Tu m’as manqué
dit la nuit
chaque soir
à la terre
et l’emmène
en secret
oublier
à voix basse
ses journées éblouies
et gonflées d’aventures.
Tu m’as manqué
dit la nuit
chaque soir
à la terre
et l’emmène
en secret
oublier
à voix basse
ses journées éblouies
et gonflées d’aventures.
Nos réjouissances sont de plus en plus bruyantes et dans ce brouhaha on entend « quel bonheur ! » au lieu de « que du leurre ! ».
On n’admire pas assez les fabricants de mots, ceux qui ont pensé à faire rimer, par exemple, dieux et cieux, gargantuesque et sardanapalesque, mollesse et fesse, Billie Holiday et Johnny Hallyday, c’est souvent pertinent et imagé.
Bien sûr, il y a quelques ratés ; je m’étonne qu’ils aient laissé passer Bernadette et galipette (une vengeance mesquine sans doute) ou Versaillaise et merguez !
Saurais-tu sculpter le creux de la vague et pourrais-tu me dessiner une nuit blanche, comment traduirais-tu, ô poète, la rumeur des âges et l’ivresse des sens, saurais-tu chanter la peur du silence ou le sourire de la vie ou l’envol du cœur ? Il te reste tant à faire, berger du sens et gardien des chants, il te reste tant à faire, toi qui portes le monde, toi qui veilles et qui ouvres.
La morale ? De la stratégie sans marketing.
L’immigration massive continue.
Prenez jogging, pourquoi laisser passer cet étranger, casse-tête orthographique de surcroît, alors que nous avions déjà le très français, très clair et très populaire footing.
Mais on me signale que déjà le running arrive. Voyez comme ils sont vites et nombreux ces clandestins !
La poésie est pauvre
un souffle
à peine
et nue
la vie
pas plus.
Le soir est fatigué
La nuit sera juste.
Mais ce moustique.
Avant le drame, elles chantent, après elles hurlent, et quand elles se taisent, les sirènes, on entend le bruit de la vie et l’ennui.
J’ai toujours été troublé par son regard tendre et indulgent, oui, ses grands yeux noirs, tout doucement inquiets ; elle est si modeste et tellement patiente. J’aime moins ses naseaux.
L’amour rend aveugle mais la cécité rend-elle amoureux ? À voir.
− Je n’existe pas.
− Évidemment. Et moi, je ne te parle pas.
− Je ne parle pas, je ne pleure pas, je ne plaisante pas.
− C'est vrai ça, tu n’es pas très drôle.
− Je n’est pas drôle, juste un jeu utile.
− Tu veux dire je ne suis…
− Non. Et tu ne veut rien dire non plus. Tu ne veut pas, ne veut rien.
− Je ne te comprends pas !
− Mais si, je comprend te et tu comprend je.
− Bien sûr. Ben moi préférer orthographe à métaphysique.
− Eh oui, les règles, les accords et chacun à sa place, c’est plus rassurant.
Ne force pas les verrous de son regard, devine et accompagne.
Mes mains creuses comprennent mal tes vagabondages, de vagues en ressac et de naufrages en amarrages ; c’est mon chant qui dessine le mieux ton rythme capricieux et tes horizons sans famille.
Dans l’urgence, on ne juge pas, on exécute.
Ne sont-ce pas les mêmes qui vous disent n’avoir ni le temps ni le désir de lire trois pages de poésie et vous assomment, des siècles durant, à grands coups de banalités.
Que gagnes-tu à perdre ton temps ?
Et à le prendre, qui lèses-tu ?
La fleur longtemps désire son fruit.
Le bon comique fait monter un rire aussi bruyant qu’incertain.
N’en déplaise aux hyperactifs opiniâtres, aux entrepreneurs audacieux, aux lève-tôt agiles, aux démiurges efficients, qui ne sauront comprendre, aux aventuriers affairés, aux battants zélés, aux militantes radioactives, aux lionnes et aux tigresses, n’en déplaise aux héros enragés, aux acharnés tenaces, qui mépriseront d’un revers de la main, aux guerrières insatiables, aux intrigants énergiques, aux conquistadors frénétiques, aux surhommes, aux surfemmes, n’en déplaise aux activistes industrieux, aux commerciaux dynamiques, aux révoltés débordés, aux survoltées ardentes, qui condamneront sans appel, aux rentables vitaminés, aux braves vigoureux, aux championnes turbulentes, n’en déplaise aux gagnants résolus, la fatigue, c’est fou comme ça épuise.
Tu hurles avec les loups mais ta voix est molle et ton ventre plein.
Souvent je reste là, hypnotisé, porté par son rythme sans défaut, longtemps, longtemps. Il clignote, que dis-je, il bat, il palpite comme un cœur infaillible, encore, encore. Il est là, c’est certain, fidèle, disponible, d’une patience inépuisable, que j’écrive ou n’écrive pas, métronome indulgent, il vibre, il vit, interminablement, il attend, confiant, constant, si justement constant, sur la page blanche de mon écran, plus fort que la fatigue, il se moque de l’ennui et ignore la mort, comme un pouls perpétuel, réconfortant, toujours, toujours. Ne juge pas, ne corrige pas, ne condamne pas. N’abandonne pas. Bat seulement, bat et vibre sans vaciller, jamais, jamais. Toujours à m’accompagner, toujours dans mes mots, dans mes silences, dans mes blancs, dans mes bleus, plus fiable que le retour du matin, discret dans mes retraits, modeste dans mes réveils, d’accord pour tout, le plus vil et le plus grand, l’indigent, l’exubérant, il attend et pardonne. Il attend. N’abandonne jamais, mon curseur, me précède et me suit jusque dans les plus obscurs méandres de l’insensé, jusque dans les plus infertiles déserts de l’absence. Il bat. Il bat. Il bat.
Bricole ta langue.
… ainsi l’homme serait avide parce qu’il a des mains. N’est-ce pas plutôt parce qu’il est avide que ses mains lui servent moins à caresser et offrir qu’à saisir et emporter ?
Gageons qu’une otarie dotée de bras, mains et doigts n’en continuerait pas moins à grogner paresseusement et à gaspiller son temps à manger, dormir et faire du gras et/ou du toboggan sur la banquise restante. Il est vrai que la faire jongler avec un ballon serait alors beaucoup moins spectaculaire et n’amuserait plus les enfants accompagnés de leur papa divorcé le samedi après-midi, et qu’il faudrait lui imposer quelque autre défi, la faire marcher sur un fil les yeux bandés, par exemple, ou organiser un combat avec un poulpe géant urticant...
Dans la critique traditionnelle du capitalisme, on passe à côté de l’essentiel : l’homme n’aurait pas été le conquérant avide et l’entrepreneur cupide qu’il est, s’il avait eu, en lieu et place des mains, deux nageoires pectorales.
Encore blanc et franc le matin déjà refoule le noir agité des trottoirs urbains privés de nom. Des voix se croisent et des vies s’inversent, la soif s’éteint et j’ai faim.