Depuis trop longtemps, je suis touché par le syndrome de la mauvaise queue (je veux dire la file d’attente qui n’avance pas). Aussi ai-je décidé – puisque modifier l’ordre du monde et la vitesse de passage aux caisses n’est pas en mon pouvoir – d’accepter le destin et, tant que j’y suis, de l’accompagner.
Désormais, je mets mes pommes (de la Delbard Jubilé, quand j’en trouve) dans un sachet troué, je n’oublie pas de prendre quelques produits sans étiquette, je me fais aider de Lucienne, ma vieille voisine parkinsonienne, pour remplir mes paniers, je paye par chèque (et de ceux que l’on n’arrive jamais à déchirer, La Poste par exemple), je donne mon vieux permis de conduire dont les numéros interminables sont aussi illisibles, j’entame une conversation avec la caissière (je dis caissière parce que, selon l’INSEE, 66% des caissiers sont des caissières) sur les méthodes de management dans la grande distribution. Enfin, avant de partir, sincèrement compatissant, je salue les malheureux derrière qui partagent mon terrible syndrome et mon destin fatal.