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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • ARNO S.
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

27 novembre 2020 5 27 /11 /novembre /2020 03:09

W

Les wapitis ont le Wi-Fi. Je répète, les wapitis ont le Wi-Fi. W donc. Double V ? Non, double U, disent les Anglais. UU !? Auraient-ils la berlue ? Cela dit, ce pourrait être aussi bien un M culbuté, ꟽ, ou un E couché, Ш. Amy ꟽinehouse, Simone Шeil. Ça passe bien, non ?

C'est la fatwa du show-business. Je répète, c’est la fatwa du show-business. Pour la petite histoire, le W a acquis tardivement la nationalité française, même si les Wisigoths et autres gens du Nord le connaissaient et l’utilisaient depuis longtemps. Aujourd’hui, il sert surtout à dire des mots d’ailleurs, en wallon, wolof ou en dialecte wu.

Un whisky sec pour maman squaw. Je répète, un whisky sec pour maman squaw. Cette naturalisation récente explique une prononciation flottante : c’est [v] dans Wagon ou W.-C., mais c’est [w] dans Webmestre ou Water-polo. Dans talk-show et slow, la lettre est muette. Quant à la prononciation de BMW, certains font entendre un simple V (peut-être pour évoquer le vrombissement du moteur) quand d’autres font sonner un double V (pour faire plus riche, sans doute), les indécis se contentent de dire BM. Ça passe aussi.

Un bon sandwich au wakamé. Je répète, un bon sandwich au wakamé. W est la 23e lettre, mais en fait la dernière à être entrée dans l’alphabet officiel au milieu du XXe siècle. La première génération de mots issus de cette immigration s’est déjà bien intégrée. Par exemple : « les cowboys mangent peu de kiwis dans les westerns ». Ça passe tout seul.

Le dos crawlé du clown Bozo. Je répète, le dos crawlé du clown Bozo. Les joueurs de scrabble le savent bien, les mots en W sont malgré tout plutôt rares. Or, les choses changeront peut-être un jour. Internet et son globish pourraient bien offrir une revanche au W. On le sait, il est triplement présent dans son sigle, WWW pour World Wide Web. Sans parler de Wikipédia, le nouvel ami des étudiants qui ont rompu avec Denis Diderot et Pierre Larousse.

Le roi du twist est nul en whist. Je répète, le roi du twist est nul en whist. Les mots en W de la dernière génération, très souvent issus du numérique, sont très prolifiques. Considérez par exemple les mots composés à partir de Web : Webzine, Weblog, Websérie, Webdocu, Webdesign, Web-apéro, etc. La famille est déjà très nombreuse. Ça passe sans problème.

Pas de webcam dans le talweg. Je répète, pas de webcam dans le talweg. Et la forme de la lettre alors, que nous inspire-t-elle ? Pas grand-chose à vrai dire. Une paire de moustaches, un chameau dont on ne saurait distinguer la tête de la queue, deux hirondelles volant en escadrille, un serpent qui manquerait singulièrement de souplesse ? Rien ne s’impose. Le W ressemble à un V doublé.

Ça swingue Wendy dessous ton sweat. Je répète, ça swingue Wendy dessous ton sweat. Pourtant certains disent que c’est évident, le W est un Wagon. Non, pas d’accord. Que la lettre évoque le mot, oui, mais un Wagon en forme de W n’irait pas bien loin. Ou peut-être un Wagon-silo, ça passe tout juste.

Un wrap gavé de wasabi. Je répète, un wrap gavé de wasabi. En attendant de voir les mots en W perdre totalement leur étrangeté, il est encore bien difficile d’écrire un texte avec des mots contenant la lettre. En revanche, on peut opportunément utiliser ces mots pour envoyer des messages codés. Ça passe tout seul.

Les wahhabites interviewés. Je répète, les wahhabites interviewés.

 

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 03:44

X

C’est explicite, X est une croix. D’aucuns verront un envol d’oiseaux, des épéistes belliqueux croisant le fer ou les pieds d’un curieux tabouret ; d’autres décriront un casse-noix ou un gaillard vigoureux appelant les applaudissements après le récit de ses exploits (mais là, quand même c’est exagéré !). Non, un examen exhaustif serait vain, X est une croix, point.

Sans vouloir vexer quiconque, précisons qu’il ne s’agit pas de la croix du Christ ┼, pas le crucifix. Non, il s’agit de la croix de l’interdiction – interdixion faudrait-il écrire –, comme dans le Code de la route. Le X est l’expression de l’interdiction.

Cette croix a peut-être quelque chose de religieux, mais derrière tous les exemples, elle exprime en creux une prohibition exclusivement humaine. Une interdiction qui délimite les lieux en excluant ainsi les territoires extrêmes, ceux des dieux, ceux des animaux.

La croix, c’est la loi, lex disaient les Romains, mais une loi extraordinaire, la loi fondamentale, à savoir l’exigence première censée apporter la paix en régulant les excès, bref la loi qui fixe l’humanité de l’homme. Voilà pourquoi elle porte sur le sexe. La crucifixion initiale, c’est celle du sexe et toutes les autres lois ne sont que des annexes à ce codex fondateur.

Le X est sexuel et le seXe est réglementé. On parle parfois de sexualité pour rendre la chose plus savante, on la confie à des experts, docteurs en sexologie, ce qui est une autre façon de la censurer. Le lexique est souvent prétexte à l’exercice d’un pouvoir et le sexe ne fait pas exception, bien au contraire. Parfois aussi, on déguise la lettre, comme pour s’excuser ou expier quelque faute ; on en fait un double C culbuté, ƆⅭ. Il a beau se cacher, le X est seXuel. Et plus on le met à l’index, puis il excite.

Plus on l’interdit, comme un vice monstrueux, plus il exerce sa fascination. Honteux, on le cache ici, mais on l’exhibe là et l’on fait commerce d’excitation, c’est l’industrie du X et le règne des proxénètes. Ce n’est pas mieux, ça devient même hideux. C’est ainsi, l’interdiction donne du prix. Le sexe est délictueux, mais le délit est délicieux.

Dans les deux cas, condamnation par des tribunaux de faux dévots ou exploitation par d’odieux trafiquants d’organes, il y a confiscation, par excès ou par défaut. Les deux axes du X se croisent, les deux C s’accolent, les vertueux et les vicieux se confondent. Les pieux qui censurent sont souvent les libidineux qui consomment. Le seXe est à lui tout seul un oxymore.

Rien de ceci n’est faux, mais examinons plus avant ; la chose sans doute est plus complexe qu’on ne le croit. Le X pourrait bien se révéler précieux en ces temps de repli frileux et de xénophobie décomplexée.

Il est des croix qui biffent, excommunient, qui interdisent et excluent, soit, mais d’autres donnent à voir aussi et exposent des choix. Les croix peuvent être les fardeaux de portefaix, elles peuvent signer les adieux faits à la nécessité. Le fastidieux se fait exaltant et le licencieux, exigeant. La censure pour les peureux, sans devenir un appel à la luxure, se transforme en invitation pour les aventureux.

Je m’explique. La croix, c’est aussi la croisée des chemins, quand quatre, six ou dix exils nouveaux s’offrent à l’exploration. Le X dessine une cartographie luxueuse et désorientée. Le X ouvre des lieux géométriques inconnus et fabuleux. Le X convie à des expéditions textuelles.

On peut écrire des textes hétérodoxes aux élans fructueux à même la chair. Les seXes – X est aussi la marque du pluriel et le mot devrait s’écrire ainsi pour attester une stricte équité – ne sont plus réduits alors aux seuls organes génitaux, ce qui les rendrait fort ennuyeux. Ils ne visent plus exclusivement un présumé climax. Peut-être existe-t-il un centre exact, le nœud du x, point radial et radieux, mais il faut extrapoler, s’évader, expérimenter aussi bien les sentiers ténébreux que les chemins lumineux. La voix, les yeux, les cheveux sont autant d’excursions qui peuvent mêler l’exquis au mystérieux.  

Le X est un appel à l’existence des seXes. Il nous dit qu’exister, c’est excéder, c’est s’exiler, loin hors de la doxa – lieux communs et voix triviales. Non sans paradoxe, les extrêmes sont à proximité, dans le creux des reins, dans les jeux de mains, dans les aveux tendres et affectueux des amoureux.

Le X est un appel à l’expression des seXes. Tantôt silencieux, tantôt prolixe, le poète des seXes développe un lexique audacieux pour des temps nouveaux. Loin des réflexes, il invente des gestes gracieux.

Le X est un appel au voyage des seXes, sans doute faudrait-il les exfiltrer hors de la chambre exiguë des époux jaloux, là où les lits conjugaux les retiennent en otage.

Le X est excentrique, si l’on veut, mais il émeut tous les yeux et voile toutes les voix. Il brille et brûle comme les feux de la vie.

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 03:45

Y

D’emblée, la lettre nous semble venir d’un autre pays. Ayatollah iranien, bayadère hindoue, bey turc : que des étrangers. Même chose pour les animaux, oryx de Libye, hyène rayée du Moyen-Orient, mygale, yéti ; ou pour les végétaux, ylang-ylang de Mayotte, yuzu japonais, peyotl, yucca. Y aussi pour les créatures étranges : cyclope, cynocéphale, lycanthrope, satyre. Le Y ne serait-il pas la plus étrangère des lettres françaises, sympathique, mais pour le moins typée.

Il faut commencer par son nom. Ça peut sembler incroyable, mais il n’y a pas de y minuscule en grec. Il y a bien un i grec, c’est le ι qui s’appelle iota ; il y a aussi un u grec, le υ qu’on appelle upsilon et qui devient souvent y en français, comme dans ὑπόθεσις (hupothesis) qui donne hypothèse. Vous y êtes ? Un i oui, un u bien sûr, mais pas de y minuscule en grec. Il n’y a là rien de bien curieux, le u minuscule devient un Y majuscule (en grec, pas en français). Vous voyez ? Si on veut du Y, c’est chez les Yankees qu’il faut aller. Mais soyons prudents, ni i ni u, il s’y prononce ouaille, comme dans why, pourquoi. Et après tout, why not?

Bon, essayons d’avancer. Que voyons-nous en regardant un Y ? On peut imaginer un type les bras levés en V, mais la posture est polysémique : soit il est en train de s’apitoyer sur son sort (oh non, why me encore !), soit c’est le symbole de la victoire (Yes!, traduction : youpi ! j’ai gagné !).

Why?, c’est aussi la question que poserait la génération Y dès qu’on leur demande de faire quelque chose (des hypocrites qui maquilleraient leur paresse en volonté de comprendre). Faciles à identifier, ces hypermodernes portent tous un Y sur la poitrine, le fil de leurs écouteurs. Employés instables, demandant à être choyés, ils seraient infidèles en retour. Ces analyses aucunement étayées confondent concepts et stéréotypes. Je ne sache pas que demander why? soit un signe de dysfonctionnement. Et si Y était une lettre philosophe ? La lettre du refus des croyances, de la condamnation des mythes, du boycott des dogmes, la lettre du questionnement ? Y, la lettre est seyante ; why?, le mot est stylé (j’y reviendrai).

Parlons de la forme Y. Même si l’on n’est plus très clairvoyant, on devine un verre à cocktail (certains imagineront Hemingway buvant un Bloody Mary au Harry’s bar, d’autres penseront à Marilyn Monroe dégustant le Royal Blue Sky des champagnes Pommery et s’il y en a qui voient Sean Connery boire un whisky Suntory, c’est qu’ils n’ont jamais vu de verre à whisky).

Et puis il y a ceux qui distinguent un cygne à deux têtes, une gueule de lynx stylisée, un yack rasé de près, le lance-pierre de Tom Sawyer, un yogi psychédélique, un psychopathe voleur de tricycles… (Allez-y vous aussi, c’est distrayant.)

J’aime bien le Y, il ne paye pas de mine, mais j’y vois un rythme singulier, il est loyal sans être ankylosé, il est dynamique sans être fuyant. S’il y avait un sens à parler ainsi, je dirais que je vois une hyperbole sans cynisme et, au risque de paraître sibyllin, un lyrisme sans hybris.

Certains croient reconnaître le symbole générique de l’alternative. Pour les voyageurs, c’est une patte d’oie synonyme de choix crucial ; pour les métaphysiciens, c’est l’archétype de la liberté éthique ; pour les mystiques, c’est la dyade matricielle ; pour d’autres encore, c’est l’opposition yin et yang occidentalisée.

Tout cela est trop mystérieux à mes yeux, ce signe n’a rien d’un hiéroglyphe illisible et je me méfie de la tyrannie du binaire. Je ne crois pas au mythe du couple originel et la dualité systématique me semble effrayante. Tout commence à trois pour moi (un, deux, trois, allez-y !). Or, précisément, le Y est un triptyque. Plus que le 0 ou 1 de la cybernétique, il me rappelle le peace and love du hippy citoyen du monde.

Le Y est dynamique parce qu’il est ternaire et asymétrique, ce n’est pas un duo ni un duel. Le U, le T, le H, par exemple, sont parfaitement symétriques et deviennent vite ennuyeux, parce que le reflet engendre la noyade spéculaire ou la paralysie, c’est physique. Ces signes se reflètent, se répètent et bégayent à l’infini. Vous allez penser que je yoyotte de la touffe, mais c’est ce que je vois. Le Y est décalé, il est joyeux, il rayonne et appelle à voyager ; il ouvre et tourne comme un cycle abyssal de questions, why? why? why?, pour toujours répondre, tout aussi joyeusement, Yes! Yes! Yes! comme Molly Bloom.

Alors oui, Y a côtoyé beaucoup d’étrangers et traversé nombre de pays. Comme un Ulysse toujours sur la route, Y nous rappelle que les langues, aux paysages apparemment fixes, sont plutôt des odyssées peu prévoyables.

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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 03:30

U

À première vue, le U est une urne. Oui, mais quel est son contenu ? Des cendres ? Alors c’est une urne funéraire et c’est une cause perdue, sauf résurrection. Des bulletins ? Alors c’est une urne de scrutin, pour consultation populaire au suffrage universel peut-être, et il faut attendre les résultats, sauf corruption.

Un petit futé, obsédé par les luttes armées, aurait aperçu un obusier qui attend son obus ; un gros lubrique, obnubilé par Uma Thurman, l’aurait vue nue dans son tub, juste avant qu’elle ait disparu ; enfin certains, moyennement crédules, ont reconnu une cuiller ou un club de golf tordus par Uri Geller.

On peut s’amuser un peu, mais étudions scrupuleusement le sujet. À part pour les urnes, la forme en U n’est pas judicieuse. Figurez-vous un univers en U. Plus besoin de trou noir, rien ne s’enfuirait, ni lumière ni bruit ; tout s’agglutinerait dans le culot, absolument tout : les humains, les utopies, les urubus, les URL, les usines à gaz, Uranus, les urinoirs, les cygnes adultes, les utilitaristes, les Uruguayens, l’UNEDIC, l’URSSAF, l’UGC, les USA, la culture underground, le tiret underscore, les unijambistes ubiquistes (il n’existe plus qu’un ou deux survivants), les urgentistes, les us et coutumes, les députés parachutés, les cumulo-nimbus, les agents de sécurité périurbains, tous les ustensiles de cuisine (spatules, écumoires, presse-purées, araignées à friture…) et même les pulls unisexes, tout sauf peut-être les univers parallèles (mais leur existence est discutée). Non, un univers en U, ce serait absurde.

Un pâturage en forme de U serait tout aussi ridicule. « Hue, hue », hurlerait le muletier à son mulet têtu qui refuserait de continuer, ce qui ne serait pas une surprise car un U est sans issu. Alors le muletier surexcité continuerait, « hue, hue, vas-tu t’exécuter, abruti ? ». La suite viendrait naturellement, fureur, torture, pulsion de mort, « veux-tu que je te tue, tire-au-cul ? ». La conclusion serait brutale pour le mulet acculé. Non, un pâturage en U, ce serait ubuesque.

Un U, ça peut être utile, pour une urne, on l’a vu, ou pour faire cuire sa nourriture, c’est entendu, mais pour le reste, c’est nul ; même et surtout pour un parachutiste, l’aventure serait funeste.

Soit, tout cela est burlesque et un peu puéril, mais une chose moins futile me perturbe, c’est au sujet de l’unité de la présumée universalité. Bien sûr, il faut être prudent dans ses jugements et toujours bousculer ses points de vue, mais j’aurais quelques réserves à formuler concernant l’universel. Je repense à mon urne où tout s’accumule, s’unit et finit par donner une mixture d’une parfaite platitude.

C’est le problème des purées. Une purée de légumes – hum ! – c’est succulent. Mais une purée de jugements, une purée de musiques, de coutumes, de costumes, qu’est-ce que ça produit ? Sûrement quelque chose de très ennuyeux et rebutant, régulier et sans nuances. L’urne à purée est puissante, aucun grumeau ne survit, le résultat est pur. Mais une purée d’usages, une purée de langages, de visages, de paysages, qu’est-ce que ça produit ? Sûrement quelque chose de peu séduisant, sans vertu. Faut-il pour construire l’universel, ruiner les singularités et nuire aux individualités ? N’y a-t-il pas une forte similitude entre unité et uniformité.

Alors bien sûr, l’universel vise aussi à réduire les injustices, procurer autant aux unes qu’aux autres. Il vise une juste distribution pour tous, peuples du sud et peuples du nord. Il vise à réunir des communautés respectueuses les unes des autres, à ouvrir du commun, construire des lieux sans exclusive, sans titulaires, juste une terre unique pour les humains.

Zut ! Les difficultés s’accumulent et l’espoir d’une solution irrécusable et faisant l’unanimité s’envole en fumée.

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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 02:34

P

Le P est un R qui a replié une jambe, il est bien planté sur un pied, comme la hampe d’un drapeau. Plutôt pic ou piquet que passant, il ne se perd plus, ne se disperse pas. On peut penser à un pèlerin devenu pantouflard et patient, il ne penche pas vers l’avant et ne pense plus au passé. Petit soldat de plomb en pause qui ne pose pas de problème, ou planton impassible qui fait le pied de grue pour protéger quelque personnage prestigieux.

Le R est toujours en partance, le K progresse en cadence, le P, lui, a trouvé sa place, il a ses repères. C’est un profil sans prétention, un peu plan-plan ; ça peut ne pas plaire à tous. Doit-on pour autant le prendre pour un planqué ? Il est placide, sans passion mais puissant : essayons de comprendre sa pertinence.

C’est important de trouver sa place et pratique de connaître son personnage. Rien n’est plus pénalisant que le caprice et l’absence de plan ; rien n’est moins pardonnable que le parjure. Parfaitement, mais il faut prendre garde aussi au péril de la répétition, quand on n’expérimente plus, quand on n’apprend plus. Dépourvu de personnalité, sans perspective, on reproduit vite une vie prévisible dont on ne peut plus s’échapper, on copie, on plagie des pages qui ne nous appartiennent pas. Partir peut être pénible, progresser peut être épuisant, mais pire encore est l’épreuve de la platitude, le supplice du repos sans répit. On croupit dans la prison des habitudes, déprimé par le poison de la lassitude.

Changer de peau, changer de pays, de personnage, changer de paradigme, de programme, de parti, changer de point de vue, passer la frontière, parler aux étrangers… c’est compliqué, voilà pourtant ce dont on ne peut se passer si l’on veut comprendre un peu plus la complexité de l’expérience humaine.

À observer de près, le P pourrait passer pour un progressiste en période d’introspection, et peut-être prépare-t-il un nouveau départ. Soyons prudents, à trop attendre on prend de mauvais plis impossibles à perdre par la suite. Espérons donc que le P, s’il a trouvé sa place, soit prêt à explorer de nouveaux paysages. Il est des départs précoces, mais les placements peuvent être implacables. On ne répare pas une épave sans espoir. Il faut parfois rompre les liens pour se déprendre de l’emprise des opinions et l’oppression des préjugés.

Pour autant, un point encore est primordial –– les exilés le savent, ils ont payé cher pour l’apprendre –, le déplacement peut être une plaie profonde et pérenne. Rien n’est jamais simple ; ne nous prononçons pas trop promptement. Disons que quand on en a pris le parti, bien sûr, il faut partir, un peu n’importe où. Au bout de la planète, en Patagonie, en Papouasie ou bien tout près, juste là après le pont. Mais partir, ce n’est pas seulement un paquetage et des ampoules aux pieds, c’est aussi un état d’esprit.

Apprendre à passer, apprendre le passage, passer sur les présages pour poser des projets. Le projet du printemps, ce sont les prunes et les poires de l’été ; le projet du poète, c’est une page qui protégera la parole, une page qui prendra le parti des petites choses, disait Ponge.

L’impermanence n’est pas un caprice, pas une puérilité des corps et des pensées ; tout passe, personne n’est dupe et il faut s’y préparer. Le présent est l’impossible pointe du temps, beaucoup moins qu’une plainte, à peine un soupir. Mais le présent n’est pas la présence et voilà le problème qui se pose, celui de la présence. Comment développer une présence pleine, c’est-à-dire comment être proche de soi, proche des autres et du monde ? quelle est la bonne proximité, entre promiscuité et séparation ? quelle est la bonne amplitude, entre disparition et dépendance ? Quelle part de soi perd-on quand on part ? La part qui pèse ? la part qui porte ?

Voilà une pléthore de points d’interrogation. Les philosophes ont du pain sur la planche.

 

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 02:12

K

Le K, vous me l’accorderez, est un cas déconcertant. Pour commencer, il faut remarquer le décalage entre la quantité ridicule de mots écrits avec cette consonne et la quantité colossale de mots qui ont recours à son son – comme dans « klaxon », [k] en phonétique. Cela s’explique : on peut utiliser ‘cc’, ‘c’, ‘q’, mais aussi ‘cq’, ‘ch’ et ‘k’ bien sûr, pour faire entendre [k]. C’est complexe et peu pratique et je compatis avec tous les cancres en dictée. C’est d’autant plus contrariant que l’unique lettre claire et univoque, en l’occurrence notre K, a été couramment blacklistée. On compte très peu de mots écrits avec un K. De surcroît, nombre d’entre eux sont carrément inconnus (sukiyaki, zek, kimberlite, tilak, kymographie, kawi, kob, padouk, snekjja, urokinase, kina, skuttérudite, haïk, hétérakis, alboka, akène, dyke…) et pratiquement tous désignent quelque chose d’allochtone, de spécifique ou technique. Bref, c’est une incongruité orthographique doublée d’une discrimination géographique. (Et si on casait des K partout – tout le monde passerait en khâgne, imaginez le souk à l’Académie ! –, on écrirait « J’akueille Katherine et Karim ki ont akis une sakrée kulture musikale, de Bak à Kristophe » ; plus besoin de dictionnaire des difficultés.)

Bon, cessons d’écouter et commençons à décrire ce que l’on voit. C’est soit très classe, soit très préoccupant. Je découvre une délicate Tokyoïte qui relève son kimono et trempe son pied dans le lac (Le Lac des Cygnes de Kimio Yabuki, bien sûr, inspiré du ballet de Tchaïkovski). Mais je vois aussi un soldat du Kaiser et son pas de l’oie cadencé. D’un côté une inquiète mélancolique et romantique, de l’autre un dictateur, ses tanks et ses kapos.

Le K évoque encore une danse folklorique, plutôt le kazatchok ukrainien ou la polka que le zikomba ou le zouk love martiniquais (vous connaissez Kolé-séré de Kassav : « … An sèl kout zyé fé mwen kraké… », ah, le Kréyol Matnik, « … Si nou té pran tan pou nou té kozé / Kolé-séré té ké ka dansé »…). Ou peut-être le kathak indien revu par Akram Khan, l’inclassable chorégraphe.

C’est curieux quand même, on a clairement réservé cette lettre pour dire les mots étrangers et ensuite, pour ne pas tout « confondre », on ne l’a plus utilisée pour dire les mots français. Pas étonnant dans ces conditions que le K soit devenu la lettre des « contre », ceux qui contestent les courants dominants et classiques. Hier, c’étaient les rockers punks (genre Talking Heads, « … Psycho killer, qu’est-ce que c’est ?... ») ou les hackers (genre Steve Wozniak, le geek de génie qui crackait les codes), aujourd’hui, ce sont les breakdancers (genre Kader Attou, l’acrobate iconoclaste).

À notre époque, c’est le contraire. Le K s’est fait récupérer – das Kapital, aurait dit Karl Marx. La lettre confère quelque chose d’exotique – ça s’appelle du marketing, d’autres parlent d’arnaque. Tuk-tuk, c’est plus vendeur que vélo-taxi et un kebab est un excellent casse-croute, bien meilleur qu’un sandwich carné ; vous préférerez boire un kombucha plutôt qu’une boisson lactofermentée (beurk !) ; les baskets se vendent mieux que les basquettes et on s’arrache les crop tops ethniks ; un deck en teck est plus confortable qu’un pont en pin ; un trek en yack, plus attractif qu’une promenade à dos d’âne ; un think tank est plus éloquent qu’un réservoir à idées. (Bon un kyste purulent reste un kyste purulent et une knacki, une knacki.)

En plus de contribuer au commerce, le K provoque la réflexion philosophique ; il démasque notre rapport schizophrène à l’étranger. L’étranger – Kényan, Kabyle, Kurde –, il nous captive mais on le craint (comme King Kong ou les Khmers) ; on l’accueille – Kalmouk, Sri Lankais, Kirghiz –, mais il doit se conformer à notre culture et nos codes (qu’il porte le kilt, soit, mais avec une culotte, for God’s sake!) ; il doit être bien éduqué – Kosovar, Koweitien, Kinois –,  mais truculent quand même (et nous conduire loin, jusqu’en Kanaky ou au Kamtchatka).

Qu’en penser en fin de compte ? Converge-t-on vers le concert des nations et le carnaval des peuples ? Ou creusons-nous l’écart entre les catégories, entre les classes, entre les couleurs de peau ?

 

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 05:00

O

Au premier abord, il est possible de se laisser embobiner par le O. Couronne royale, soleil prodigue, anneau doré des promis – l’amour pour toujours. Tout cela est formidable, c’est adorable et fort romantique. Le O en impose. Serait-il l’alpha et l’oméga ? l’origine et le tout ? Serait-il la forme de l’absolu ?

Cela semble trop beau pour être honnête. Cette mythologie d’un ordre accompli qui aurait résorbé le chaos ne serait-elle pas plutôt une énorme imposture ? Cette allégorie d’un corps sans organes, exonéré de toute pathologie, insoumis à la mort elle-même, ne serait-elle qu’un extraordinaire bobard forgé par quelques dogmatiques tordus ? Ce zéro occulte, qui pourrait tout parce qu’il n’est rien, ne serait-il autre chose qu’une grotesque comédie géométrique ?

Mon opinion est que cette dévotion est le symptôme d’une névrose collective, la nostalgie de la mort d’avant la vie. Forme totale, le O est le modèle du ghetto théologique. J’y vais fort, mais telle est mon hypothèse personnelle.

Totalement faux, objecteront d’aucuns : bien au contraire, le O symbolise le voyage harmonieux autour du globe, ou mieux, la ronde joyeuse de tous les hommes de bonne volonté, ou encore l’odyssée osée de néo-conquistadors solidaires et écoresponsables ! D’autres diront, observez, c’est la forme d’une bouche qui s’étonne devant les beautés du monde ; oyez, c’est l’adagio mélodieux d’un corps transporté par la volupté ; cet O, c’est l’éloge de l’innocence, c’est l’apothéose.

(Ce qui est formidable avec cet O, c’est qu’il autorise les théories les plus loufoques.)

C’est l’œil du bossu borgne Quasimodo, celui du cyclope Polyphème qui nous observe par le trou de la couche d’ozone ; c’est Pablo, un baron de la drogue (coca, pavot, opium), vu de haut sous son chapeau à Mexico ; c’est la roue de l’infortune d’un cochon d’Inde, obstiné jusqu’à la folie ; c’est la coupe au bol de Francesco, il santo di Assisi, mais si vous connaissez, il Poverello, l’homme qui parlait aux oiseaux ; doublez-le, les O jumeaux se transforment en deux gros, deux énormes roberts, ceux de la bimbo Lolo Ferrari.

Il serait possible de prolonger le catalogue, mais soyons raisonnables. Mon postulat est tout autre. O, c’est l’écho de la mort. Le O, c’est un monde clos, sans aube ni aurore. C’est un roman sans parole et sans mots, juste un O monotone et monocorde, assommé par sa propre sottise. C’est une forteresse égologique qui protège un hologramme contre des fantômes. C’est un océan sans littoral, une société sans utopies, un logis sans porte de sortie, c’est un port sans bateaux. Un port sans bateaux, ce n’est pas seulement idiot, c’est une sorte d’agonie.

À ce propos, je ne peux clore le sujet sans évoquer la chose : O, c’est l’ouroboros, le boa ou cobra qui se mord la queue. Pour certains, cela connote l’autonomie parfaite de l’être qui se féconde et se reproduit lui-même. J’y vois surtout beaucoup d’orgueil et l’ignorance de l’autre ; le vorace serpent est aussi fort arrogant, préférant l’autofellation à tout rapprochement avec son prochain. L’égo idolâtré est omniprésent et autosuffisant, il s’impose avec morgue et se moque de tout le reste, ce fossoyeur du commun, ce pollueur d’émotions.

Il n’est pas d’envol possible pour un ouroboros ; il n’est pas de voyage possible dans un O, pas de repos, pas de commerce, pas de dialogue, juste la course folle d’un astéroïde isolé qui flotte dans un cosmos sans horizon. On ne dort jamais dans un O, on n’en sort jamais.

Je préfère les routes cahoteuses et bornées des Hobos bohèmes ; j’aime les ornières, les obstacles, les fossés, les forêts. Je préfère la poésie des explorateurs, opaque, tortueuse, mais tonique et volubile. Je préfère le soleil des nomades au sommeil des bouddhas.

Alors, adore ton foyer, mais force tes O et honore le dehors.

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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 02:14

E

E : la lettre n’est pas très esthétique, mais assez efficace : on peut accrocher, entreposer, ranger, étendre, faire sécher dans ou sur un E. Écritoire, étagère, échafaudage, échafaud même, escalier, échelle, escabeau, épouvantail … qu’espérer de plus ? Le E ferait un ustensile très utile. D’ailleurs, sans être tout de même essentiel, le E est très usité et se répète à longueur de textes ; pour l’escamoter, il faut vraiment être un expert (Tiens ! en verlan, expert ça fait Pérex ; excusez-moi, je m’écarte du sujet.)

Examinez-le, le E, il est très élaboré. Un rez-de-chaussée et un étage, un mur dressé, un toit-terrasse ; quatre éléments donc, sans compter les petits ergots ou éperons aux extrémités, ce qui est assez élégant. En fait, c’est la lettre de toutes les lettres : pour faire un B, on étire les ergots du haut et du bas, comme un élastique et on ferme ; pour faire un F, on retire le plancher ; un L, on enlève le plafond et l’étage ; pour faire un C, on efface le premier étage et on courbe le reste ; pour faire un M ou un W (enfin un Ш) on le couche à l’endroit ou à l’envers ; même faire un R est possible – mais l’affaire est plus épineuse –, on fait pivoter le plancher d’un quart de tour sur son extrémité extérieure et recourbe les deux ergots supérieurs… Tentez l’expérience, ça marche avec toutes les lettres (c’est moins aisé pour faire un G, habilité et doigté sont requis, mais essayez, vous réussirez). On pourrait même créer de nouvelles lettres.

En grammaire, on apprend que le E est la marque du féminin, mais il faut se méfier, il est très bien porté aussi par des prénoms ou des objets masculins. Quelques exemples à retenir pour éviter les erreurs lors de la prochaine dictée : Élisée et Timothée, apogée et macchabée, enfin lycée et musée, mais ceux-là on les connaît.

Vous l’avez constaté, E est la plus fréquente de toutes les lettres, elle est omniprésente, pas très discrète pour une muette, enfin pas toujours parce qu’elle peut être accentuée et résonne alors différemment. Euh… pas facile de donner à entendre en écrivant seulement. Tenez, comparez le meuh de la vache, le mêê du mouton et le bèè de la chèvre. Vous percevez les différences ? (Remarquez que ces bêtes qui peuvent être amenées à se croiser dans un même pré n’utilisent pas le même E pour échanger, enfin peut-on parler d’échange ? Bêler, est-ce parler ? Allez, je perds mon sujet).

Revenons au visuel. Je le répète, la lettre est fonctionnelle, mais pas très belle. Certains, pour qui écrire c’est aussi dessiner, préfèrent Ξ. C’est pertinent et très réussi, j’aime vraiment. Les étagères tiennent en l’air et les étages flottent dans un ciel éthéré ; règne une atmosphère de liberté, de légèreté, de fluidité. Ξpouvantable n’a plus rien d’épouvantable, Ξsprit a quelque chose de très spirituel, Ξgalité devient une évidence et Ξdredon est un véritable appel à la sieste. (Nota bene. Les hellénistes l’auront reconnu, c’est le grec qui nous a prêté ce très beau trait, le ksi majuscule ; quant au ksi minuscule, ξ, c’est certainement la plus belle trace jamais laissée par un stylet ; mais je m’égare.)

Assez rêvé, retour à la réalité ; que penser de notre peigne à moitié édenté, de notre fourche privée de manche ? La vérité, c’est que l’on se sent confiné dans un E, comme enfermé dans un espace qui ne respire pas. Le Ξ était aérien, léger, il laissait passer les idées et rendait les échanges aisés ; le E est renfermé, replié sur lui-même, on y est à l’étroit, séparé, retiré et on aimerait le déployer, le déplier, l’étaler.

Le E, c’est l’espace et l’espace, c’est essentiel ; le mot n’est pas excessif. Il faut de l’espace pour exister, mais pas un espace privé, pas un espace réservé. Pour le dire plus exactement, c’est en espaçant l’espace que l’on existe. (J’allais écrire, « c’est en existant l’existence que l’on espace », mais je ne voudrais pas enténébrer le sujet, lors même que je souhaite l’éclairer.) L’espace n’a pas d’étendue dans le E, pas de visée, pas de désir, il est empêché, sans élan, altéré, il ne respire pas, il est étriqué, en mauvaise santé. L’espace, c’est un geste ample et élégant, c’est un regard, un projet, c’est une odyssée inventée ; l’espace, c’est l’espacement. Or, précisément, l’écriture revient à cela, mettre en espace des E et toutes les autres lettres sur des sentiers de papier. Exprimer, expirer, exister, espacer, écrire…tout est lié. (Mais non, je ne m’éloigne pas de mon objet, je suis presque arrivé.)

On le savait déjà, l’existence précède l’essence, mais il faut continuer, l’écriture précède la pensée et les mots, les idées ; je dirais que tout cela est emmêlé là devant, dans l’espace déployé, sur la scène de l’être, dans la chaîne des lettres.

Alors aérez vos E, vos É, vos Ê ; exposez vos pensées ; espacez vos idées. Existez ! Écrivez !

 

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 02:32

F

Le F pourrait être un fusil posé sur le fût, une faux ou une faucille. Certains, plus imaginatifs, voient un fâcheux trop bien fagoté, un fat à la figure fermée ou une fleur fanée. D’autres, plus facétieux, distinguent parfaitement un fildefériste efféminé (là, il faut quand même le faire !) ; les moins créatifs voient un fragment de E.

Laissons-là ce florilège de fadaises qui ne valent pas un fifrelin. En mon for intérieur – ou faut-il parler de fantasme ? – je vois une femme d’affaires, une cheffe d’entreprise, à la coiffure efficace (une frange asymétrique, pour être plus spécifique) qui n’a pas de temps pour les fanfreluches et les fioritures ; jamais fatiguée, toujours influente, toujours fascinante, jamais faible, elle me fait face et fonce vers moi. Et moi, tout autant effaré qu’effrayé par cette femme (à la frange déstructurée), me sentant défaillir, je tâche de ne pas m’effondrer. Bref, la lettre F est facile à faire parler, mais difficile à déchiffrer. Comment dépasser ces fantaisies ?

Elle est étrange et familière à la fois et renvoie quelque chose d’effronté et inoffensif. Voilà, elle fusionne les genres et confond les styles : farfelue mais fiable, frontale mais fantasque, inflexible mais différente. (C’est la frange qui fait ça, je crois.) Elle a un côté félin, presque féroce à faire frémir et un côté affable, peut-être même effarouché, comme une femme fatale mais effacée pourtant, ou une fille de joie, forte et fière, mais sans fard ni afféterie. Elle fait front, mais sans passer en force ; elle fanfaronne un peu, mais sans fâcher. (La frange, sans doute !) Sur la face gauche, elle est fermée peut-être mais sans faille, sans faux-fuyants et puis il y a le côté droit, vif et expressif. Froide et fiévreuse à la fois, comme un feu follet bienfaisant. Ne voyez là ni feinte ni fausseté, elle se fiche bien d’offusquer, elle est une effusion sans artifice.

Franchement, j’aime bien la lettre F. J’aime sa fluidité – même si elle est moins fleuve que torrent fougueux –, ses facéties, ses fictions ébouriffantes, sa joyeuse effervescence. Je sais bien que l’on fatigue à se laisser entraîner dans ses farandoles effrénées, mais sa folie est douce et féconde. Oui, je le confesse, j’affectionne la lettre F ; si j’étais une lettre, je la fréquenterais ; enfin, c’est une façon de parler. Elle est moins fade que le E, c’est flagrant, et moins figée que le I, moins conforme que le T, moins falote que le L et moins parfaite que le O. Mais la perfection n’est qu’une fable qui a quelque chose de décisif et funeste, elle réconforte les craintifs que la fête effraie et que la faute affole. Ne confondons pas franchise et fixité, tartufe et fantaisiste. La symétrie et l’uniformité sont sans reflet et parfois fatals. Je préfère le difforme au définitif et l’infidèle à l’infaillible.

In fine, le F est différent, il est différence. Cette différence, ce n’est pas une façade, c’est le flux de la vie qui affleure à même la surface de l’existence. C’est l’enfance fissurée qui refuse les influences néfastes ; c’est le féminin qui réfute les formes officielles ; c’est le profane qui se méfie des impératifs fanatiques et met sa foi dans les hommes et les femmes ; c’est le réfugié, fragile et inventif, qui nous offre un nouvel alphabet – alfabeti dit l’Albanais, alfabeto répond le Portugais.

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 03:57

N

Quand nous tombons nez à nez sur un N, nous avons l’impression d’un Z, somnolant ou aviné,  qui aurait piqué du nez ; notez bien que le Z, lui, c’est un Z, non pas un N retourné.

Si l’on continue à examiner la lettre, on peut imaginer un naja énervé, serpent aux lunettes inoffensives, mais au venin très nocif pour ses ennemis (il a des effets neurotoxiques et entraîne des nécroses) ou un dromadaire, cet animal de caravane qui sillonne nonchalamment le Yémen ou le désert du Néguev (le chameau, lui, porte un M sur le dos, c’est mieux pour se promener, mais ça peut donner la nausée). On peut voir aussi une danseuse égyptienne, de l’époque de Néfertiti ou Akhénaton, dessinée de profil sur un monument au bord du Nil. Les petits génies penseront à N, enfin ℕ pour être minutieux, l’ensemble des entiers naturels, ou pour les néophytes l’ensemble des nombres de zéro à l’infini (sans les négatifs). Je ne saurais dire en quoi les nombres sont naturels, mais je reconnais qu’ils sont plus fonctionnels pour dénombrer que pour dénommer.

Personnellement, et sans vouloir crâner, j’ai bien envie d’inventer un nouvel ensemble, à mon tour, l’ensemble des noms de choses ; nommons-le ₦. Vous allez dire, c’est nul, on en a déjà un, c’est le dictionnaire. Votre analyse est pertinente et je dois affiner mon raisonnement.

Quand on prononce N, on entend haine, oui mais non, c’est le phonème [n]… comprenez nnnn… qu’il faut entendre : nnnnégatif, nnnnul, néant, ni, nada, nicht, nein, niet, nej, nei, nem, naan, no, não. Bon je ne vais pas énumérer tous les non du monde. N, c’est la lettre des nonistes et mon nouveau ₦, c’est l’ensemble des non de choses. Pas leur nombre, pas leur nom, mais leur non ; nombre annulé, nom barré, non énoncé. Or, le non des choses, n’est-ce pas aussi le nom des choses. Souvenez-vous de René Le Belge qui nous narguait avec ses natures mortes, Ceci n’est pas un narguilé. Le nom n’est pas la chose, il en est donc le non. Ma doctrine vous paraît saugrenue, voire erronée ? Ne renonçons pas trop vite.

L’animal du N, ce n’est ni le naja hypnotiseur, ni le narval ni la licorne, ni le chameau des dunes du Namib, c’est l’âne, indéniablement. Je ne sais s’il ahane, cet âne, s’il annone ou « hihane », mais c’est de notoriété publique qu’il refuse de venir ; n’avance pas, ne recule pas. Sans être nihiliste ni révolutionnaire, il est né borné, l’âne, et mérite son bonnet.

L’âne, ignorant et indiscipliné ? Voilà bien une… ânerie tenace et calomnieuse, mais laissons-là bonnets, ânes et ânons, et revenons à nos moutons. Le N est la lettre du non, voilà ce qu’il faut retenir, et dire non, ce n’est ni normal ni naturel. C’est le mouton qui opine, qui n’oppose aucune résistance et toujours donne son accord sans discernement.

Mais il faut continuer, dire non, et dire non au non aussi. Car il est des ânes moutonniers et des nonistes béni-oui-oui. Il faut dire non au non des fainéants, des pusillanimes, des dédaigneux, à celui des traditionalistes réactionnaires, des haineux, des routiniers, des sinistres. Le non au non n’est autre qu’un grand oui, déterminé, généreux, impertinent, imaginatif, avenant, épanoui, inventif. Un oui inouï, sans doute, neuf, non encore entendu. Un non qui importune, mais sans acharnement ; un oui qui passionne mais sans fanatisme.

Il faut donc en convenir, le N, lettre du non, est aussi la lettre du oui. Voilà qui ne va pas sans nous étonner.

(Bon, entre nous, cette histoire de non lunatique qui va finalement devenir un oui, c’est n’importe quoi, non ?)

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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 02:14

I

I c’est une île, me dis-je, sans réfléchir. Oui ? Mais non, c’est idiot, il n’y a pas de lien. I, c’est une tige verticale, un poteau électrique (sans les fils), ou une licorne en partie cachée derrière la ligne du bas, un ibis en partie caché par la ligne du haut, un if d’Irlande qui aurait perdu ses épines, oui, mais pas une île. Tahiti, les Maldives, la Sicile, Trinité ou Bali, ce sont des îles mais vraiment pas en forme de I. 

C’est bizarre cette image d’île qui me vient immédiatement à l’esprit, surtout écrit en capitale. Pour le i minuscule, c’est différent. Les capitales ont quelque chose de massif et continental. Le petit i, quant à lui, ouvre sur une autre géographie ; son point suscrit, minuscule et sublime est comme une fenêtre sur l’infiniment petit, une microtrace, à la lisière du rien, à la limite du vide et puis, c’est indéniable, on dirait une île, libre et fragile.

Autre chose me turlupine, j’écris Île, mais j’entends Il ; ce n’est pas logique ? Y aurait-il une méprise orthographique ou une discrépance phonique (je chéris les mots inordinaires et les tournures alambiquées) ? Je persiste avec mon idée fixe, je résiste, alors que c’est évident, I n’a rien d’une île tandis que I et Il sont intimement liés. Il désigne l’être viril, celui dont le membre s’érige, pénis, pine, bite ou biroute, zizi ; celui qui dirige et signe parce qu’il se sent rigide. Il, mot de l’hégémonie, du sérieux, de la domination, de l’autorité. Eh bien parlons-en, car il n’y a pas lieu d’être si fier. Ce serait comique si ce n’était pathétique. De quelle puissance s’agit-il ? L’empire et l’emprise de cet appendice réel ou symbolique sont iniques et injustifiés. Il a besoin d’L pour tenir debout. Il a besoin d’une consonne pour vibrer. Il a besoin d’ailes pour désirer.

Il croit intimider, mais il n’a ni épaisseur ni intensité, il est vide, privé d’idées, sans sentiments. Sans issues, ni entrée ni sortie. Comment disposer d’un intérieur quand on habite un I, jamais à l’abri de la lumière, toujours exhibé, toujours livré à sa triste réalité, lisse et aplati. Solitude et exil ; ce qui lui manque à I, précisément, c’est une île, là où l’on se retire, à l’ombre de l’implicite, une île, des îles, aux horizons multiples, aux frontières liquides, aux imaginaires métis et aux écritures pérégrines.

Île est fille, Île est ville ; jamais seule, jamais veuve, elle est dix, elle est mille, comme une famille, vivante et libertine. Myriades d’étoiles océaniques, des îles à la pelle, si belles, si belles, archipels fertiles ; féminin pluriel, singulière multitude ; litanie sans ennui de petits points sur les i ; histoire poétique de polynésies à venir.

Alors pour finir, s’il faut un compromis, disons que les I sont des presqu’îles, disons qu’ils sont un désir d’îles.

(Et si vous le vouliez bien, nous pourrions lui restituer ce qu’il avait perdu en grandissant, son petit point, İ)

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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 02:55

Q

Avec le Q, on voit tout de suite que quelque chose cloche. Non qu’il soit anachronique ou dissymétrique, mais il est quand même un peu baroque et vraiment pas académique. C’est cette queue grotesque qui inquiète. Bien sûr, sans sa queue, le Q n’est plus un Q, c’est un O. Qu’en est-il alors de cette lettre fantasque ? Quid de ce curieux Q ?

Le Q n’est pas une bouche ; il y a bien ce poil qui pique ou cette langue lubrique, mais manquent les quenottes. Le Q n’est pas un cul ; il a bien une forme de trou mais on ne voit pas ce que vient faire là cette quéquette microscopique et un peu flasque (pardon, je me moque) ; d’un point de vue anatomique, ça choque. Le Q n’est pas un nombril ; cette queue excentrique le sauve même d’un nombrilisme égocentrique. Le Q n’est pas une tarte aux quetsches, manquent les noyaux.

Le Q pourrait être un dandy d’une autre époque portant le catogan, c’est très romanesque ; il pourrait être un ballon de Banksy planant à des hauteurs stratosphériques, ça devient poétique.

Le Q est fort énigmatique. Les choses en Q ont quatre côtés ou quatre jambes ou quatre moteurs ou quatre couleurs, elles forment un quadrilatère ou un quatuor mais rien qui ne soit circulaire ou sphérique. Parfois même, elles sont rectilignes comme un quai ou presque comme un tir de pistolet automatique. Décidément rien ne colle avec le Q : imaginez le quai du port de Dunkerque en forme de Q, les paquebots ne pourraient ni entrer ni sortir et l’équipage ne trouverait pas cela très ludique. Pire encore, imaginez la remise en question des lois de la balistique, le balle n’aurait pas une course parabolique mais en forme de Q.

Voilà, tout s’explique, le Q n’est pas une question, c’est la lettre des questions. Qui, quoi, quand, lequel, pourquoi, par qui, jusqu’à quand ? Question ontologique, qu’est-ce que c’est que « être » ? Quintessence, quiddité et quoddité, réduction phénoménologique et analyse eidétique. Non mais de qui se moque-t-on ? Toute cette quincaille de concepts anémiques, toute cette fabrique de querelles métaphysiques, toute cette fornication synaptique ; ne serait-ce pas plutôt l’arnaque du théorique ? À forcer sur l’analytique, on quitte ce qui compte.

Le Q est une quête, OK, mais inutile de chercher la quadrature du cercle, sa queue – queue de cheval, queue de cochon, queue de pie, queue de rat, que de queues, qu’importe… – sa queue donc, est ce qui empêche de tourner en rond comme une bourrique, de rester statique, c’est ce qui rattache au quotidien toujours asymétrique. La queue du Q, c’est le grain de quartz dans les rouages mécaniques.

Le Q est une quête et sa queue, plus comique qu’érotique, le sauve de la perfection sphérique, le préserve du sort tragique des lettres sans manques et des êtres sans désirs.

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 00:51

M

Le M est une montagne.

Un massif peut-être même. C’est le Mont-Blanc ou l’Himalaya ; une montagne en Mongolie, au Maroc ou au Monténégro. Renversez-le, le M, eh bien c’est toujours une montagne, mais russe cette fois. La hauteur augmente puis elle diminue, on monte, on monte, on culmine au sommet – avec un panorama dégagé sur tous les mots de la page – et on retombe. Quelquefois, on en met deux à la suite, MM., quand on parle de Messieurs en costume avec mallette, des ministres ou des managers, mais alors, avec ces Ms jumeaux, il y a beaucoup de montées et de descentes, ça peut donner mal au cœur et faire vommmir.

Manon (c’est mon amie, elle n’est pas mariée, mais a beaucoup d’imagination) voit un monstre maléfique qui marche vers elle, comme une immense fourmi mécanique avec des mandibules mortelles ou une mygale menaçante qui ne mange que les enfants de huit ans et demi.

Dans mon monde à moi – je n’en démords pas – le M est une montagne, ni magique ni maléfique, seulement… montagneuse.

Ce que je trouve amusant, c’est que mer commence par M aussi. Je m’interroge ? En Méditerranée, la mer est calme, mais dans le détroit de Malacca, je ne sais pas, il doit y avoir des vagues démesurées, hautes comme des murs et dures comme des montagnes. Alors on monte et on descend et on monte, on a le mal de mer et on vommmit là aussi.

Aujourd’hui, le niveau de la mer monte et la hauteur des montagnes diminue. C’est dramatique. Le monde est malade et les humains sont de mauvais médecins.

M, évidemment, c’est le mot des amoureux, ceux qui sèment des mots tendres et intimes comme des poèmes. Mais l’amoureux n’est pas toujours un bon marin, et comme en mer, dans la tourmente, il lui arrive d’avoir mal au cœur.

Le M est une montagne, mauvaise ou sublime, on l’aime malgré tout.

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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 06:43

D

Pour le D, c’est un peu plus difficile à voir, parce qu’il s’agit d’une idée : disons-le d’emblée, le D est un défi. Ce n’est pas évident, je le concède, on dirait plutôt une voiture couchée qu’il faudrait redresser. C’est déroutant ! Bon, une idée, d’accord, mais idée de quoi ?

Regardez bien, la lettre est dynamique, le D va doucement vers la droite, on dirait une flèche à la pointe arrondie ou un index – disons le bout du doigt – qui donne la direction.

Pourtant, il bedonne un peu le D, comme un directeur ; on peut même se demander s’il n’était pas destiné à dominer, tel un commandant qui reste derrière, mais donne les ordres. D comme directeur, mais D comme dictateur ou despote. Si on la redresse (la voiture couchée), si on dégonfle les pneus et réduit l’arrondi du toit, le D redevient alors à un Δ, son ancêtre grec. Ce delta est un triangle indétrônable, solidement posé et dirigé vers quelque divinité d’en haut dans une posture idéale et définitive. Le Δ est un D indestructible et taillé comme un diamant, mais il est sans devenir.

En se renversant, le D a perdu cette perfection euclidienne, il a pris des rondeurs, il n’est plus obsédé par le monde des idées, il indique la droite, c’est-à-dire le mot d’après ou le déroulement de l’histoire, bref ce qui ne dure qu’un temps. Le Δ pointu intimidait et nous rendait dociles ou modestes, le D nous désempare, mais nous rend audacieux et indépendants.

Le D est un défi, un appel à découvrir ce qui viendra, une invite à désirer plus qu’à espérer. Il tourne le dos au passé, reste indifférent aux espaces idéels, il donne congé au divin et dirige vers des lendemains d’homme, des lendemains à dessiner.

Bien sûr il faut aller au bout de la ligne, et on ne peut pas sauter les pages, il faut attendre parfois. Il y a des règles de grammaire et d’orthographe, mais on peut décider de son texte.

On ne défie pas l’ordre de la nature et il est des choses qui doivent être, mais on peut dire non au destin, non à une distribution des places et des rôles, non au dogmatisme.

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20 août 2020 4 20 /08 /août /2020 02:53

G

Cette lettre étrange me gêne. Je la trouve gauche, voire grotesque. Peut-être même dangereuse.

Ça partait pourtant d’un bon geste, un C clair, généreux et grand ouvert ; mais alors pourquoi cet ergot qui gâche tout ? Un joli galbe à gauche, et l’on aurait bien imaginé une fin en escargot pour une lettre élégante et distinguée ; mais non, le G s’achève en guerrier cagoulé, ganté, gainé, ou pire encore en géronte dérangé et goitreux. Certains verront un général galonné, d’autres un gendarme aguerri (certains même, avec un peu d’imagination, pourraient voir un gendre agile et galant), je vois, moi, un grossier personnage au visage ambigu.

Je n’aime pas le G. J’ai une image dégradée du G. Je pense à une grotte de troglodytes, une guérite trop bien gardée qui ‟protège” des voyages, un gouffre aveugle et sans paysage, un ghetto.

Et puis cette lettre est d’un autre âge, je la regarde et surgit un Gaulois grivois, un gavroche, galoches aux pieds, un danseur de gavotte dans une vague gargote, un grammairien dégénéré, un ivrogne graveleux, un bigot gâteux, un démagogue enragé, un sale gosse, un geôlier angoissant, un grabataire, un gueulard, un gros lard. Cette lettre est disgracieuse et vraiment pas rigolote. Je n’aime pas le G, l’aurais-je déjà dit ?

Quand même, pensé-je ? Ces jugements ne sont-ils pas exagérés ? Le G n’est-il pas victime d’un délit de sale gueule. Ce serait très grave ? Comment exiger d’une gutturale qu’elle inspire gaité et magie ! Il n’est pas besoin d’être docteur en laryngologie pour comprendre que G obéit à une géographie glandulaire et invaginée, le son vient des tréfonds de la gorge, derrière la glotte : ça gronde, ça gratte, ça grinche, ça grince, ça grommèle, ça grrr. Rien qui ne saurait engendrer un gazouillis angélique, non, seulement des borborygmes rugueux et inélégants.

Ou peut-être le G est-il un jeu ? Il serait une gangue cachant quelque gemme à découvrir, une graine à faire germer, une génération future à héberger. Le G aurait son génie, caché, fragile, à venir. Lettre gravide, grosse de ce que l’on ignore encore, le G ouvrirait une nouvelle genèse, non pas une théogonie fantasmagorique, non pas un big bang, mais l’histoire d’un engendrement, celui d’un être engourdi.

Voici donc un abrégé rudimentaire et hypothétique quoique logique. Je laisse les usagers du G réagir et engager le dialogue.

(Un mot encore – pardonnez la longueur du monologue quelque peu dogmatique, mais je me régale – sur ce que donne à entendre le G ; parlons phonologie, pour le dire simplement. Je le dis sans agressivité mais avec énergie, le G est un piège, le piège de l’ego mal déguisé puisque l’ego est un ‟je” en langue étrangère. Le G est un ‟j’ai” fatigant qui geint beaucoup et agit peu ; le G appelle au bavardage égocentré ; le G fait ombrage à la parole sage et à l’agir partagé. Décidément, non, je n’aime pas ce G peu intègre et envisage de le gommer.)

 

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11 août 2020 2 11 /08 /août /2020 09:08

C

Faut-il aussi qu’une lettre soit ouverte ou fermée ? En voici un cas de conscience.

À l’écoute déjà, le C balance entre le S de ‘cesse’ et le K de ‘casse’, c’est comme ça, une occlusive qui sait siffler aussi (sans parler de ce chuintement comique quand il est au contact d’un H). À l’écrit encore, c’est un cas particulier, ni clos comme un O, ni ouvert comme un I – serait-il indécis ? On imagine une enfance compliquée : cercle claustrophobe, le C aurait fracassé une cloison pour clamer son existence et accueillir des clandestins, ou au contraire, arc quasi rectiligne, sans cachette aucune, il aurait recourbé ses extrémités, pour se construire un coin à soi. Incertain, le C se cherche.

Si on le bouscule, le C basculera à gauche, ensuite, tel un culbuto moqueur et farceur, il reviendra toujours à sa nouvelle place et sera aquarium ou casserole ou pot à incontinence, bref un contenant très commode, mais pas un C. S’il se casse la figure à droite, il fera un tunnel court et sans mystère ou un coussin confortable ou un serre-tête pour écolière classique, mais pas un C non plus. Au contraire, dans sa condition initiale, le C est en équilibre instable, il tient on ne sait comment sur le côté. Incertain, le C se cherche.

Pourtant, vu d’ici, c’est clair, le C est une courbure, celle d’un corps – c’est la courbure de votre cul ou le creux de votre cou. Couchez-le, dupliquez-le et vous obtenez un corsage échancré qui invite à la caresse.

Voilà c’est ça, le C est la trace d’une caresse. Et le geste d’une alliance. Quand la main passe et repasse mais ne reste pas, quand elle court sur le corps et circule en surface, quelque part au-dessus du cœur. Caresse lexicale encore, quand le mot console ou cajole, quand il berce et consonne, sans vouloir convaincre. Doucement chorégraphié, sincèrement calligraphié, le C jamais ne passe en force, il ne s’impose pas, il épouse la chair des corps et le contour des courbes.

Le C n’est pas une chose, c’est une trace, c’est un geste. La trace d’une caresse qui connaît la bonne distance. Le geste d’une alliance qui renonce à conquérir.

Le C est délicat et câlin, il ne proclame rien, ne combat pas, ne capture pas, ne confisque pas, il sait même céder. Toujours en quête, il écoute mais ne conclut pas. Incertain, le C se cherche.

Mais ce n’est pas un casse-tête, le C ne cache aucun secret, ce n’est pas une crypte, ni un caveau, ni un coffre cadenassé, on aperçoit simplement un petit recoin discret, en contrebas, pour se recueillir et ne pas être sans cesse exposé.   

Le C inspire confiance, comme un confident qui comprend sans cerner, un complice qui explicite et incite sans excès, un compagnon qui accompagne sans s’accrocher, sans s’incruster, qui contente sans contenir.

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4 août 2020 2 04 /08 /août /2020 08:34

S

Ceci n’est pas un serpent ; ce serait trop facile – ni sornettes ni sonnettes. Pas un spectre ; trop symétrique. Pas un sentier non plus, c’est sûr, ou ce serait une impasse. Le S n’est pas un essai ni une esquisse ; trop stylé. Il est si bien dessiné, si subtilement tracé.

Mais que signifie-t-il ? Quel est le secret du S ? De quoi ce S est-il le son ? Serait-ce un signe cabalistique ? Un six ou un huit, discrètement dissimulés ? Serait-ce le symbole d’une transcendance mystérieuse ? Plus simplement le S pourrait être un cygne noir glissant sur la ligne avec élégance ; un oiseau sacré qui se déplacerait avec grâce et souplesse ; une déesse ensommeillée qui commencerait à se redresser, déjà séduisante, prête à ensorceler.

Le S a-t-il un sens ?  Le sait-on ? Le S a-t-il une direction ? On est déboussolé. En un sens, il progresse sans nostalgie, on sent sa puissance et son ambition, il veut réussir ; mais le S aussi, semble statique, comme s’il s’était installé dans un passé qui ne passe pas, suffisant et boursoufflé, ne souhaitant plus avancer, satisfait de son statut.

Serait-ce un chemin sans issue que l’on escalade jusqu’au sommet puis redescend, en recommençant sans fin, tel un Sisyphe obsessionnel, ascension, descente, ascension, descente… Une lettre ne survit pas seule, il lui faut s’associer et former un syntagme. Comment faire pour sauter à la syllabe suivante ? Un S qui commence, peut ne jamais cesser, SSS… SSS… SSS…, comme un souffle qui siffle sur nos textes, puis fait silence, puis siffle, puis fait silence…

Mais bien sûr ! C’est ça ! Diastole et systole, voici le secret du S. Des mots savants pour la chose la plus simple qui soit. Le S, c’est le souffle. Les sages disaient aussi psychè ou esprit, mais c’est du souffle qu’il s’agit : inspire, expire, inspire, expire. Couchez-le, vous avez une belle sinusoïde qui explicite l’alternance. C’est simplement ça, mais c’est considérable. C’est époustouflant ce que ça peut un souffle : ça console, ça berce, ça pacifie, ça rassure bien sûr, mais ça consolide aussi, ça stimule, ça renforce, ça excite, ça émoustille. Force, douceur. C’est insensé ! C’est le sang qui circule et les sens qui s’éveillent, c’est la vie qui s’anime, le sexe qui se dresse, les saisons qui fleurissent, c’est la chanson de l’existence et la romance de la santé. Tout cela et plus, beaucoup plus encore.

On ne peut s’en lasser, ces cycles ressassés sonnent et serinent la même leçon, mais on ne peut s’en passer.

Alors, soigne tes Ss et prends soin de ton souffle.

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28 juillet 2020 2 28 /07 /juillet /2020 02:49

R

L’R est une errance.

Il a quand même un drôle d’air, l’R, comme un signe errant qui hésite entre plusieurs lettres. On dirait un P qui s’est laissé pousser un membre supplémentaire pour tenir droit. Ou un B qui n’arrive plus à courber son arc du bas, à cause d’un problème articulaire probablement. Ça pourrait être un K qui a fermé son toit ouvrant. Un A qui a pris un uppercut dans le ventre et a une grosse bosse sur le front. Versatile, l’R se cherche et tergiverse. C’est embarrassant cette lettre qui ne ressemble à rien.

En plus de ces errements graphiques, on ignore dans quelle direction il va. Regardez, vers la droite il ressemble à un troufion, un sergent repu peut-être, qui marche au pas malgré son gros ventre ceinturé, prêt à brusquer la lettre d’après. Vers la gauche, on dirait un baroudeur, regard rentré, qui porte un sac à dos bien rond et bien chargé. Il s’est perdu, le marcheur à l’envers, il se trompe de sens et retourne au début de la ligne, vers la marge. Il est vrai aussi que le mot erre peut se lire dans les deux sens ; les palindromes font perdre le nord, ils distraient les lettrés mais désorientent les militaires et exaspèrent les sédentaires.

Allez – l’avouerai-je ? – je n’apprécie ni l’R, la lettre (ou le R, on ne sait même pas comment l’écrire), ni erre, le mot (et je renonce à prononcer errance, rien qu’à le dire, j’ai envie de vomir, quelle horreur cette odeur !). C’est bizarre, j’abhorre et le bruit et le trait, mais j’adore la chose représentée. L’errance. Errer. Erratique, même. L’errance, c’est le délire des routes qui s’égarent, des périples qui s’entrelacent pour former une gerbe d’aventures. Errer, c’est se perdre au gré des désirs et se retrouver, harassés mais heureux, ridés mais ravis. Chemins de traverse et rencontres imprévues ; histoires buissonnières et erreurs partagées ; aberrations très sérieuses et rires absurdes ; ordres dérangés et plaisirs inordinaires.

Errer, c’est être, mais autrement, avec un air curieux, un accent en moins et une orthographe approximative. Errer, c’est devenir un autre, devenir des autres, se découvrir et découvrir.

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22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 02:49

A

Le A est un abri.

Il y a A et non-A, dit le mathématicien, il faut faire un choix. Il y a abri et sans-abri, dit aussi la vie au quotidien ; enfin, sans abri, la vie s’en va vite et vous abandonne à un quotidien abîmé et vacant. Sans abri. Comme une vie sans soir et sans matin, comme un chemin noir sans étapes, une phrase sans point – bla bla bla bla bla. A écartelé, comme un corps sans bras pour embrasser, pour enlacer ou pour saluer et accueillir. A décapité, comme une tête sans toit pour les idées qui partent et s'égarent alors et ne rentrent pas ; comme une bouche sans voix, qui marmonne un peu, qui balbutie mais ne parle pas et ne répond pas ; comme une face sans visage, qui ne regarde pas. Un moi errant, qui n’a pas son toi, qui change de place, que l’on déplace et qui s’absente. Il est là et non-là, à la fois, sans faire de choix.

Le A est la première lettre parce que ça commence là. Une cabane dans les bois, une masure, une baraque, une case ou une villa, une toile de tente, n’importe quoi, et même un palais royal, mais un abri, un abri qui ferme. Pour ouvrir. Un dedans pour saluer le dehors ; une cache pour honorer l’espace. Un ici pour aller voir ailleurs si j’y suis aussi, là-bas. Le dedans, c’est l’alibi : « je sors ! ». Sans abri, pas de sorties, pas d’échappées, pas d’escapades. Sans abri, pas de départs, pas de retours, pas de cœur qui bat. Pas de larmes séparées, pas de joies retrouvées, sans abri.

Le A est un abri, mais pas pour enfermer, au contraire, un mur et un toit pour protéger le regard et préserver le passage. Une barre verticale qui penche un peu à droite et s’appuie sur une autre barre verticale qui penche un peu à gauche et une troisième barre horizontale qui sépare l’étage et le bas. Le A est un abri, mais pas pour barrer, au contraire, pour trouer les pages et animer les images : une petite lucarne en haut pour appeler au voyage et une porte géante en bas, toujours grande ouverte, pour prendre soin du nomade qui habite au fond de toi.   

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16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 02:45

V

Le V est une vallée. C’est évident et on se demande bien pourquoi ‘ver solitaire’ et ‘verbe intransitif’ commencent par V. C’est comme ‘violon’, ‘véranda’, ‘voyou’, ‘vodka’, ‘viande hachée’ ou ‘maladie vénérienne’, vraiment, on ne voit pas le rapport ! Le V est une vallée, il faut être aveugle pour ne pas le voir. Ou un vase à la rigueur. Ça pourrait être une vulve, mais la vulve est plus ovoïde que « voïde » ; quant aux verges en V – il y en a de toutes les formes –, visuellement elles surprennent, mais elles manquent de vigueur, elles végètent et ne font pas très viriles, personne ne se vante d’en avoir une en V. Je reviens au vase. Attention, les vases en V sont instables et se renversent vite si on manque de vigilance ; alors, autant laisser les violettes sauvages et les lys dans la vallée, mettre son vase à l’envers et en faire une cloche pour couvrir les fromages ou un chapeau bavarois. Il est des êtres vivants qui voyagent bien, les virus, les VRP ou les colverts, mais les violettes sauvages, non, elles veulent rester dans la vallée avec leurs voisins, les rivières et le vent, les vaches et la véronique des ruisseaux ou la valériane des collines.

Dans les livres, on parle toujours du fond de la vallée, là où se trouve un petit village verdoyant, aux visages avenants, mais n’oublions pas les versants, les ravines et les crêtes du V. Pas de vallées sans montagnes ; pas de rivière sans rives, pas de rives sans rivière ; pas de bruit sans silence ; pas de lettres sans espaces. La vallée est un monde et la montagne est son avenir – ou peut-être est-ce l’inverse ?

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10 juillet 2020 5 10 /07 /juillet /2020 02:08

T

Le T est une table. Il n’a qu’un pied, il semble stable pourtant et tient très bien. Mais son poteau monte, monte, monte toujours plus haut, jusqu’au plafond et son plateau touche le toit. Ce n’est pas commode pour poser les couteaux, les assiettes de tortilla, les coudes et les bouteilles de tequila.

Ça protège quand même de tout ce qui tombe du ciel : des météorites, des tirs de roquette, des tiges, des tubes, des tongs, des tôles, des tanks, des tasses, des toasts, des tuiles, du tabac, des tubas, des turbans, des tournevis, des tirelires, des tutus, des tartines de Nutella, des têtes de mort, des tonnes de bêtes, des tortues des Seychelles, des tigresses du Bengale, des têtards de l’étang, des hippopotames, des taupes, des thons bretons, des trucs intimes, des taches de rousseur, des taxis, des tickets de tombola, des tapis volants, des bouts de tibia, des restes de tripes, des tartes Tatin, du tarama, du taboulé, des tapas, des tacos, du steak tartare, des tapettes, des touillettes, des socquettes, des sucettes, des trompettes, des talonnettes, des tirettes, des petites pépites, des pétales de tulipe, du thym, du thé, du tea aussi, du tilleul, des tucs, des tic tac, des tas de tout, Tarzan, le tonnerre et plein de types tarés.

Ah ça, ça protège beaucoup mieux qu’un L, un T.

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 02:45

L

Mais à qui doit-on le L ?
Il n’est pas fini, il lui manque des ailes, ou des pieds pour faire une chaise. Les Grecs, beaucoup plus lettrés que nous, le renversent et l’appellent gamma,
Γ. C’est sans doute moins stable pour un siège, mais en cas de forte pluie, on peut au moins s’y abriter, comme sous une tonnelle. Quant au L grec, le lambda ou Λ (précision pour les incultes qui ont choisi, en 3ème, connaissance du corps humain avec Mademoiselle Ledoux plutôt que Grec ancien avec Monsieur Dural), il protège aussi du soleil et fait même une tente très confortable (il est toutefois déconseillé de s’asseoir dessus).

 

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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 05:05

H

Il se prend pour une échelle, le H, mais il n’a qu’un seul barreau. Il a mis la barre trop haut. On dirait plutôt des bretelles ou une vache, non, un taureau. Mais attention au torero, un coup de hache accidentel et il perdra de son panache, notre héros.

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29 juin 2020 1 29 /06 /juin /2020 06:10

B

Doux comme un bonbon, rond comme un doudou, le B de bonhomme.

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 03:39

Z

Z.A.D.

– Lâchez rien ! Les fusiliers sont sur zone, s’égosilla Mazarine, harangueuse zélée qui en imposait malgré son format bonzaï.

– Pas de lézards, on va pas s’écraser, répondirent Zayd et Ziad, deux Tunisiens homozygotes aux yeux azur (c’était beau mais ça faisait bizarre).

Bien disposés à résister, les zadistes étaient prêts.

– Allez, faites pas les zouaves, déposez les armes.

– Peau d’zebbi, z’aurez pas nos bazookas ni nos panzers, because on est trop zaraf !, opposa résolument Frantz qui avait appris le Französisch avec Rodriguez, et la présomption de bienfaisance ?, ajouta-t-il dans un français peu usité.

Ils étaient nombreux, au moins cent douze ou deux cent treize, peut-être. Il y avait Zoé, Liz et Zélia (encore très jeunes mais plus très zens) et Aziz, balèze et rusé, et Suzon, pleine de désir pour son “zoli basané” comme elle disait, et qu’elle couvrait de bisous.

– Bon, vous descendez des arbres, on n’est pas au zoo ; c’est compris, vous dégagez paisiblement ou on utilise les gaz.

– Primo, z’êtes que des sales Nazis ! Deuzio, ça va zlataner dur, bande de tarlouzes, ironisa Soizic, une ex miss Arzon, vigoureuse comme un maquisard et gracieuse comme un bronze (mais peu soucieuse de ciseler ses phrases) ; c’est cela, c’est vous qui dégagez présentement, misérables barbouzes, vous nous occultez l’horizon, préconisa Zéphirin dans un style moins zolien que balzacien.

Et puis des zigs du coin aussi, et des gonzesses, pas venues que pour causer, des producteurs de colza ou des fumeurs de luzerne, des joueurs de zarb ou de gazou, des professionnels de la zizanie et des spécialistes du buzz. Ce n’était pas le château de Laze mais on y vivait bien, à la Z.A.D., sans topazes ni perlouzes.

– Vous vous prenez pour des zapatistes ou quoi ? Allez, virez de là ou on dézingue tout. On ne plaisante plus.

– Mazette, s’avisa Enzo terrorisé, sont grave nazes les zombies rasés !

– Triple buse, ça va partouzer, se réjouirent de leur côté Zadig et Azora (Zinedine et Zahia, de leurs vrais noms).

Et Bazile et Zébulon, deux drôles de zozos à tête de bonze, et Fernandez qui cachait son eczéma derrière son masque de Zorro et Lorenzo déguisé en Tarzan, avec son falzar en peau de zébu.

– Soyez raisonnables les enfants, libérez la zone, osa posément un gradé élevé chez les Jésuites.

– Soyez enfants, les raisonnables, dézonez la liberté, s’amusa Zaza, une ex-zazou.

Et Zbigniew le poète qui venait de Zdzieszowice mais il était plus showbiz que kolkhoz, Zénon, le philosophe déphasé aux idées zarbies et Balthazar (référence à la bouteille pas aux rois mages), le jazzophile qui voyait la vie en rose (référence à Armstrong pas à Piaf).

– Libérez la zone, entendez-vous, deuxième sommation, bissa le gradé, avec un zeste de suffisance (l'effet Jèses).

– Zut, y vont nous zigouiller, les boules à zéro. Balancez tout et visez bien, le chorizo et les bretzels, le zan, le ouzo, les zakouskis (non, pas la pizza, j’ai pas fini ! supplia Zazie qui avait toujours un métro de retard), la mozzarelle, le pain azyme et tout le bazar. Banzai, et que ça fuse, on passe en mode Gaza !

– Non mais ils sont complétement azimutés, qu’est-ce qu’on fait chef, c’est le binz complet et j’ai de la merguez moisie dans le casque ?

– Partisans de toutes les Z.A.D., chargez, hurla la fougueuse Suzanne, on va leur faire bouffer le gazon.

– Euh..., alors chargez également, hésita le gradé, définitivement désabusé.

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