je ne suis pas sûr que tout ce qui le méritait a survécu à l’oubli, mais il est semble bien que tout ce qui survit le mérite. Je pense à la littérature.
Le temps est un bon critique.