Trop de livres
Et pas assez de mots
Les choses se taisent.
Trop de livres
Et pas assez de mots
Les choses se taisent.
Allongé à l’ombre de l’infini, noyé dans de puissances théories, l’innocente piqûre d’une fourmi le rappelle à la présence.
Que ne suis-je pur esprit !, se met-il à rêver, ignorant donc qu’ils rêvent de courbatures, les esprits, de gifles et de brûlures.
Tire un mot, dit le poète à la jeune fille. « Fleur ». Trop facile, un autre. « Rétroprojecteur ». Trop difficile, un autre. « Shampoing aux œufs ». Trop moche, un autre. Y’en n’a plus.
Pas facile l’existence. On n’a pas de texte, pas de scénographe, pas de metteur en scène et jamais le temps de répéter.
C’est pour cela sans doute qu’on se fait rarement applaudir.
Le rêve est spectaculaire mais sans œuvre.
L’ignorance est le luxe du savant.
Ils sont mal tombés les Kevin, c’était l’année des K et leurs parents n’ont pas eu le choix.
Vous imaginez un Kamikaze Martin, un Kaira Robert ou un Kadhafi Dubois ? Et pourquoi pas Karaoké, Kebab, Khmer ou Klebs. Kriegspiel, c’est exotique mais imprononçable, quant à Kwashiorkor, c’est un prénom à vous faire un dyslexique. Kirikou sonne bien, mais c’est difficile à porter après 45 ans. Kleenex ou Ketchup ? n’ y pensez pas, c’est le procès assuré et ça ne fait pas nécessairement une bonne entrée dans la vie.
Que reste-il ? Kennedy ? ça porte la poisse. Kenya ? non, c’est un nom de pays ! (vous vous voyez avec un fils appelé Burkina Faso ou Mongolie intérieure !). Kerwann ? alors là, il faut aimer, sans vouloir ne vexer personne, ça fait quand même un peu biniou… Kléber ? oui c’est bien, mais qui se souvient du général ? les plus cultivés pensent à la place et les autres aux pneus. Klein ? c’est risqué, parce qu’avec des yeux marrons, c’est une faute de goût irréparable. Klorane ? ça c’est vraiment beau (évidemment c’est déjà pris, et par une marque de champoing antipelliculaire !). Quoi d’autre ? Karambar ? le drame c’est que tu perds tous tes copains le jour où ils apprennent que ton père est contrôleur de gestion et pas inventeur de bonbons. Ky ? c’est charmant et facile à écrire mais sujet à kyproquo (− Bonjour, qui est là ? − Oui − Non je demande qui ? − Ky ? ben c’est moi. − Qui moi ? − Non pas Moi, Ky…). Kalachnikov, King Kong ? ça peut servir dans la vie mais ça ne passe pas à l’état civil.
Vraiment il n’y avait pas d’autres possibilités pour les Kevin ; c’est quand même pas de chance parce que, à quelques semaines près, ils auraient pu s’appeler Jean ou Luc.
Un des rares bénéfices d’Alzheimer, c'est de pouvoir jouer seul au cadavre exquis.
« Ça passera » lui dit sa grand-mère, pour la consoler d’un gros chagrin d’amour. La vieille certes, avait un peu oublié pour les chagrins d’amour mais elle s’y connaissait bien en choses qui passent.
En amoureux attentionné, il lui avait offert un T-shirt sur lequel on pouvait lire « suis désolée, j’en aime un autre… ». Attendrie par le geste, et pour le remercier, elle ne le portait qu’en sa compagnie.
Auteurs, arrêtez de nous raconter des histoires, écrivez !
Comment voulez-vous que l’on fasse manger aux petits français des épinards avec un nom pareil. Ils ne sont pas sourds, nos enfants, et entendent très distinctement l’imbuvable pinard ; ceux chez qui l’on ne boit que du Calon-Ségur, entendent au moins épine, et tous, entendent encore, comme vous et moi, un mot sale et honteux au centre.
Les Américains, plus pédagogues, disent spinach et leurs children en raffolent parce que ça parle de spin, qui signifie pirouette, ou de spinnaker qui les fait rêver à l’America’s Cup. Quant aux Allemands, avec poésie et délicatesse, ils parlent de Spinat, et leurs Kinderen les adorent parce que cela évoque évidemment la célèbre berceuse, Stille Nacht [Douce nuit].
Le marketing est affaire de linguistique pas d’emballage.
L’homme est condamné à la médiocrité : les nuls pullulent et s’entretuent ; les purs s’exilent et sont stériles.
L’œuvre de génie survit à son créateur.
Non comme un sursis mais comme une surprise.
Comme les tennismen, les liseurs sont victimes d’une dysmorphie disgracieuse, ils ont un énorme index. À la différence des tennismen, c’est toujours le droit qui prend du volume (sauf pour les liseurs arabisants).
Aujourd’hui on peut faire le Vendée Globe derrière son ordinateur.
C’est plus sûr mais moins authentique disent les grincheux ignorants qui n’ont pas la dernière console vendue avec des bottes et un vaporisateur d’embruns.
La triste réalité de l’homme ordinaire, c’est qu’il n’a pas besoin d’être discret pour passer incognito.
Beethoven ? c’est vraiment surévalué. Enlevez la musique et ne gardez que les textes : tout tient sur trois feuillets et c’est plutôt mauvais.
Les anthropologues n’ont pas assez remarqué que l’homme, animal nomade et social ne s’est pas seulement sédentarisé, il est devenu centripète. Faut-il craindre l’implosion ?
Un dictionnaire de citations, c’est un peu comme une bijouterie ou un concours de miss, ça brille trop pour être vrai.
Ne sois pas toi-même, deviens plutôt ce que tu n’es pas.
La vie est une transhumance.
Les gites d’étape sont corrects. Reste à travailler l’accueil et le départ : ça sent le formol et manque de bergères.
Je dois vérifier si je l’aime vraiment avant de l’épouser, s’inquiétait-il.
Et il ouvrit un nouveau fichier Excel.
Le moi profond et authentique, c’est un peu comme les clés de la voiture, on les cherche au fond du sac et elles sont posées là sur la table.
Fille au pair et femme de goût
Fou de guerre et crise de nerfs
Fente à l’air et fer à frise
Fête amère et fesses à terre
Face d’olive et Frère-la-tresse
Foire festive et fier-à-bras
Farce en braille et couilles de faon
Faille au cœur et purée de caille
Fouille au corps et vice de forme
Feuille de vigne et fric en vrac
Faut filler à Flic-en-Flac
Fallait pas gifler les flics.
J’ai une fuite à mon dico
Ça fient de la page des F.