Comment faire encore
Et comment faire sonner
Dans le tumulte enflé
Le silence sans rives et le retrait ?
Comment faire encore
Et comment faire aller
Dans le temps épuisé
La sente aux galets ronds et l’égaré ?
Comment faire encore
Et comment faire sonner
Dans le tumulte enflé
Le silence sans rives et le retrait ?
Comment faire encore
Et comment faire aller
Dans le temps épuisé
La sente aux galets ronds et l’égaré ?
C’est bien trop court, la vie, pensait l’Helix Nubela, radieuse d’avoir tant brillé.
C’est bien trop long, la vie, pensait le Bombyx du mûrier, usé de n’avoir rien vécu.
Ce qui aurait pu être : si proche pourtant et si loin.
Il est bon d’être psychologue pour comprendre la géographie et il est bon d’être grammairien pour comprendre la psychologie mais rien ne vaut la mécanique pour réparer un moteur.
Le poète donne à voir son paysage intérieur dit celui qui n’a jamais vu un côlon, un pancréas ou leur contenu.
Ce n’est pas parce que les absents ont toujours tort que les présents ont toujours raison, déduisait-elle, observant son troisième mari.
La logique a ses failles, la conjugalité aussi.
Du fromage sur mon pain une orange
Deux cafés mon journal une sieste
Et la guerre mais qu’y puis-je et la haine
Je me demande quel est l’équivalent poétique du petit jardin public – sans statue, sans fontaine, deux bancs seulement, trois arbres et un carré d’herbe.
Le spectacle du monde devient vite terne et lassant. Il n’est pas certain que se faire reconfigurer l’orbite en forme de trou de serrure change durablement la chose.
Cela étant, à défaut de sauver l’industrie automobile, cela pourrait dynamiser la lunetterie artisanale.
Par une belle ironie de l’histoire, « congé » vient du latin commeare qui signifiait « permission de circuler ».
La langue ignore les embouteillages, c’est le privilège des organismes encore vivants.
Comment peut-on à la fois se souvenir, cinquante ans après, des sept chiffres du numéro de téléphone de son enfance et être infoutu de se rappeler ce que l’on vient chercher dans la cuisine !
Cent milliards de neurones pour en arriver là.
Croire, c’est beaucoup.
Espérer, c’est encore trop.
Chanter, c’est bien
Danser aussi.
Leçon n° 1 : savoir revient souvent à substituer une illusion à une ignorance.
Curieuse civilisation qui protège ses ruines et les fait visiter quand elle ignore ses vieux et les isole.
Commémoration : antisèche des peuples qui n’ont pas appris leur histoire.
Le drame du génie, c’est qu’il lui faut choisir entre s’exprimer et être compris, pour finalement terminer seul ou muet.
Voilà de quoi nous consoler, nous les Jean-Pierre Martin, Isabelle Dubois et autre Dominique Robert.
Du gain, des feux.
La voie est étroite entre le renoncement, souvent trop aigre et l’avidité, toujours si lourde.
Les vieux ont l’élégance de la mesure et le charme de la patience ; les jeunes ont la beauté du feu et la vertu de l’audace. Ne manque à ceux-là que la jeunesse, à ceux-ci que la vieillesse.
C’est bête, à peu de chose près, on avait là une humanité quasi parfaite.
Nostalgie, fruit de l’union entre amnésie et fantaisie.
C’est être mauvais stratège (et manquer de bon sens) que de vouloir exterminer les extrêmes. Autant s’acharner à couper les bouts.
L’intime n’est pas l’intérieur, il est le pli et l’entrelacs.
J’aime les poètes pratiquants, ceux qui ne croient pas seulement à la langue mais l’exercent aussi et la risquent et l’éprouvent.
Parfois, comme les bus le dimanche soir, les idées ne viennent pas. Alors on ferme son carnet et l’on ouvre trois livres (à la fois) : « La haute possibilité de l’envoûtement des rosaces, Bod, o Tö-bod, et le coup partit ». Toujours aucune idée mais au moins quelques mots et nul risque d’être accusé de plagiat.
Les moteurs de recherche sont formels : on ne trouve aucune occurrence des mots match truqué ou épisode pluvieux dans les œuvres complètes d’Aristote. De cela on est autorisé à déduire soit qu’il vivait sur une autre planète, soit qu’il se préoccupait fort peu du quotidien de l’homme ordinaire. Mérite-t-il alors que nous nous préoccupions de lui, lors même que notre propre planète va si mal ?