Il tient du mille-feuilles, le pouvoir : il est difficile à partager et fait grossir.
Il tient du mille-feuilles, le pouvoir : il est difficile à partager et fait grossir.
Dans une chambre de taille moyenne, ordinaire mais sans excès.
Sans parler, Homme sort
– …
Sans bouger, Femme dort
– …
Très long silence, ponctué d’attentes.
– …
Homme rentre, insoucieux. Traverse la scène, passe devant le bureau. N’écrit pas de lettre de rupture. Sans projet clairement identifiable, il ressort.
– .
Femme se réveille, insoucieuse. Se lève, traverse la scène, passe devant le bureau. Ne lit pas de lettre de rupture. Sans raison apparente, elle se recouche.
– …
Très longue attente, ponctuée de silences.
– …
Le rideau tombe.
Le public hésite (à rompre le charme fragile..). Puis…
Tonnerre d’applaudissements.
Le metteur en scène a convoqué la presse au théâtre pour expliquer sa proposition scénique, ses choix esthétiques et son positionnement métaphysique.
− Encore une, je peux ?
− Oui mais faites-la brève et parlez court
− Ok alors faites la moule et pas la glaire.
Le rêve promet quand le réel donne.
− Et que caches-tu encore dans ta besace trouée, grand savant ?
− Bien des choses, petit poète. Des idées, des traités, de gros livres complets sur presque tous les secrets de la terre et du ciel.
− Et le caillou sur le chemin et la main de l’ami et la confiture sur le pain et la cabane dans la forêt et le goût du baiser la nuit et le bruit sourd des matins et le désir qui fait trembler et la douleur derrière le cou et le sel sur la mangue verte et les rires offerts à l’horizon ?
− Non, pas ça. Chaque chose à sa place, le caillou sur le chemin, la douleur derrière le cou…
− … et l’idée dans la besace.
Faites le père et pas le sourd
Faites la mère et pas la gourde.
L’apnée n’est pas une solution durable.
Brouille les pistes.
Non pour égarer, mais pour alentir.
− Vas-y.
− Où ?
− Y.
− Hein ?
Faites la grève et pas les mous
Écoutez moins ; chantez plus.
Faites l’épouse et pas la mère
Désirs emmaillés
Histoires embrouillées
Dessine-moi une carte
Trouée d’îles perdues.
Faites la cour et tra la lère
Elle a le cœur en foutoir
Elle se cogne aux désirs et confond tous les temps
Parfois elle range un peu
Elle joue la femme en paix
Elle récite l’alphabet et les horaires des marées
Et puis ça recommence
Elle oublie la grammaire et se trompe de couleur
Elle perd ses clés le chat lui parle
Elle change de nom la lune l’appelle
Elle a le cœur en foutoir
Le dedans qui chamboule
Parfois range un peu
Finit ses phrases avec un point
Et puis ça recommence ça recommence
Les saisons bousculées et les visages
Embrouillée chahutée
Point-virgule ton sourire
Elle dit
À la ligne.
Faites la paire et pas la moue.
Au commencement étaient le verbe et l’amour libre.
Plus tard vint l’accord du participe passé.
− Dis donc, un an à peine et je suis déjà passée, pleurnicha 2012.
− À qui le dis-tu, c’est déprimant, poursuivit 2011.
− Soyez patientes, au bout de la vieillesse, il y a la sagesse, déclara 2010.
− Trop connes ! pensa 1929
J’ai désappris l’hiver et ses silences de neige
J’habite un alizé aux parfums de jasmin
Ses levers introuvables ses livres humides et longs
Les nuits y sont rapides et les matins pressés.
Café noir
et tiède.
Comme
l’ennui.
– Hé l’ami, viens fêter !
Alcool blanc
et sec.
Comme
l’oubli.
Je les observe par la fenêtre ces ombres sales et fatiguées, grotesques et muettes.
Et qu'encombrent-ils encore nos trottoirs, ces fantômes rustiques, vestiges noueux et immobiles ?
Les courbes se répètent. La nature bégaye. Les feuilles mortes meurent.
Et cette désespérante monomanie chromatique !
C'est vert, c’est gris, pitoyablement vert. Gris et périmé.
L'arbre des villes est un lapsus, un délit, une offense, un chancre vil.
Puis je contemple les grues jolies.
Fières et élancées, mobiles et élégantes, elles chatoient et enflamment et animent et inspirent.
Non contentes d’être utiles et généreuses, elles prennent encore le temps d’être belles et spirituelles.
Tout à mon émotion, je m’interroge sur le sexe de ces stèles racées, viriles et délicates à la fois, puissantes et légères pourtant.
Elles sont le père, elles sont la femme, elles sont l'azur et le foyer.
Ô grues !
Peuple de l’espoir, promesse de transcendance, je vous offre, honteux, cette ode modeste, mais c’est une prière de louange que vous méritez !
La confusion des adresses
Les prénoms qui se déplacent
Tu est une autre encore
Le ciel est beau mais il ne voit pas.
Jette ta montre si tu veux mais ne retiens pas ton souffle.
Elle ferme sa porte le soir mais sa fenêtre donne sur le jour de ton rire.
Alors elle écrit ton nom sur le mur et invente des dialogues très osés.
Elle refuse de dormir la première et va camper dans la cuisine.
Sous la table.
Et la table est un toit, et la table est ta bouche, elle est un ciel de bois, elle est un lit nervuré pour ton corps à l’envers.
Et l’univers au loin tendrement s’éteint.
Et s’endort aussi le temps sans penser au matin.