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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une “minime” quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Plus, les aventures de Nubecito, un cumulus hawaïen perdu dans un feuilleton hebdomadaire. Depuis octobre 2007
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  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

18 septembre 2026 5 18 /09 /septembre /2026 02:26

Toujours vendredi, toujours au Fig restaurant, mais sur la terrasse

Que des mauvaises nouvelles aujourd’hui ! Remarque, comme elles arrivent en même temps demain je recevrai peut-être les bonnes. Allez, un peu de lecture ; ça sera sans doute aussi terrible, mais au moins, pas pour de vrai. Le malheur dans les livres, ça repose.

Moby-Dick, suite. En fait il y a trois chapitres sur les représentations « monstrueuses », « moins fausses » et « véridiques » de la bête. Franchement, au début, j’ai rigolé quand Herman dit qu’on lui trouvait des ressemblances avec « une truie amputée » ou « une courge » et qu’on la représentait en train de manger « des tartes aux matelots », mais ensuite, j’avoue, j’ai vite tourné les pages. OK, on a compris, on prenait la baleine pour un monstre assoiffé de sang d’homme. En même temps, c’est bizarre, parce qu’aujourd’hui, on la trouve sexy, on paye même cinquante euros pour l’observer d’un bateau. Comme s’il y avait des modes dans la haine aussi.

Chapitre 58, « Krill ». On revient – un peu – au sujet. Il y a cette description effrayante de l’Océan qui me fait penser au typhon et à Manille. « Comme une tigresse sauvage étouffe en se retournant ses propres enfants, la mer jette aux rochers de la côte les plus puissantes baleines et les abandonne flanc à flanc avec les épaves des navires naufragés. Point de miséricorde, elle ne connaît d’autre maître que sa propre puissance. » J’ai déjà vu des tempêtes en Bretagne, mais je pense qu’un typhon, ça doit vraiment être autre chose. J’espère que ça ira chez Moby et Esmeralda.

Chapitre 59, « Le calmar ». On met à l’eau les pirogues… Erreur. Ce n’était pas une baleine. « Une vaste masse pulpeuse, d’une envergure fabuleuse, d’un blanc éblouissant, flottait à la surface de l’eau, des bras innombrables rayonnaient de son centre, se lovaient et se tordaient tel un nid d’anacondas, comme pour saisir aveuglément ce qui pourrait par malheur se trouver à leur portée. » Beurk ! Quelle dégueulasserie ! Là ça va être difficile de défendre ce pauvre doudou à ventouses. On vérifiera auprès de Manon. D’ailleurs…

Très intéressant ce petit topo de Manon sur les hyènes. « On arrête avec les clichés tenaces sur ce mochtard charognard, dégonflard, vicelard et démoniaque. » Je résume le résumé. Longtemps étudiées par une éthologue américaine, Kay Holekamp – tiens, encore une femme ! Très structurées et hiérarchisées socialement dans des sociétés matriarcales. Grande intelligence individuelle et collective qui permet d’élaborer des stratégies de chasse pour s’attaquer à beaucoup plus gros et même tenir tête à des lions. Peuvent se rabattre sur des charognes en temps de disette, mais c’est pour le bien de la communauté, car elles nettoient tout (même les os qu’elles croquent) et évitent la propagation de maladies. Merci qui ? Elles jouent, se protègent, se consolent, s’éduquent, mais sont rancunières, n’oublient pas les trahisons et n’acceptent pas qu’on enfreigne les règles du clan, exemple : l’ordre pour se nourrir (là, c’est moins cool). Et bien sûr, leur rire. N’a rien de diabolique, pas même ironique, moyen de communication très élaboré qui vient compléter les vocalises et les grimaces. Attention : éviter quand même d’en faire un NAC, elles ne sont pas « méchantes » – on garde ça pour les humains –, mais ce sont des superprédateurs et leur mâchoire est trois fois plus puissante que celle du Rottweiler le plus puissant ! Donc, on les laisse tranquilles et on cherche un autre doudou.

Le plus incroyable concerne les organes génitaux et la sexualité, avec en passant une autre connerie tenace à dégommer. Non, les hyènes ne sont pas hermaphrodites et ne changent pas de sexe selon les besoins ou les lubies du diable. En fait, c’est plus dingue encore : les femelles n’ont pas de vagin ouvert, leur clitoris est démesuré, plus long que le pénis des mâles, et c’est par là qu’elles urinent, s’accouplent et mettent bas. Et ce n’est pas tout, mais là, je cite Tom parce qu’on ne va pas me croire : « un faux scrotum fait penser à des testicules, mais à y regarder de plus près, on voit un vestige de vagin fermé et de lèvres collées. Madame est une dame, elle a tout ce qu’il faut ! » Je termine. La copulation est assez technique et suppose le consentement total de la femelle. Alors, avantage du business : pas de metoo chez les hyènes car l’accouplement forcé est impossible. Inconvénient : la mise-bas par ce pseudo-pénis est douloureuse pour la mère et dangereuse pour les nouveau-nés. Je ne sais pas pourquoi, ces histoires me font penser à Magali. Je dois l’appeler.

*****

– Allo Mag, c’est Nov.

– Hé, mon petit Prince ! Quelle bonne surprise ! Où es-tu ? d’où viens-tu ? où vas-tu ?

– Comme prévu, je continue mon voyage. Je suis à Belgrade et je pars bientôt rejoindre Moby à Istanbul. Et toi ? Quelles sont les nouvelles ?

– Boh, je mentirais si je disais que je vais mal. Je fais juste une petite régression. Je suis allée passer une semaine chez ma mère. Elle me fait des soupes de légumes et des crèmes au lait et je dors jusqu’à onze heures.

– J’avoue, y’a pire comme situation. Et quand tu ne manges pas et ne dors pas ?

– On joue au scrabble et on fait des solitaires à deux et quand il fait beau, on se balade avec Pat, c’est son vieux chien. C’est mon petit frère qui l’avait appelé Patrick. Mon père trouvait ça débile, alors ma mère avec diplomatie avait retenu Pat.

– Oui, Pat, ça passe. Et ils ont appelé ton frère Médor ?

– Ah ah, non. C’est Raymond. C'est encore pire. Au fait, j’ai pensé à toi. En arrivant, j’ai trouvé par hasard dans le grenier un exemplaire de Thérèse Raquin. Tu te rappelles, tu nous en avais parlé. Sauf que tu avais oublié de nous dire que c’était une histoire absolument épouvantable.

– Ah ? J’ai un peu oublié, raconte.

– Thérèse est une petite fille élevée librement en Afrique, à la mort de son père, elle est adoptée par sa tante et se retrouve coincée avec son cousin fragile et toujours malade. Finalement, elle l’épouse et doit jouer l’infirmière. Elle s’ennuie à mourir alors, normal, elle le trompe avec son meilleur ami. Comme le mari devient gênant, elle et son amant le noient et finalement, rendus fous par la culpabilité, ils se suicident sous les yeux de la belle-mère devenue entre-temps handicapée et muette, mais qui se délecte du spectacle parce qu’elle avait appris pour le crime de son fils adoré sans pouvoir les dénoncer.

– Oui, ça me revient, c’est pareil dans le film. Effectivement ce n’est pas très glamour. Je crois me souvenir aussi que l’amant balance le chat par la fenêtre parce qu’il imagine que c’est le fantôme du mari. Il ne s’appelle pas Patrick, le chat, d’ailleurs ?

– Ah ah, non, c’est François. Comme mon ex-mari ! Ça donne des idées... Ah, ah. Franchement, je ne peux pas dire que j’ai aimé ce livre, mais finalement, il m’a fait du bien. Je me suis dit que, vraiment, j’avais une vie de rêve à côté. Peut-être que c’est pour ça que beaucoup de femmes lisaient Zola à l’époque, quand on n’avait pas encore de Prozac !

– Hypothèse très intéressante.

– Toi aussi tu me fais du bien. Bon, je vais te laisser, un scrabble m’attend. C’est toujours un régal de parler avec toi.

– Salut Magali, et la bise à Pat.

*****

– Salut Vera ! C’est moi !

– Nov ? ’spera, je…

– Vera, tu m’entends ?

– Oui, oui, aguanta, je sors…

– Vera, parle plus fort je n’entends rien.

– Je sais, segundito, peux pas…

– Mais pourquoi tu chuchotes ?

Ya está. Je suis dehors. J’étais en cours de compta avec Martinez. Tu me sauves la vie, j’étais à deux doigts de mourir de détresse. Je n’en peux plus de ce master.

Ouch, je l’avais oublié, le Martinez ! Tu as avancé dans tes recherches de formation ?

– Oui, j’ai trouvé un site hébergé par la Commission européenne pour s’entraîner à traduire des discours en simultané. C’est chaud ! Le problème, c’est le vocabulaire. Et là, les cours de Martinez, tu crois qu’ils aident ! Les mots sont très techniques. Ils parlent un autre français à la Commission. Bon, en écoutant plusieurs discours, tu t’aperçois que c’est toujours les mêmes mots qui reviennent. Ça finit sûrement par rentrer, mais j’ai trop de trucs à faire, en ce moment.

– Et au fait, c’est quoi l’histoire de Jack et de Supertramp, je ne savais pas qu’il écoutait ça.

– Ah ah, non ! Enfin, c’est pas drôle. Supertramp, c’est pas le groupe. Tu te rappelles, le film de Sean Penn ?

– Non…

Into the wild. Aleksander Supertramp.

– Ah d’accord. Je n’y étais pas. Oui, bien sûr, avec Kristen Stewart qui joue Tracy.

– Voilà ! Donc Jack m’a envoyé un message où il dit « trop vieux pour finir comme Supertramp. Dommage ! »

– Et tu comprends ça comment ?

– C’est ça le problème. De quelle fin il parle ? Le voyage en Alaska, seul et serein dans son bus au milieu de la nature. Ou la fin de la fin, quand il meurt empoisonné par une plante toxique.

– Et il y a le « dommage ! »

– Voilà. Ça peut vouloir dire, dommage, je suis trop vieux et fatigué pour partir vivre seul au fin fond de l’Alaska et je dois rester avec « tous ces cons » – je cite. Ou. Je suis trop vieux et savant pour confondre les plantes comestibles et les plantes toxiques, dommage !

– Bof ! Je me trompe peut-être, mais ça ne me paraît pas si grave. Pour moi, il est dans sa phase de misanthropie aiguë et il aimerait bien partir loin des gens, mais pas trop loin non plus.

– Tu dois avoir raison. Et toi, ton voyage avance ? Je ne pensais pas que ce serait aussi long.

– Moi non plus, mais ça va s’accélérer parce que de Turquie, on va aller directement aux Philippines. Ça doit faire dix mille kilomètres d’un coup. Autrement, j’ai rencontré Emil, le frère d’Olga, il travaille à Médecins sans frontières. Je sais pas… j’y pense de plus en plus… peut-être travailler pour une ONG comme ça… J’ai vraiment envie de rentrer et de te revoir, mais je suis trop vieux pour finir dans le cours de Martinez, dommage !

– Nov, rentre, porfa. Tu pourras essayer de voir avec Emil si tu peux faire un stage. MSF, ça serait génial ! Je te vois vraiment là-dedans. Et fuck le biz ! C’est pas pour nous. Allez, je dois y aller. Prends ton temps, mais rentre vite quand même. Demain, je suis avec Pap’. On se fait une visio, il me tanne pour ça… Tchao.

– Tchao.

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