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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • ARNO S.
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 02:51

Nous sommes en septembre 1983. J’ai des dizaines d’heures d’enregistrement d’Odette. Je descends la voir avec plaisir mais ce travail n’avance pas assez vite. Elle est tellement à l’aise devant le micro que je n’arrive plus à l’arrêter. Dans moins d’un mois on fêtera ses quatre-vingt-neuf ans mais elle rajeunit chaque jour. Quant à moi, je ne peux nier mon embarras, je piétine. Odette finit par se répéter, il y a des pans entiers de son passé qu’elle semble occulter ; certes, elle ne se trompe jamais dans les dates, elle n’a oublié aucun nom mais elle a tendance à cabotiner et je ne sais pas où elle m'emmène.

Parfois je me demande même si elle ne révise pas un peu son histoire pour préserver quelqu’un. J’ai beau lui répéter que je ne suis ni juge, ni gendarme, qu’elle peut tout dire, qu’on changera les noms s’il le faut, manifestement elle tend à enjoliver son passé pour présenter une belle romance lisse et chaste comme si elle craignait quelque chose.

Pourquoi parle-t-elle si peu de Charles-Marie, son demi-frère ? Oui, son demi-frère, j’en suis sûre aujourd’hui. Le fils adultérin de son père ; son demi-frère et mari. Un mari éphémère, il est vrai : la guerre avait heureusement corrigé la faute de Gustave et Suzanne. Alors bien sûr les apparences vont contre ma théorie puisqu’il ne ressemblait en rien à Gustave ; il était timide, long, amorphe et très brun alors que les Grandclément étaient ronds, enjoués et blonds. Ces apparences ont dû tromper tout le monde, y compris Odette. Bien évidemment elle ignorait tout au moment du mariage mais elle ne pouvait pas ne pas l’avoir appris par la suite.

Dans son cahier noir, Émile avait écrit : « Victor a marié Suzanne, Gustave a marié Lucienne, c’est comme ça et pas autrement. "Autrement, ç’aurait pas été la même histoire" comme disait Gustave. » Comment ne pas lire là, à peine codé, l’aveu par Gustave de sa relation extraconjugale avec Suzanne ?

Odette filtre son passé avant de le restituer. Quant à moi, je me sens tenue de rétablir la vérité, je ne suis pas une romancière. Je comprends bien le désir d’Odette de s’inventer un monde honorable mais je ne peux pas, avec elle, maquiller la réalité ; l’immoral et le sordide ne me font pas peur. Je continue d’enregistrer la version douce d’Odette mais j’écris en parallèle ce qu’il s’est très certainement passé. Il me restera à réfléchir à la façon dont je présenterai ces voix discordantes dans mon livre.

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7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 02:20

– Ton temps est compté.

– M’en fiche, suis nul en math.

– Mais, ça n’a rien à voir !

– Ah, tu me rassures.

– …

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6 avril 2018 5 06 /04 /avril /2018 02:16

Alors c’est vrai, ça ne sert pas beaucoup dans la vie mais quand même, moi, je sais tirer un trait avec un stylo-plume et une règle sans que cela bave.

(Pour continuer avec les confidences, je dois avouer que je ne saurais faire, en revanche, une "bicyclette" comme Ronaldo.)

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5 avril 2018 4 05 /04 /avril /2018 02:17

L’imagination est cette chance qui nous est donnée de transformer la vie en une histoire.

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 02:59

Dire, ce n’est pas faire, soit. Mais faire, ce n’est pas dire non plus. (Quant à fire et daire, alors là, c’est n’importe quoi !)

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3 avril 2018 2 03 /04 /avril /2018 02:52

Il y a ceux qui passent leur temps à attendre – des benêts naïfs ; il y a ceux qui passent leur temps à regretter – des idiots pathétiques ; il y a ceux qui passent leur temps à le perdre – des parasites minables. Et puis il y a ceux qui passent leur temps à juger.

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 02:58

Sophocle, Mozart et le Royal au chocolat pour oublier nos petites mesquineries d'hommes ordinaires.

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1 avril 2018 7 01 /04 /avril /2018 02:24

Une fois par jour, c’est bien je trouve (et je sais certaines qui ne s’en plaignent pas). D'aucuns, me rapporte-t-on, le feraient trois fois par jour, sans drogue ni assistance - c’est à vérifier. En réalité, pour le plus grand nombre, c’est rarement voire jamais.

Oui vraiment, un reste par jour est une bonne fréquence.

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31 mars 2018 6 31 /03 /mars /2018 02:00

Selon Nora, si l’on suit les commentaires qui accompagnent son « scénario », il s’agissait de Suzanne car si l’on pouvait éventuellement la confondre, par mégarde, de nuit et saoul, avec Andrée, l’inverse était impossible : Andrée ne ressemblait qu’à Andrée, même ivre et dans le noir. Donc, si Gustave doutait, il ne pouvait s’agir que de Suzanne. Dans la marge Nora avait noté et surligné en jaune : « Évidemment !!! ».

Soit. Il fallait s’incliner. Rien ne résistait à la puissance logique de Nora. Le raisonnement était implacable mais la conclusion n’allait pas sans conséquences graves ; en effet, si cette relation adultère n’était pas un crime en soi, elle pouvait faire de Gustave le père de Charles-Marie qui devenait ainsi le demi-frère d’Odette… sa future épouse. La chose était plus ennuyeuse.

 

« Innocent et heureux, Gustave bascula à nouveau sur le dos. Épuisé, hébété et très saoul, sa main gauche lui échappa et rencontra fortuitement sa veste de laine qu’il avait abandonnée sur la paille. Il y posa la tête et glissa lentement dans le sommeil avec une indicible délectation. »

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30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 02:43

La rose est sans pourquoi mais pas sans pétales.

Et le souci aussi (et pas non plus).

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29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 02:45

Endiguer la vague de dengue ?

Soit. Et pourquoi ne pas dialoguer avec un bègue blagueur, déglinguer un gynécologue mal fringué, draguer des fugueuses bilingues, narguer un bouledogue sous la varangue, déléguer sa conjugalité à un podologue en vogue, larguer des mangues, des bagues et des tangues, faire la bringue et se droguer à la meringue, flinguer les seringues d’un collègue dévergondé, bourlinguer en pirogue avec un zigue sourdingue ?

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 02:37

Oui

Le sexe est piégé dans la chambre matrimoniale. Il faudrait l’exfiltrer.

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27 mars 2018 2 27 /03 /mars /2018 02:00

Le regret est une deuxième peine dont on est seul responsable.

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26 mars 2018 1 26 /03 /mars /2018 02:26

Il y a les lents, les casaniers sans ambition, les fonctionnels discrets, les ternes bien réglés et puis, il y a les fougueux, les passionnés, les lyriques, les intrépides, les imprévisibles. Attention, les premiers ne vous emmèneront pas au bout du monde mais vous les garderez plus longtemps que les seconds.

Réfléchissez avant de choisir votre véhicule.

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25 mars 2018 7 25 /03 /mars /2018 04:12

Voilà bien longtemps que l’on n’a pas annoncé le décès de la doyenne des Français. C’est inquiétant.

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24 mars 2018 6 24 /03 /mars /2018 03:15

[Voici donc achevé le premier chapitre de cette curieuse histoire d’Odette. Nora n’est pourtant pas satisfaite, cela manque de sang, de sperme et de larmes ; le puzzle lui semble incomplet et elle a bien l’intention de poser les pièces manquantes, quitte à forcer un peu.]

 

Deuxième partie

Odette et Nora

 

« C’était un beau dimanche d’hiver, frais et sec. Le bal avait attiré les jeunes à Château-Chalon pour la Saint-Sylvestre. Et le vin. Comme d’habitude, Gustave et sa sœur Berthe formaient un double centre d’attraction ; leur jeu était bien réglé, les facéties et les bons mots s’enchaînaient sans répit. L’année 1893 se terminait dans l’ivresse et la joie. La nuit était tombée rapidement mais il faisait encore assez doux ; demain, le soleil monterait tard, pour le plus grand bonheur des fêtards. »

« La fatigue finit par se faire sentir et il fallut penser à dormir quelque part. Sans l’avoir organisé, ils furent une bonne trentaine à se retrouver dans la grange du Père Jacquot. Il y avait les jeunes mariés de l’année, Gustave et Lucienne, Jules et Berthe, il y avait Thérèse (mais sans son futur mari Victor, retenu par sa mère mourante), les jumeaux Bougrette de Bonnefontaine, Henri Lafaucine, le doyen de la bande du haut de ses vingt-cinq ans, il y avait Andrée, Christiane, Gabin, Éliette et quelques autres encore qui venaient de Champagnole, de Villevieux ou de Chapelle-Voland. Dans son cahier noir, Émile avait dressé une liste de trente-quatre personnes qu’il terminait ainsi : "selon le souvenir de mon oncle Gustave qui a vu." »

« On s’installa dans la grange. Il faisait sombre, seul le ciel étoilé donnait un peu de lumière par la grande porte laissée entrouverte. On but encore un peu, on commença à rire moins fort puis progressivement les ronflements prirent la relève. Gustave, en mari attentionné, honora sa jeune épouse : "je te promets, c’est la dernière fois... de l’année", s’amusa-t-il. Lucienne n’était pas contre. Elle n’éprouvait jamais de plaisir très intense mais quand Gustave l’aimait, elle était envahie par une sensation douce et apaisante, un sentiment plutôt, un sentiment de satisfaction qui la contentait. Elle était pondérée et discrète jusque dans les plaisirs charnels. Lucienne était frugale. Elle avait dix-neuf ans. »

« Gustave jouit assez rapidement comme d’habitude, il se retira comblé – la vie le gâtait, il le savait – et se tourna sur le dos, à peine reculotté. Alors que le sommeil commençait à le gagner, sa main droite lui échappa et rencontra fortuitement ce qui était, à n’en pas douter, un cul. »

« Un cul ? Il décidait provisoirement de différer son sommeil pour aller quand même vérifier. Ma foi oui, c’en était un. Et un cul qu’il lui semblait reconnaître pour le fréquenter régulièrement. Celui de Thérèse. Ou bien serait-ce celui d’Andrée ? Bref, il fit un quart de tour, caressa un peu, palpa ensuite, puis souleva jupe et jupon. Il câlina l’être accueillant à la peau douce – Gustave savait être tendre aussi – qui se retourna peu effarouché, dégrafa son corsage et s’offrit totalement, bouche, ventre, sexe. Porté par une telle prodigalité, Gustave baissa le pantalon et, sans autre forme de procès, pénétra la jolie qui ne résista pas. Il s’agita diligemment et jouit pour la deuxième fois. Il lui paraissait, au petit cri rentré perçu, qu’il n’était pas seul à avoir apprécié. Thérèse (ou Andrée ?) était coquine. Elle avait dix-sept ans. »

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23 mars 2018 5 23 /03 /mars /2018 03:26

L’or a ses chercheurs, la vérité aussi. Les deux déçoivent d’abord quand on les trouve car ils sont bruts, impurs et ne brillent pas ; il faut les travailler, les mettre en forme et en valeur. Alors, on devient riche, puissant et séduisant.

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22 mars 2018 4 22 /03 /mars /2018 03:22

La langue a ses gendarmes et ses voleurs, ses prêtres et ses pécheurs. Et puis elle a ses jardiniers, sans foi ni loi, qui n’ont d’autre grammaire que le goût de la terre et la clarté de l’air.

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21 mars 2018 3 21 /03 /mars /2018 03:34

Que je chante devant vingt personnes ou quatre-vingt-mille, c’est pareil pour moi, disait Johnny. Eh bien je dois avoir quelque chose de Johnny en moi car voyez-vous, j’écris devant dix-huit personnes comme j’écrirais devant quatre-cent-cinquante-mille.

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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 03:47

Ce n'est pas parce que notre vie est finie que notre histoire a une fin.

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19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 03:21

C’est curieux cette manie de vouloir « partager » ce que l’on a aimé voir, entendre, lire ou manger. Moi c’est plutôt l’inverse, je préfère les premières blancheurs fades de l’aube aux éclats photogéniques du crépuscule précisément parce que je ne les partage pas ou peu.

(Quand même la misanthropie c’est autre chose, non ?)

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18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 03:07

Parfois, tout m’est fatigue. Et le repos même.

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17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 09:01

« Ce voyage de noces ça a été comme ça tout du long. C’est bizarre, moi avant je regardais pas beaucoup les paysages et là je regardais tout, je me remplissais de ce que je voyais et même les vaches ; pourtant qu’est-ce que j’en avais vu des vaches déjà, de par chez nous, y’en a de partout, plus que des gens même, mais là je les regardais et, ça c’est vraiment bizarre mais c’est vrai, je les trouvais belles, les vaches. Je me rappelle, du côté de Saint-Maurice-en-Rivière, il y avait un petit troupeau dans le champ, avec des coquelicots et des boutons d’or et un orme tout seul au milieu, on aurait dit comme une peinture tellement les couleurs étaient bien choisies et tout était exactement à sa place. Peut-être que c’est Louis-Gonzague qui disait vrai et que l’amour ça rendait le monde beau mais le monde, il était quand même déjà bien rangé. Le monde à Saint-Maurice-en-Rivière, il était rangé comme dans une peinture. "Et peut-être aussi que le vin jaune arrange tout derrière !" »

« Et puis on a continué la route de Dole jusqu’à Chalon pour aller voir Gustave Lebouillu et Étienne Simon. Évidemment ils ont sorti quelques bouteilles ; en fait, j’en avais jamais vu autant. Je sais plus tout ce que j’ai goûté. Du vermouth au vin de Bourgogne, de la grande crème de cassis, du Brou de Noix, de la crème d’ananas au kirsch, mon préféré, c’était le Suc Simon (le jaune parce que le vert était trop fort). "Allez, une petite goutte encore Odette, vous savez, ce Suc généreux doit se trouver dans toutes les familles soucieuses de leur santé, je n’invente rien, regardez, c’est écrit sur l’étiquette". Séraphin a vérifié pour moi. "Ah oui, c’est vraiment écrit, bon ben alors, si c’est bon pour la santé, une petite goutte encore pour moi." »

« En partant Étienne Simon nous a donné une caissette avec une crème de menthe, une crème de cacao, une crème de moka et une bouteille de vieux kirsch. Et puis Gustave Lebouillu est allé chercher son Aronde et ils nous ont escortés, après Saint-Germain-lès-Buxy jusqu’à Sennecey-le-Grand. Les deux Aronde klaxonnaient et se répondaient et partout où on passait, les gens criaient "vive les mariés !" Yvonne et moi on découpait des bandes de nos jupes et on les jetait aux enfants. "Attention mes princesses, vous allez finir en culotte." Vous savez, j’ai les larmes qui me viennent maintenant que je raconte ça parce qu’on était vraiment comme des princesses avec notre prince des chemins. »

« Après, on est passés à La Truchère, à Pont-de-Vaux, à Saint-Bénigne, à Saint-Trivier-de-Courtes, à Varennes-Saint-Sauveur, à Dommartin-lès-Cuiseaux. »

« Peut-être que j’en oublie, mais je crois pas. Bien sûr vous vous demandez, mais comment on peut retenir tout ça et se souvenir encore de tout vingt-cinq ans après ? Eh bien c’est justement ce que je me demande aussi. Je comprends pas cette mémoire que j’ai. Mais y’a pire encore, je pourrais vous sortir une photographie de ma tête de chacun de ces endroits et de chacun des gens qu’on a rencontrés. Je sais pas comment ça marche dans ma tête. »

« Bien sûr on a fait un détour par Saint-Amour, "mon Séraphin d’amour, je te fais duc de Saint-Amour et toi ma cousine adorée (et ma femme aimée) tu seras duchesse de Saint-Amour et moi aussi duchesse de Saint-Amour" ; et on a fêté ça avec un petit verre de vin jaune. Puis on est passés par Flacey-en-Bresse, Savigny-en-Revermont, Messia-sur-Sorne... »

 

Alors là, curieusement, l’enregistrement de la dernière cassette s’interrompt. Il restait pourtant encore un bon quart d’heure de bande. À mieux écouter on constate que la suite a été effacée. J’en suis réduit moi aussi aux hypothèses car Nora n’en dit rien. Odette aurait-elle fait une mauvaise manipulation en voulant se réécouter ? Nora a-t-elle effacé elle-même la suite ? L’a-t-elle fait accidentellement ou volontairement ? Oui mais pourquoi ? Odette aurait-elle dit quelque chose qu’il ne fallait pas entendre ? Ou peut-être est-ce le contraire, Odette n’aurait pas dit ce que Nora voulait entendre alors, fatiguée par cette litanie de toponymes, Nora aurait renoncé à attendre la vérité.

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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 03:31

– Allez, faut tout donner et surtout ne lâchez rien.

– Euh, donc… ?

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15 mars 2018 4 15 /03 /mars /2018 03:45

Allez savoir pourquoi, il y a des jours où c'est la pêche à la crevette, aux crabes et aux palourdes, les jours de grandes marées, qui me manque.

On ne choisit pas sa nostalgie.

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