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C'est Peu Dire

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Un Reste À Retrouver

4 janvier 2018 4 04 /01 /janvier /2018 03:01

« C'est à partir de mes souvenirs et du cahier noir d’Émile que Nora écrit notre histoire. Bon, je pense qu'elle invente un petit peu quand même, parce que sur le cahier d’Émile, je sais que je sais pas lire mais je voyais bien qu’il y avait pas grand-chose dedans. Et puis elle a de sacrées expressions, sapristi !, je lui ai jamais dit (pardon Nora, vous m’avez dit de faire comme si vous étiez pas là et de tout dire dans le magnétophone, alors je fais comme vous avez dit) mais je comprenais mieux les mots de notre Séraphin ou ceux de mon père. »

« Moi aussi je fais pas toujours bien la différence entre mes souvenirs et mon imagination. Bon c'est vrai quand même qu'elle a de l'instruction, Nora, et je sais pas comment elle fait mais quelquefois elle me rappelle des souvenirs que j'avais oubliés et quelque fois même elle m'apprend des choses que je savais pas et qui sont vraies quand même. C'était un peu comme si elle m’apprend mon histoire à moi, quelque fois j’ai même l’impression qu’elle a connu mon père et qu’elle a parlé avec ma mère. »

Sur une des dernières feuilles de son manuscrit Nora avait noté une remarque intéressante concernant son travail, elle disait en substance que la vie d’Odette était constituée de nombreux fils qui s’entremêlaient joliment mais qu’il leur manquait un canevas pour en faire une broderie. Des fils sans canevas. Je trouvais l’image assez belle et pertinente. Nora, sans peut-être s’en apercevoir, avait donné à Odette un canevas pour qu’elle y brode tous ses souvenirs, qu’elle y accueille tous ses morts, toutes ses histoires, tous ses « morceaux de vie » aurait dit Séraphin, comme un album pour y ranger ses photos, comme une page pour y poser ses mots, des mots qui pouvaient alors composer un texte. Ou peut-être est-ce plus simplement ce que l’on appelle le sens.

« La pauvre Nora, elle a pas connu son grand-père, vu qu’il était mort un an avant sa naissance. Ç’aurait été bien qu’ils se rencontrent. (Nora, ça c’est pour vous, ma petite Nora je voudrais vous dire qu’il aurait était très fier, le Séraphin, que sa petite-fille elle écrive un livre sur nous. Et encore une chose que je veux vous dire Nora, j’étais pas là bien sûr, et je connais pas votre grand-mère mais je suis sûre que c’est pas lui qui est parti, il a pas pu abandonner votre mère, ah ça non, j’en suis sûre et certaine !) »

C’était fort possible, sa grand-mère avait pu mentir mais c’est la vie d’Odette qui obsédait maintenant Nora, elle ne travaillait plus qu’à cela. Il lui arrivait parfois de descendre à Lons-le-Saunier en pleine semaine pour vérifier avec Odette un détail. Ses « scénarios » se réduisaient et une vérité, la vérité, commençait à se dégager mais elle n’en parlait pas à Odette, elle ne voulait pas l’influencer ni rien lui suggérer. En son for intérieur, elle était pratiquement certaine pour l’histoire entre les deux cousines. Pour petit Paul, elle était sûr que Gustave n’y était pour rien. Il lui fallut plus de temps pour comprendre le rôle joué par Charles-Marie.

 

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