Leçon n° 1 : savoir revient souvent à substituer une illusion à une ignorance.
Leçon n° 1 : savoir revient souvent à substituer une illusion à une ignorance.
Curieuse civilisation qui protège ses ruines et les fait visiter quand elle ignore ses vieux et les isole.
Commémoration : antisèche des peuples qui n’ont pas appris leur histoire.
Le drame du génie, c’est qu’il lui faut choisir entre s’exprimer et être compris, pour finalement terminer seul ou muet.
Voilà de quoi nous consoler, nous les Jean-Pierre Martin, Isabelle Dubois et autre Dominique Robert.
Du gain, des feux.
La voie est étroite entre le renoncement, souvent trop aigre et l’avidité, toujours si lourde.
Les vieux ont l’élégance de la mesure et le charme de la patience ; les jeunes ont la beauté du feu et la vertu de l’audace. Ne manque à ceux-là que la jeunesse, à ceux-ci que la vieillesse.
C’est bête, à peu de chose près, on avait là une humanité quasi parfaite.
Nostalgie, fruit de l’union entre amnésie et fantaisie.
C’est être mauvais stratège (et manquer de bon sens) que de vouloir exterminer les extrêmes. Autant s’acharner à couper les bouts.
L’intime n’est pas l’intérieur, il est le pli et l’entrelacs.
J’aime les poètes pratiquants, ceux qui ne croient pas seulement à la langue mais l’exercent aussi et la risquent et l’éprouvent.
Parfois, comme les bus le dimanche soir, les idées ne viennent pas. Alors on ferme son carnet et l’on ouvre trois livres (à la fois) : « La haute possibilité de l’envoûtement des rosaces, Bod, o Tö-bod, et le coup partit ». Toujours aucune idée mais au moins quelques mots et nul risque d’être accusé de plagiat.
Les moteurs de recherche sont formels : on ne trouve aucune occurrence des mots match truqué ou épisode pluvieux dans les œuvres complètes d’Aristote. De cela on est autorisé à déduire soit qu’il vivait sur une autre planète, soit qu’il se préoccupait fort peu du quotidien de l’homme ordinaire. Mérite-t-il alors que nous nous préoccupions de lui, lors même que notre propre planète va si mal ?
Écrire sobre.
Et laisser résonner.
Un peu.
« Comment allez-vous ? » demande-t-on, ignorant l’interrogation essentielle qui se cache sous la question prosaïque.
Eh bien je nous invite à « allantir », c’est-à-dire à ralentir avec allant, à aller de l’avant mais d’une lenteur allègre.
Exaspéré, l’enfant balança les sept pièces de son tangram par la fenêtre. Puis il descendit récupérer son jeu complètement nul, se disant qu’il pourrait quand même l’échanger contre un sac de billes. En bas, il tomba nez à nez avec une petite fille. Sans trop y croire, il la compta : deux jambes, deux bras, deux couettes plus une tête (carrément jolie la tête).
Tant pis pour les billes, pensa-t-il en souriant.
Le langage, tel un mauvais chasseur, rate toujours la chose. Il la touche, peut-être, mais jamais ne la saisit, il la retient, un temps, mais jamais ne la tient dans ses mots.
Ou peut-être fait-il exprès de mal viser, juste pour le plaisir de dire et dire encore ce qui lentement se retire.
Il est scandaleux de voir les chiens laisser leur maître pisser contre les arbres ou les murs. Jamais un chat n’autoriserait cela.
« L’erreure est humaine ».
Le langage est fragile de sa puissance. Il peut tant. Comme la mer, comme l’amour, il sait porter si loin les désirs et les rêves. Et comme la mer, comme l’amour, il se retrouve parfois embringué dans les coups les plus foireux. Sans résistance. Monstrueusement sublime.
Entre l’effroi et l’émoi, l’homme se laisse griser, un temps, par les deux infinis, puis bien vite, il en revient à son mètre soixante douze, taille moyenne de l’arrogance.
Tiens, c’est la lune qui se lève la première ce matin !
Cireuse, obèse et bubonneuse.
Pas facile d’être belle à cette heure.
Il est des mots qui s’exposent, prolixes et ventrus comme des concierges documentés ; d’autres, amers et froids comme des guides de musée, s’imposent.
Rares sont ceux qui se proposent, précaires et incertains comme des visiteurs étrangers, sonores et singuliers comme des danseurs enivrés.
Parfois je me dis (hier par exemple, je me suis levé tard puis j’ai paressé un peu et flâné beaucoup ensuite pour finalement me coucher assez tôt) que s’attaquer à ma biographie risque d’être une entreprise aisée mais peu exaltante.
Cela étant, la chose n’est, à ce jour, pas prévue.
La nuit − et l’avouer m’embarrasse − je suis irrésistible ; touchant mais brillant, élégant mais sensible, facétieux, tendre et tellement différent ; à mon corps défendant − le nier serait mentir − je séduis, je transporte, j’éblouis, pour le dire simplement. Le matin, je me réveille.