Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
  • Contact

Et Moi

  • ARNO S.
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

3 février 2018 6 03 /02 /février /2018 08:59

« Parfois je dis des mots que je comprends pas complètement. Avant de donner la cassette à Nora, j’aime bien réécouter ce que j’ai dit eh ben, ça arrive que je trouve ça très bizarre comment je le dis. Je pourrais pas expliquer mieux mais je pense que ce que je dis, c’est ça. Avant je pensais que j’avais pas d’idées alors je parlais pas mais je vois bien que les idées elles viennent après, quand on parle. C’est Nora encore qui m’a fait comprendre ça. »

Nora n’écoutait pas toujours les enregistrements avec la même attention, surtout quand Odette commençait à s’adresser à elle. Elle n’était pas censée apparaître dans le récit d’Odette ; ce n’était plus de l’observation participante, c’était de la confusion des genres. Bon, elle trouvait intéressante cette idée qu’Odette se sentait « autorisée » à mourir et bien sûr, elle était heureuse de l’avoir aidée à avancer, mais pour être honnête, c’est Charles-Marie qui la préoccupait pour le moment et elle restait focalisée sur lui.

Elle avait tout de suite trouvé étrange cet attachement quasi-paternel de Gustave qui disait « c’est un peu le fils que je voulais et que j’ai pas eu ». (La phrase serait écrite noir sur blanc dans le cahier noir d’Émile selon Nora. Je reste perplexe, je n’ai pas vu le cahier, mais admettons.)

Par ailleurs, Nora connaissait la proximité de Gustave et Thérèse qui se fréquentaient depuis leur enfance. Dans le cahier on trouvait aussi la « liste des amis de Gustave » et Thérèse arrivait en premier, juste avant Andrée. Pour autant, quelque chose la retenait de faire de Charles-Marie le fils adultérin de Gustave : le garçon n’avait vraiment rien d’un Grandclément, même pas une demi-part. Rien de la verve, rien de la fougue, rien de la vigueur, même physiquement, il était sec et long comme son père Victor, il avait la voix rauque alors que Gustave avait la voix ronde et chaude. Il n’avait d’ailleurs pas beaucoup pris non plus de sa mère.

Ou alors, peut-être que terrorisé par son père officiel, Charles-Marie se contentait de vivre discrètement en simulant une ressemblance avec lui tout en cachant inconsciemment tout ce qui pouvait ressembler à Gustave. « Il y a quelque chose entre Gustave et Charles-Marie, je le sens » avait noté Nora dans ses commentaires. Le scénario d’une rencontre clandestine entre Gustave et Thérèse passait de la catégorie « j’en doute », qui avait été rayé, à « pourquoi pas ? ». D’ailleurs Nevy-sur-Seille était sur la route de Château-Chalon, « c’est plus qu’un indice ».

(Nora, Nora, que de preuves insignifiantes ! que de conjectures sans fondement ! que d’interprétations alambiquées ! Je commençais à trouver les méthodes de l’anthropologue devenue biographe de plus en plus approximatives. Les faits, Nora, les faits ! avais-je envie de lui dire.)

Partager cet article

Repost0

commentaires