Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
  • Contact

Et Moi

  • ARNO
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55°32 E 21°08 S.

Un Reste À Retrouver

30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 05:02

Bio

Jordan Alamayre est né en 1988, il est l’arrière-petit-fils de Marcellin Godillon dont il ne sait rien et nous non plus. Sa grand-mère, Marie-Thérèse Godillon épousa Jean-Luc Pichon à Saint-Germain-en-Laye à la fin des années 50. Marie-Thérèse, une femme active mais charitable, fonda « Une Tétine pour toi aussi » qui offrait aux familles nécessiteuses des biberons de lait. Jean-Luc, un homme infidèle mais malhonnête, était négociant en vins. Ils eurent quatre enfants, dont deux filles et un garçon. Benjamin, leur cadet, épousa Martine Alamayre à Saint-Nom-la-Bretèche. Benjamin et Martine sont les parents de notre Jordan.

Jordan est un touche-à-tout, dit tendrement son père ; un bon à rien, précise sa mère. Disons qu’il ne manque pas d’idées, mais de rythme.

En septembre 2018, après une première tentative malheureuse de confection de chouchous (des chouchous fantaisies pour s’attacher les cheveux, en imitation velours), il lança un T-shirt rose (on pouvait lire « j’ose… » sur le devant et « … le rose » sur le derrière). Alors qu’il en avait déjà écoulé vingt-sept (« il faut savoir être patient » professait son père ; « même si on me payait… », rectifiait sa mère), la crise des Gilets jaunes éclata et ruina ses espoirs. Problème de tempo.

Début 2019, pour se remettre de cet échec, Jordan fit un stage de macramé dans le Larzac. Il y rencontra Chabir qui lui proposa de vendre des sculptures en savon. « Les touristes en raffolent ». Le 15 avril dans l’après-midi, il installa un petit stand discret sur le parvis de Notre-Dame. (« En plus, ça sent bon », disait le père ; « même pas dans les toilettes », disait la mère). Dans la soirée, la cathédrale s’embrasait. Médusé par le terrible spectacle, Jordan en oublia ses sculptures. Problème de tempo.

En 2020, après une initiation rapide auprès de son oncle Justin Lebon, il se lança dans la bière artisanale. Il racheta un J4 d’occasion et ouvrit son bar nomade. Il sortit d’abord une blonde légère brassée avec du gingembre et une stout charpentée qui surprenait pourtant par sa rondeur et ses arômes vanillés. (« J’ai tout bu… », le père ; « ça pue… », la mère). Il fêta l’ouverture du bar le 15 mars. Le 17, la France se confinait. Problème de tempo.

En août, Jordan va travailler comme plagiste-masseur du côté de Mimizan. Je ne serai pas étonné si les Landes connaissent cet été leur premier tsunami ou sont victimes d'une invasion de puces de sable. Pour ma part, je vais essayer les vacances à la ferme.

 

Partager cet article

24 juin 2020 3 24 /06 /juin /2020 08:21

Bio

Victoire Malèse est le sympathique héros du premier roman d’un jeune auteur – roman inédit (et inachevé) d’un jeune auteur discret. Sympathique, certes, et serviable de surcroît, mais assez anodin, il faut bien le reconnaître, voire terne et médiocre. Un gentil garçon, ce Victoire, qui ne fit jamais d’histoires, chacun s’accorde à le reconnaître, mais de ce genre d’individus dont l’utilité ne saute pas aux yeux. Oui, sans doute cela est-il mal formulé, mais tout de même, puisqu’il faut appeler un chat un chat, je demande : à quoi donc Victoire Malèse servit-il ?

Sa sœur Églantine, alerte et tout en courbes, épousa le fils Labrousse et lui donna cinq enfants dont quatre garçons ; on dit également – mais cela nous éloigne un peu de notre sujet, donc je le signale en passant sans m’attarder – qu’elle ne fut pas avare non plus avec Gaston, le jeune mitron, Éliezer, un voisin parti étudier à Chalon-sur-Saône et Charles, l’oncle Labrousse (celui qui possède le magasin de cyclomoteurs). Le mot me gêne, mais je n’en trouve pas d’autres : Églantine fut utile et servit.

Gabriel, le cousin de Victoire, monta une fanfare ; il était lui-même tromboniste et utilisait sa coulisse pour donner la cadence avec habileté et précision tout en jouant. Eh bien, pas un mariage, pas une fête, pas une commémoration officielle n’eurent lieu sans les Gabs (c’était son nom de scène). Alors oui, je le dis, Gabriel fut utile et servit. Mais Victoire ?

Même sa vieille tante Odette, qui avait quitté l’école très jeune, tricotait des écharpes, des bonnets et des moufles (elle s’était lancée dans les gants, mais ça compliquait inutilement le travail, elle abandonna vite) sans lesquels les hivers auraient été fatals. Donc oui, Odette avait été utile et servit beaucoup.

Au risque de choquer, je repose alors la question : à quoi Victoire Malèse servit-il ?

Posons la question différemment : un monde privé de Victoire aurait-il été moins juste, moins beau, moins paisible, moins riche ? Je ne perdrai pas de temps à répondre et je ne comprends pas pourquoi un jeune auteur discret en perd autant à raconter l’histoire sans intérêt d’un homme terne et médiocre, à propos duquel il n’y a finalement rien à dire.

Il aurait pu être le plus jeune pilote de chasse de France ou battre le record du mangeur de choucroute le plus rapide, il aurait pu naître avec deux pouces à la main gauche. Mais non, rien. Alors pourquoi tant parler de lui ?

Partager cet article

18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 12:00

Bio

Ernest Pinard naquit le 10 octobre 1922 à Bourg-en-Bresse. On ne lui doit aucune œuvre, aucun fait d’armes, aucun crime odieux. Rien. Il ne remporta jamais le concours de volailles qui avait lieu pourtant chaque mois de décembre sous le marché couvert (il n’était pas éleveur). Ses deux fils, inscrits au lycée Charles-Jarrin, ne passèrent pas le bac ; ils n’étaient pas abonnés à Pif Gadget. Ernest n’était pas myope, mais ne fut pas pompier volontaire. Il connut les grandes crues de la Reyssouze de 1935 et 1954, mais ne perdit rien, ni biens, ni animaux, ni parents, ni amis. Il ne vota pas pour Amédée Mercier, le maire socialiste ; il ne votait jamais. Sa femme n’eut pas le cancer du sein ; elle n’allait que très rarement à la messe (ce qui n’a d’ailleurs rien à voir). Il n’entendit pas l’appel de l'abbé Pierre, en 1954. Il ne travailla pas à la succursale de l'usine des Câbles de Lyon ni à l’usine Berliet (aujourd’hui Renault). Il ne lut jamais Malataverne de Bernard Clavel. Il n’était pas végétarien mais n’aimait pas le salami et ne goûta jamais au tiramisu. Il n’attachait pas son chien (dont on ignore le nom) qui pourtant ne s’échappa jamais (il aurait pu débouler comme un fou sur la D23 et provoquer un accident terrible entraînant la mort de trois personnes dont une enfant de quatre ans et un sous-officier à la retraite). Il ne roula jamais ni en Panhard, ni en Simca 1000, ni en Ami 6. Il mourut le 10 mai 1981, vers 20 heures, chez lui, au 17 rue des Quarante Coupés.

     (Rien à voir avec son homonyme le procureur Ernest Pinard qui échouera à faire condamner Flaubert mais obtiendra gain de cause contre Baudelaire et Eugène Sue ; rien à voir non plus avec Ernest Pignon-Ernest.) 

Partager cet article

13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 17:03

Bio

Jules et Émile Letourneur étaient vulcanisateurs (on dira plus tard opérateur spécialiste en maintenance pneumatique). En 1938, les deux frères héritèrent de la maison familiale à Bar-le-Duc. Ils séparèrent la maison en deux et construisirent, au milieu exactement, un mur qui traversait la salle-à-manger et la cuisine. Ils se retrouvaient tous les soirs pour boire l’apéritif sur la terrasse qu’ils n’avaient pas divisée. On ne sait rien sur leur engagement politique ; rien non plus sur leurs pratiques sexuelles préférées ; ils n’ont pas laissé de traces dans les registres de l’état civil. Ce n’est pas une raison pour ne pas leur accorder quelques lignes.

Partager cet article

10 juin 2020 3 10 /06 /juin /2020 15:34

Bio

Maître Philibert de Montchal a repris l’office notarial de son père à Saint Joseph en Retz ; veuf à 28 ans (sa femme Aude-Emmanuelle La Girandière a été emportée par une hépatite fulminante un an après leur mariage, jour pour jour, à l’âge de 25 ans), il a épousé en secondes noces Lucille Sampoli (Milanaise par son père) qui lui a donné trois filles et deux garçons.

Veuf pour la deuxième fois, ruiné et délaissé par ses enfants, Philibert est décédé en 1962. Il est même possible qu’il n’ait pas existé ; je tenais quand même à lui réserver quelques lignes.

Partager cet article