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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

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  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55°32 E 21°08 S.

Un Reste À Retrouver

31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 03:32

– 20 avril. Clash avec le conseil de l’ordre des podologues

Ce n’est pas de sa faute mais quand même, Épicure rime avec pédicure.

– 31 janvier. Clash avec le conseil de l’ordre des orthophonistes

Je n’aime pas le mot orthographe, il me fait penser à la chaussure orthopédique du gros Lucien en CM1 et aux plans orthogonaux de M. Lambert au CM2. C’est tout dire !

(La jolie mademoiselle Ledoux, l’orthophoniste, n’était pas encore née à l’époque.)

– 22 septembre. Clash avec Sacha et Shahira, sa chérie

Chez Sacha, quand ça suinte du chibre, c’est sa chère qui lèche – la chance !

Quant à la chasse, il faut cesser ce chahut si choquant.

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30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 03:10

– 1994 –

 

Début 1994, j’allais mieux. Les marches courtes, les puzzles géants, Jaccottet, Cobain et le Zoloft m’avaient revigoré. De retour à Paris, j’achevais en quelques semaines le livre de Nora pour le faire éditer.

En avril, je relisais mon manuscrit. Kurt Cobain venait de se suicider ; il avait vingt-sept ans. Drogue, passion, célébrité, angoisse, génie ; le cocktail lui avait été fatal. Je n’avais jamais rencontré Kurt Cobain. Curieusement, je me mettais à penser à Lucienne, oui Lucienne, la mère d’Odette, la femme de Gustave, la fille du beau-père Poirette, personnage secondaire, personnage relatif. Kurt et Lucienne, l’association d’idées m’amusait. Lucienne avait choisi l’effacement, loin de la vie urbaine et bruyante de Lons-le-Saunier, elle avait préféré se retirer, à la lisière du silence, abandonnant à d’autres la scène et les applaudissements, même si à Lons, à la fin du siècle dernier, on ne risquait pas la surexposition médiatique et le harcèlement des paparazzi. Je crois que Kurt aussi aurait préféré que l’on parle moins de lui et qu’on lui demande moins de parler de lui, mais il était tellement talentueux. Des œuvres immenses et durables sont parfois portées par des épaules trop frêles quand des costauds bavards ont si peu à vous offrir.

 

Finalement, j’avais repris ma première version, je n’avais pratiquement pas retouché les deux premières parties écrites par Nora (dans un style bien à elle, on s’en souvient, et un ordre qui peut troubler, je vous l’accorde), j’avais seulement ajouté quelques commentaires discrets et écrit la troisième partie pour finir notre histoire comme elle me l’avait demandé, mais chacune des lignes m’avait été dictée par son souvenir si bien qu’elle aurait pu signer le livre.

Dans la chanson d’Édith Piaf (que j’avais découverte grâce à Odette) il est fait allusion à la voix de l’amour : ce n’est pas moi, ce n’est pas toi, qui dis les mots d’amour, « c’est la voix de l’amour qui dit des mots, encore des mots, toujours des mots, les mots d’amour ». Je pense qu’il en va de même pour la littérature : ce n’est pas Odette qui parle, pas Nora qui interroge et commente, pas moi qui écris, mais le sens qui passe de main en main, comme un témoin, de voix en voix. Bien sûr, cela fait toujours plaisir de signer un livre et voir son nom en grosses lettres sur la couverture, mais qu’est-ce qu’un auteur sinon un prête-nom, une occasion ? Quelle naïveté il y a à se penser auteur – et pourquoi pas créateur ? – quand l’on n’est que vecteur, au mieux interprète.

 

Fin avril, je remettais le manuscrit à mon éditeur, Moi, Odette Bélurier, mercière analphabète…

« Lis cela, je tiens quelque chose, je pense, mais cela m’épuise et je n’écris rien d’autre ; je veux passer à autre chose. Il faudrait peut-être mettre un peu d’ordre, je ne sais pas, fais relire et vérifier pour la ponctuation et la concordance des temps, je te laisse carte blanche, tu peux trier, j’aimerais juste que ce soit une belle histoire, pour Nora et pour Odette. » (Je venais de reprendre, sans le vouloir, les mots exacts de Nora.) Dans six mois, on fêterait le centenaire de la naissance d’Odette, je pensais que ce serait une bonne date de parution.

Fin juin mon éditeur m’appelait. « C’est bon pour le livre, expédia-t-il et il continua très excité, tu sais quel jour nous sommes ? Non ? Exactement, le 24 juin 1994. Et alors ? Rien ? Qu’est-ce qui se passait il y a cent ans ? »

« Euh… je ne sais pas ? Odette allait bientôt naître ? » Je ne voyais pas où il voulait en venir.

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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 03:51

– 6 juin. Clash avec Amora et Lesieur

La médisance, c’est comme les bulots mayo : ce n’est pas très sain mais qu’est-ce que c’est bon !

– 13 avril. Clash avec le syndicat national des chasseurs

Le prix du livre stagne, celui du baril de pétrole est en hausse mais rassurons-nous, celui du permis de chasse va baisser de 400 à 200 € et ce, pour attirer vers ce loisir plus de jeunes.

Je reste sans voix, c’est d’une infinie tristesse.

– 22 mai. Clash avec la chaîne d’épiceries fines « Des mangues pour tous »

Le problème du mariage, c’est qu’il ne respecte pas la saisonnalité :  mangues et framboises à volonté, toute l’année, ça donne envie de pommes.

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28 décembre 2018 5 28 /12 /décembre /2018 03:39

Elles ont raison et je ne vois pas pourquoi on se moque toujours des Miss. Ce serait tellement mieux un monde de paix, d’amour et de justice.

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27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 03:47

Les histoires d’amour finissent mal en général, chantaient les Rita Mitsouko. Mais il y a aussi celles qui durent, surmontant tous les obstacles. Je pense à la très belle histoire (c’était du côté de Marennes, il y a quelques années) entre une huitre et un oursin.

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26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 03:25

C’est très bête de croire qu’« il n’y a pas d’alternative » ; c’est criminel de le faire croire.

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25 décembre 2018 2 25 /12 /décembre /2018 03:27

Imaginer n’est pas rêver, pas fantasmer ; imaginer n’est pas fuir le réel, c’est l’honorer et le féconder.

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24 décembre 2018 1 24 /12 /décembre /2018 03:24

J’aime à me faire chahuter au creux de ton orbe tendrement affolant.

[Pour ne rien vous cacher, je viens d’apprendre qu’orbe est masculin ; je tenais à réinvestir ce savoir, comme le conseillent les pédagogues-boursiers.]

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23 décembre 2018 7 23 /12 /décembre /2018 03:53

Grignan donc. À ma grande surprise, j’avais trouvé une librairie ouverte, place Saint Louis, qui vendait du Jaccottet bien évidemment. J’avais acheté À la lumière d’hiver et Paysages avec figures absentes. J’aimais ces titres ; c’est à croire qu’ils avaient été choisis pour moi. Ou bien n’était-ce pas plutôt que ma situation était très ordinaire et largement partagée. Le libraire, barbu et bourru, m’avait vendu ces deux livres sans un mot ni un regard. Allez, m’étais-je dit, la poésie allait bien me distraire un peu de mes douloureuses obsessions.

« J’aurais voulu parler sans images, simplement pousser la porte… J’ai trop de crainte pour cela, d’incertitude, parfois de pitié : on ne vit pas longtemps comme les oiseaux dans l’évidence du ciel, et retombé à terre, on ne voit plus en eux précisément que des images ou des rêves. » C’était joliment troussé, mais je n’étais pas certain de vouloir vivre avec les oiseaux de Jaccottet, dans l’évidence du ciel.

De retour à Dieulefit, je posai mes deux nouveaux livres sur la pile. J’ai toujours aimé les livres, les librairies, les bouquinistes, les bibliothèques. J’achète énormément de livres, j’en emprunte beaucoup, j’en offre souvent. J’en lis peu. La plupart du temps, je m’arrête au titre ; je connais un nombre incalculable de titres. À la lumière d’hiver et Paysages avec figures absentes venaient allonger ma liste de beaux titres. Un peu comme Odette, j’ai dans la tête des listes interminables de titres ; j’oublie parfois le nom de l’auteur, souvent le contenu du livre, mais jamais son titre.

C’est étonnant un titre quand on y pense, c’est comme un éclat de vie, un bout de sens tombé là, sur la couverture, une pièce de puzzle, la toute dernière, celle qui manque et que l’on pose en refermant le livre ; j’aime les titres. Ils sont comme les rais de lumière qui passent sous la porte d’une pièce éclairée de l’intérieur. Le plus souvent, le nom de l’auteur vient gâcher cette étrange lumière de sa laide banalité et son évidence définitive (Jean-Pierre Lambert, Françoise Robert, Michel Martin…). On ne devrait écrire que le titre sur la couverture d’un livre, pas le nom de l’auteur, quel gâchis – à moins, bien sûr, qu’il soit beau et inquiétant comme un titre : Odette Grandclément-Bélurier, par exemple, ou Séraphin Bonito Oliveira ou Juliette Binoche ou Louis-François Pinagot. Oui, ces noms-là sont beaux comme des titres et ont leur place sur la couverture.

« Parler donc est difficile, si c’est chercher… chercher quoi ? Une fidélité aux seuls moments, aux seules choses qui descendent en nous assez bas, qui se dérobent, si c’est tresser un vague abri pour une proie insaisissable… » Oui, mais moi, j’aurais voulu plus qu’un vague abri pour mon insaisissable Nora.

Je n’étais pas sûr de partager la sagesse de Jaccottet, mais je me disais que je pourrais me reposer des décibels de Nirvana grâce à sa poésie à « voix basse » (et l’inverse aussi peut-être, car tendre l’oreille peut finir par fatiguer).

« Je ne veux pas dresser le cadastre de ces contrées, ni rédiger leurs annales : le plus souvent, ces entreprises les dénaturent, nous les rendent étrangères ; sous prétexte d’en fixer les contours, d’en embrasser la totalité, d’en saisir l’essence, on les prive du mouvement et de la vie ; oubliant de faire une place à ce qui, en elles, se dérobe, nous les laissons tout entière échapper. »

Je pensais au travail de Nora, n’avait-elle pas privé Odette du mouvement et de la vie en voulant en saisir l’essence ? Et moi, n’avais-je pas oublié de faire une place à ce qui, en Nora, se dérobait ? M’aurait-elle tout entière échappé pour cela ?

 

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22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 08:42

Deviens !

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21 décembre 2018 5 21 /12 /décembre /2018 03:09

C’est ballot, j’oublie tout le temps que si je ne note pas mes idées immédiatement, je les oublie.

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 03:33

Cesse d’attendre et honore le présent.

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19 décembre 2018 3 19 /12 /décembre /2018 03:34

L’essentiel vous va bien, mademoiselle.

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18 décembre 2018 2 18 /12 /décembre /2018 03:59

Il y a, tapi au fond de tout amour, le désir secret et malsain de générer du manque, peut-être même de la dépendance. Rien ne nous satisfait autant que de s’entendre dire « tu me manques », « que serais-je sans toi ? » par celui ou celle que précisément on appelle sa « moitié ». Comment nommer alors ce sentiment rare, qui cherche à nourrir chez l’autre, non la plénitude ou l’autarcie ou je ne sais quelle idée terrible de totalité, mais la sensibilité au divers, l’appel des résonances ; comment nommer ce sentiment rare qui réveille l’envie de faire la ronde et danser nus au son de l’accordéon ?

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17 décembre 2018 1 17 /12 /décembre /2018 03:00

Les mots sont la peau des choses, ils les protègent et les séparent.

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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 03:19

Le dimanche venu, j’avais donc retrouvé Caroline au Moderne, boulevard Aristide Briand. Décoration années cinquante, carte mettant en valeur le terroir et ambiance chaleureuse, le Guide Michelin ne mentait pas. J’avais commandé une bouteille de Crozes-Hermitage. Je n’aurais pas dû, il se marie mal avec le Zoloft.

La première demi-heure, je lui avais parlé – allez donc savoir pourquoi ? – de Nirvana, de Kurt Cobain et de sa relation difficile avec Courtney Love (« elle le tire vers le bas et le sordide, Caroline, je vous le dis, et c’est un ange Kurt, il a besoin de douceur et de lenteur »). Caroline m’avait écouté, surprise et intéressée peut-être. La deuxième demi-heure, je lui avais fait un cours exhaustif sur les techniques d’assemblage d’un puzzle géant ; je m’étais constitué ma propre stratégie en dix étapes, à suivre scrupuleusement dans l’ordre, je la lui livrais (il me semble aussi lui avoir proposé, mais je n’en suis pas sûr, de venir voir mes puzzles, un jour, à la maison). Elle m’avait écouté, surprise. Et alors que je démarrais sur les avantages comparés des différentes techniques de défense au hand-ball (« prononcez bien balle, Caroline, comme en français »), la 0-6, la 1-5 et ma préférée, la plus dangereuse, mais la plus offensive, la 2-4, elle m’interrompit courageusement et se lança : « allez, je vois bien que vous faites le modeste, dites-moi plutôt de quoi parle votre prochain roman ».

C’était une erreur.

Je lui parlais donc d’Odette, puis d’Yvonne, je lui racontais le suicide de Berthe et le mariage à trois, et bien évidemment, j’évoquais Nora. À partir de là, mes souvenirs s’embrouillent un peu. J’avais dû évoquer notre relation, à Nora et moi, pendant deux bonnes heures. Je crois me souvenir avoir beaucoup pleuré aussi et demandé au serveur des serviettes en papier pour me moucher ; je ne suis pas certain qu’elle ait tout écouté avec la même attention. Je ne sais quelles étaient les intentions de Caroline, mais nous ne nous sommes pas revus. De toute façon, si le Zoloft est recommandé pour les phobies sociales, il est déconseillé pour les relations intimes.

 

Les journées étaient souvent longues à Dieulefit et mes marches courtes me menaient toujours aux mêmes endroits alors je prenais parfois la voiture pour faire du tourisme local. J’étais allé faire un tour à Grignan, j’étais curieux de voir le village habité par le poète Philippe Jaccottet, comme l’annonçait le Guide Vert.

J’avais un très vague souvenir de Jaccottet. En troisième année, j’avais suivi un cours sur sa poésie. Le professeur, théâtral, avait commencé ainsi : « Attention, génie. Mais tendez l’oreille, on parle à voix basse ».  Je me souviens encore de cette introduction très réussie. J’ai oublié la suite du cours ; j’ai encore en tête pourtant quelques lignes que je cite de mémoire, « l’effacement soit ma façon de resplendir, la pauvreté surcharge de fruits notre table… ». (Oui l’effacement, ç’avait été le choix de Lucienne, c’est peut-être ce qu’il faudrait à Kurt, s’effacer. Ces êtres fragiles souffrent de la lumière. Et Nora ? S’était-elle effacée ? S’était-elle retirée ou absentée, Nora ? Comment fallait-il dire ? Et devais-je l’oublier ?)

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15 décembre 2018 6 15 /12 /décembre /2018 03:48

– Quand je suis amoureux

cela me rend poète

je mange de l’andouillette

et deviens vigoureux,

(rima le gros banquier).

– Si tu étais poète

Tu serais amoureux

Tu es trop rigoureux

Repasse-moi les paupiettes,

(miaula son chat siamois).

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14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 03:56

Ecrire, c’est chercher infatigablement la bonne nuance de gris. Et ajouter dans son encre un peu de blanc, un peu de noir, c’est selon, après chaque mot.

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13 décembre 2018 4 13 /12 /décembre /2018 03:08

La mémoire serait « l’intelligence des sots » ? Et l’intelligence, n’est-elle pas l’imagination des insensibles ?

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12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 03:32

Curieusement, un bon livre n’a pas de dehors sans être fermé pour autant.

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11 décembre 2018 2 11 /12 /décembre /2018 03:31

Le jour du bilan, Bach rachètera-t-il Eichmann, les Restos du cœur compenseront-ils Monsanto et suffira-t-il à un habile Hypéride de dénuder une femme pour nous blanchir, nous les nuisibles, les souillons, les cupides ?

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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 03:41

– Je veux être moi-même, tu comprends ?

– Oui.

Alors, il lui ôta ses bijoux, la déshabilla, la démaquilla, la rasa, puis il l’énucléa, l’incisa, la dépeça, l’éviscéra, puis il la saigna, la disséqua, la dénerva, la désossa.

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9 décembre 2018 7 09 /12 /décembre /2018 03:41

[Un mot avant de vous offrir la livraison dominicale de notre roman-feuilleton. Il semble que je sois le seul à glisser une virgule sous les pavés ; ce qui est bien peu, j’en conviens, pour éviter un procès en plagiat.]

 

– 1993 –

 

1993 avait été une année blanche ; je n’avais pas écrit une seule ligne. Après l’épisode de la fac, j’avais eu un gros coup de fatigue – disons cela ainsi. On m’avait conseillé d’oublier provisoirement Nora et son livre. Des amis de mes parents m’avaient prêté une petite maison retirée dans la Drôme, à Dieulefit à trente minutes de Montélimar. J’y avais passé plusieurs mois à faire des puzzles géants et des marches courtes.

J’avais emporté Cytomégalovirus, journal d’hospitalisation d’Hervé Guibert, Yann Andréa Steiner de Marguerite Duras, Coup d’État à Tripoli de Gérard de Villiers, Les Passagers du Roissy-Express de François Maspero, Texaco de Patrick Chamoiseau, Ulysse de Joyce et quelques Balzac (on ne part jamais sans un Balzac).

J’avais pris un peu de musique aussi : Aladdine Sane de Bowie (le disque avait vingt ans, il m’avait toujours accompagné) ; Nevermind de Nirvana (j’avais acheté en même temps le puzzle de la magnifique pochette – le bébé nu sous l’eau avec le billet d’un dollar – mais malheureusement, c’était un trois cents pièces seulement qui ne me résistait pas plus d’une heure) ; Osez Joséphine de Bashung ; Metamorphosis de Philip Glass ; Matrice de Gérard Manset ; Mistral gagnant de Renaud et Innuendo de Queen.

On chercherait vainement une logique à cet assemblage hétéroclite de livres et de disques. Encore plus vainement une symbolique secrète. Certains sont rassurés par l'idée que sous l'apparent foutoir du monde se tient une structure chiffrée durable et implacable ; d'autres aiment à croire que l'insignifiance de nos gestes les plus quotidiens masque un sens mystérieux. Je crois au hasard.

Cela faisait très peu de disques (en fait quatre, qui tournaient en boucle, puisque j’avais prudemment écarté Queen, Renaud et Manset pour leurs effets secondaires probables, vous voyez ce que je veux dire) et beaucoup trop de livres, je n’avais réussi à lire que la fin d’Ulysse, le monologue de Molly Bloom (Phil avait raison, c’était torride comme un été dans la Drôme ; il faudrait que je trouve une amoureuse qui s’appelle Molly, j’avais déjà une idée de cadeau, peut-être me ferait-elle oublier qui vous savez mais qu'on m'a conseillé de ne pas même nommer). J’avais également survolé le SAS avec plaisir et cela m’avait d’ailleurs donné envie d’en trouver un autre.

Pour cela, j’étais descendu à Montélimar, j’y avais découvert la librairie Baume (décidément pas de chance, je m’éloignais d’« elle » et c’était Odette qui réapparaissait), superbe librairie presque centenaire avec une magnifique façade en chêne. Il pleuvait. Je tombais sur une libraire désœuvrée plutôt agréablement surprise de voir un étranger et manifestement désireuse de socialiser. Je lui laissais rapidement entendre que j’avais déjà publié plusieurs romans, le dernier s’intitulait Les Filles en automne. « Oh, mais oui, j’ai vu passer ça, je vais en commander quatre exemplaires puisque vous êtes là. » Je la trouvais sympathique ; je craignais seulement qu’elle me dise qu’elle écrivait aussi et avait un manuscrit à me montrer, juste pour avoir un avis. Mes craintes étaient infondées, elle souhaitait bavarder un peu, « d’ailleurs si vous êtes libre dimanche, on pourrait déjeuner ensemble, je vous raconterai l’histoire de Ferdinand Baume et vous ferai visiter notre jolie petite bourgade ». Rendez-vous fut pris.

C’était une mauvaise idée.

 

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8 décembre 2018 6 08 /12 /décembre /2018 09:26

[On me rapporte encore que « Sous les pavés la rage » est le titre d’un polar de Patrice Gouiran publié en 2008 et d’un recueil de nouvelles datant de 2018. Allez, en cherchant bien, on devrait apprendre que c’est aussi le nom d’un cabinet d’urbanisme alternatif ou le récit décalé d’un Paris-Roubaix du point de vue d’une selle à vélo. Je vais penser à une reconversion professionnelle.]

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7 décembre 2018 5 07 /12 /décembre /2018 03:40

Et le retrouve-t-on, le temps perdu, quand on part à sa recherche ?

 [Alors on me rapporte que « Sous les pavés la rage » est le titre d’un disque de Ekoué, membre du groupe de rap La Rumeur. Je rends donc à César ce qui ne m’appartient pas et m’en vais de ce pas écouter la chose.]

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