L’y. Ni grec ni libyen, ni yéménite, ni maya, ni byzantin non plus, ni tyrolien, l’y est pourtant la plus étrangère des lettres françaises, sympathique mais pour le moins typée.
Ayatollah iranien, bayadère hindoue, bey turc, voyez, que des étrangers !, boys yankees, deys algériens, on en voit du pays, pygmées du Congo, yeoman anglais et sa lady… Bon, il y a bien Yvette et Yolande, les deux sœurs Robert qui ont repris la charcuterie familiale à Y mais – pour des raisons incroyables, trop longues à raconter ici – elles ne sont pas Ypsiloniennes de souche, elles ont grandi à Matigny.
On peut continuer avec les animaux, yak de l’Himalaya, oryx de Libye, hyène rayée des savanes (à distinguer du coyote), que des y !, mygale d’Amazonie, yéti tibétain, lynx canadien, pygargue (ou aigle chauve) de l’Alaska et gypaète (ou vautour barbu) de l’Altaï ; même chose avec les végétaux, papayer, cacaoyer, goyavier, yuccas, cycas, peyotl, soya, yuzu, ylang-ylang de Mayotte, sans parler des plats cuisinés qui nous font voyager, yakitori nippon, y encore, yaourt bulgare (ou yogourt ; non, la yourte, c’est autre chose), yassa sénégalais, carry “réyoné” (comme on dit au pays du maloya). Y toujours pour les créatures effrayantes, le cyclope, le cynocéphale, le lycanthrope, la nymphe (bien sûr que c’est effrayant une nymphe, parce que vous pouvez être sûr que pas très loin vous allez trouver un satyre – satyre, tiens, y, comme par hasard) et l’hydre de Lerne.
Que d’étrangetés ! Pas étonnant que la génération Y ait du mal à se trouver.
[Pour info on prononce génération “ouaille”, comme le Y anglais, ce qui donne d’ailleurs why, qui veut dire pourquoi – ça se confirme !]