Novembre 1989. Odette a gagné. J’ai longtemps cru pouvoir y arriver, mais je dois me rendre à l’évidence, je n’écrirai pas l’histoire vraie d’Odette.
Voilà, j’ai pris ma décision. J’ai un ancien ami qui écrit bien ; il donne parfois dans la romance sirupeuse et touche surtout les jeunes femmes trentenaires (celles qui ont « l’impression de passer à côté de leur vie »). Peu importe, j’aime vraiment comme il prend soin de ses personnages ; il saura prendre soin de nous. Je vais lui remettre mon manuscrit et lui demander d’en faire un livre. Bien sûr il écrit des romans, mais cette histoire est tellement romanesque et tragique qu’il lui suffira de dire ce qui s’est vraiment passé sans rien inventer pour avoir son livre, ses lectrices le suivront même peut-être.
Odette nous a présenté sa version, tellement différente de la mienne. Je continue à penser qu’elle a adouci et flouté le tout ; il n’y avait sans doute pas volonté de tromper, mais elle a fait le jeu de ses fantômes. Quant à moi, peut-être ai-je durci le trait comme par réaction, peut-être ai-je été dominée par mes démons personnels. Le vrai doit se trouver quelque part entre les deux.
(Après les fantômes d’Odette et les démons de Nora, il serait bien présomptueux de vous annoncer enfin la vraie vie des personnes réelles. Odette, je n’en sais rien de plus que ce j’ai lu, comme vous, en revanche, j’ai connu Nora et je peux vous apprendre deux ou trois petites choses la concernant. Ah au fait, je suis l’écrivain qui donne parfois dans la romance sirupeuse ! C’est moi qui ai récupéré le manuscrit de Nora et vous êtes en train de lire le livre que j’en ai tiré.)