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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • ARNO S.
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 03:11

Avec la nuit s’annonce le retour des mensonges qui nous sauvent de la vérité diurne.

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13 octobre 2020 2 13 /10 /octobre /2020 03:10

Il ne faut jamais se fier aux apparences, ricana le terrible Ogre en dévorant quelques fillettes. Sa maman lui avait payé (très cher) un coach en image de soi et développement personnel, depuis, il se voyait avenant et distingué.

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 05:00

O

Au premier abord, il est possible de se laisser embobiner par le O. Couronne royale, soleil prodigue, anneau doré des promis – l’amour pour toujours. Tout cela est formidable, c’est adorable et fort romantique. Le O en impose. Serait-il l’alpha et l’oméga ? l’origine et le tout ? Serait-il la forme de l’absolu ?

Cela semble trop beau pour être honnête. Cette mythologie d’un ordre accompli qui aurait résorbé le chaos ne serait-elle pas plutôt une énorme imposture ? Cette allégorie d’un corps sans organes, exonéré de toute pathologie, insoumis à la mort elle-même, ne serait-elle qu’un extraordinaire bobard forgé par quelques dogmatiques tordus ? Ce zéro occulte, qui pourrait tout parce qu’il n’est rien, ne serait-il autre chose qu’une grotesque comédie géométrique ?

Mon opinion est que cette dévotion est le symptôme d’une névrose collective, la nostalgie de la mort d’avant la vie. Forme totale, le O est le modèle du ghetto théologique. J’y vais fort, mais telle est mon hypothèse personnelle.

Totalement faux, objecteront d’aucuns : bien au contraire, le O symbolise le voyage harmonieux autour du globe, ou mieux, la ronde joyeuse de tous les hommes de bonne volonté, ou encore l’odyssée osée de néo-conquistadors solidaires et écoresponsables ! D’autres diront, observez, c’est la forme d’une bouche qui s’étonne devant les beautés du monde ; oyez, c’est l’adagio mélodieux d’un corps transporté par la volupté ; cet O, c’est l’éloge de l’innocence, c’est l’apothéose.

(Ce qui est formidable avec cet O, c’est qu’il autorise les théories les plus loufoques.)

C’est l’œil du bossu borgne Quasimodo, celui du cyclope Polyphème qui nous observe par le trou de la couche d’ozone ; c’est Pablo, un baron de la drogue (coca, pavot, opium), vu de haut sous son chapeau à Mexico ; c’est la roue de l’infortune d’un cochon d’Inde, obstiné jusqu’à la folie ; c’est la coupe au bol de Francesco, il santo di Assisi, mais si vous connaissez, il Poverello, l’homme qui parlait aux oiseaux ; doublez-le, les O jumeaux se transforment en deux gros, deux énormes roberts, ceux de la bimbo Lolo Ferrari.

Il serait possible de prolonger le catalogue, mais soyons raisonnables. Mon postulat est tout autre. O, c’est l’écho de la mort. Le O, c’est un monde clos, sans aube ni aurore. C’est un roman sans parole et sans mots, juste un O monotone et monocorde, assommé par sa propre sottise. C’est une forteresse égologique qui protège un hologramme contre des fantômes. C’est un océan sans littoral, une société sans utopies, un logis sans porte de sortie, c’est un port sans bateaux. Un port sans bateaux, ce n’est pas seulement idiot, c’est une sorte d’agonie.

À ce propos, je ne peux clore le sujet sans évoquer la chose : O, c’est l’ouroboros, le boa ou cobra qui se mord la queue. Pour certains, cela connote l’autonomie parfaite de l’être qui se féconde et se reproduit lui-même. J’y vois surtout beaucoup d’orgueil et l’ignorance de l’autre ; le vorace serpent est aussi fort arrogant, préférant l’autofellation à tout rapprochement avec son prochain. L’égo idolâtré est omniprésent et autosuffisant, il s’impose avec morgue et se moque de tout le reste, ce fossoyeur du commun, ce pollueur d’émotions.

Il n’est pas d’envol possible pour un ouroboros ; il n’est pas de voyage possible dans un O, pas de repos, pas de commerce, pas de dialogue, juste la course folle d’un astéroïde isolé qui flotte dans un cosmos sans horizon. On ne dort jamais dans un O, on n’en sort jamais.

Je préfère les routes cahoteuses et bornées des Hobos bohèmes ; j’aime les ornières, les obstacles, les fossés, les forêts. Je préfère la poésie des explorateurs, opaque, tortueuse, mais tonique et volubile. Je préfère le soleil des nomades au sommeil des bouddhas.

Alors, adore ton foyer, mais force tes O et honore le dehors.

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11 octobre 2020 7 11 /10 /octobre /2020 11:50

Sous prétexte qu’on ne cesse de le prendre en photo, il a la grosse tête. Ce qu’il n’a pas compris, c’est qu'on admire le paysage et ses couleurs, pas lui. La preuve, on ne prend jamais Soleil en photo quand il est seul, au zénith.  

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10 octobre 2020 6 10 /10 /octobre /2020 02:50

– C’est comme ça, je le sais bien, je suis psychorigide.

– Mais non, tu exagères touj…

– Tais-toi, tu ne comprends jamais rien. Je sais ce que je dis.

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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 02:35

– Non mais qu’est-ce qui se passe encore avec le stagiaire, Pierre, il ne fait jamais ce qu’on lui demande, s’énerva Dieu.

– Et qu’est-ce que tu lui as demandé ?

– J’ai été précis et j’ai fait des phrases courtes. Je lui ai dit : tu prépares mon kabic, celui avec le pin’s de Van Halen (c’est Eddie qui me l’a donné en arrivant mardi, je l’aime bien ce garçon) ; va chercher le cabas dans le cellier ; mets-y un sachet de Tang à la pêche, mes fils à scoubidou (j’ai arrêté le tricotin, ça fait vraiment vieux jeu), un bâton de réglisse, deux roudoudous, cinq soucoupes, mon walkman et la cassette de Mike Brant ; sors le solex et attache le cabas avec un sandow.

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 02:06

N’assiste-t-on pas à une autre forme de décroissance, inquiétante celle-là, que l’on pourrait appeler la sobriété argumentative ?

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 02:15

C’est parce que personne n’est responsable que tout le monde l’est.

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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 02:14

E

E : la lettre n’est pas très esthétique, mais assez efficace : on peut accrocher, entreposer, ranger, étendre, faire sécher dans ou sur un E. Écritoire, étagère, échafaudage, échafaud même, escalier, échelle, escabeau, épouvantail … qu’espérer de plus ? Le E ferait un ustensile très utile. D’ailleurs, sans être tout de même essentiel, le E est très usité et se répète à longueur de textes ; pour l’escamoter, il faut vraiment être un expert (Tiens ! en verlan, expert ça fait Pérex ; excusez-moi, je m’écarte du sujet.)

Examinez-le, le E, il est très élaboré. Un rez-de-chaussée et un étage, un mur dressé, un toit-terrasse ; quatre éléments donc, sans compter les petits ergots ou éperons aux extrémités, ce qui est assez élégant. En fait, c’est la lettre de toutes les lettres : pour faire un B, on étire les ergots du haut et du bas, comme un élastique et on ferme ; pour faire un F, on retire le plancher ; un L, on enlève le plafond et l’étage ; pour faire un C, on efface le premier étage et on courbe le reste ; pour faire un M ou un W (enfin un Ш) on le couche à l’endroit ou à l’envers ; même faire un R est possible – mais l’affaire est plus épineuse –, on fait pivoter le plancher d’un quart de tour sur son extrémité extérieure et recourbe les deux ergots supérieurs… Tentez l’expérience, ça marche avec toutes les lettres (c’est moins aisé pour faire un G, habilité et doigté sont requis, mais essayez, vous réussirez). On pourrait même créer de nouvelles lettres.

En grammaire, on apprend que le E est la marque du féminin, mais il faut se méfier, il est très bien porté aussi par des prénoms ou des objets masculins. Quelques exemples à retenir pour éviter les erreurs lors de la prochaine dictée : Élisée et Timothée, apogée et macchabée, enfin lycée et musée, mais ceux-là on les connaît.

Vous l’avez constaté, E est la plus fréquente de toutes les lettres, elle est omniprésente, pas très discrète pour une muette, enfin pas toujours parce qu’elle peut être accentuée et résonne alors différemment. Euh… pas facile de donner à entendre en écrivant seulement. Tenez, comparez le meuh de la vache, le mêê du mouton et le bèè de la chèvre. Vous percevez les différences ? (Remarquez que ces bêtes qui peuvent être amenées à se croiser dans un même pré n’utilisent pas le même E pour échanger, enfin peut-on parler d’échange ? Bêler, est-ce parler ? Allez, je perds mon sujet).

Revenons au visuel. Je le répète, la lettre est fonctionnelle, mais pas très belle. Certains, pour qui écrire c’est aussi dessiner, préfèrent Ξ. C’est pertinent et très réussi, j’aime vraiment. Les étagères tiennent en l’air et les étages flottent dans un ciel éthéré ; règne une atmosphère de liberté, de légèreté, de fluidité. Ξpouvantable n’a plus rien d’épouvantable, Ξsprit a quelque chose de très spirituel, Ξgalité devient une évidence et Ξdredon est un véritable appel à la sieste. (Nota bene. Les hellénistes l’auront reconnu, c’est le grec qui nous a prêté ce très beau trait, le ksi majuscule ; quant au ksi minuscule, ξ, c’est certainement la plus belle trace jamais laissée par un stylet ; mais je m’égare.)

Assez rêvé, retour à la réalité ; que penser de notre peigne à moitié édenté, de notre fourche privée de manche ? La vérité, c’est que l’on se sent confiné dans un E, comme enfermé dans un espace qui ne respire pas. Le Ξ était aérien, léger, il laissait passer les idées et rendait les échanges aisés ; le E est renfermé, replié sur lui-même, on y est à l’étroit, séparé, retiré et on aimerait le déployer, le déplier, l’étaler.

Le E, c’est l’espace et l’espace, c’est essentiel ; le mot n’est pas excessif. Il faut de l’espace pour exister, mais pas un espace privé, pas un espace réservé. Pour le dire plus exactement, c’est en espaçant l’espace que l’on existe. (J’allais écrire, « c’est en existant l’existence que l’on espace », mais je ne voudrais pas enténébrer le sujet, lors même que je souhaite l’éclairer.) L’espace n’a pas d’étendue dans le E, pas de visée, pas de désir, il est empêché, sans élan, altéré, il ne respire pas, il est étriqué, en mauvaise santé. L’espace, c’est un geste ample et élégant, c’est un regard, un projet, c’est une odyssée inventée ; l’espace, c’est l’espacement. Or, précisément, l’écriture revient à cela, mettre en espace des E et toutes les autres lettres sur des sentiers de papier. Exprimer, expirer, exister, espacer, écrire…tout est lié. (Mais non, je ne m’éloigne pas de mon objet, je suis presque arrivé.)

On le savait déjà, l’existence précède l’essence, mais il faut continuer, l’écriture précède la pensée et les mots, les idées ; je dirais que tout cela est emmêlé là devant, dans l’espace déployé, sur la scène de l’être, dans la chaîne des lettres.

Alors aérez vos E, vos É, vos Ê ; exposez vos pensées ; espacez vos idées. Existez ! Écrivez !

 

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 02:03

Le marionnettiste ne serait-il pas un automate ?

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4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 02:11

Je sais bien qu’une société n’est pas un 35 t, mais quand même, ne devrions-nous pas penser à mieux répartir les charges ?

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3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 12:35

Un jour peut-être on observera nos idées et nos sentiments au scanner ou à l’échographie, directement dans le cerveau ou dans le cœur. J’ai peur que nous soyons bien déçus en découvrant que les premières ont des têtes de neurones et les seconds des formes de viscères. Ou au contraire nous nous féliciterons de l’incroyable faculté qu’est le langage.

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 02:55

– Vas-tu encore contester, Essence ? Tout le monde sait bien que j’étais là avant toi.

– Arrête de m’appeler Essence, répondit Poule à Œuf, et enlève ce ridicule déguisement d’Existence.

– Rrrr, Rrrr ! Ah, ah, vous ne m’avez pas reconnu, hein, je me suis déguisé en vilain panda, dit gentil Panda.

– Non mais qu’est-ce qu’il vient encore faire dans notre histoire, ce crétin poilu ?

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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 09:28

– Alors, file de gauche les priorités prioritaires, file de droite les priorités non prioritaires, sortez vos documents, nous allons les vérifier. Les autres, vous pouvez passer.

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 02:32

F

Le F pourrait être un fusil posé sur le fût, une faux ou une faucille. Certains, plus imaginatifs, voient un fâcheux trop bien fagoté, un fat à la figure fermée ou une fleur fanée. D’autres, plus facétieux, distinguent parfaitement un fildefériste efféminé (là, il faut quand même le faire !) ; les moins créatifs voient un fragment de E.

Laissons-là ce florilège de fadaises qui ne valent pas un fifrelin. En mon for intérieur – ou faut-il parler de fantasme ? – je vois une femme d’affaires, une cheffe d’entreprise, à la coiffure efficace (une frange asymétrique, pour être plus spécifique) qui n’a pas de temps pour les fanfreluches et les fioritures ; jamais fatiguée, toujours influente, toujours fascinante, jamais faible, elle me fait face et fonce vers moi. Et moi, tout autant effaré qu’effrayé par cette femme (à la frange déstructurée), me sentant défaillir, je tâche de ne pas m’effondrer. Bref, la lettre F est facile à faire parler, mais difficile à déchiffrer. Comment dépasser ces fantaisies ?

Elle est étrange et familière à la fois et renvoie quelque chose d’effronté et inoffensif. Voilà, elle fusionne les genres et confond les styles : farfelue mais fiable, frontale mais fantasque, inflexible mais différente. (C’est la frange qui fait ça, je crois.) Elle a un côté félin, presque féroce à faire frémir et un côté affable, peut-être même effarouché, comme une femme fatale mais effacée pourtant, ou une fille de joie, forte et fière, mais sans fard ni afféterie. Elle fait front, mais sans passer en force ; elle fanfaronne un peu, mais sans fâcher. (La frange, sans doute !) Sur la face gauche, elle est fermée peut-être mais sans faille, sans faux-fuyants et puis il y a le côté droit, vif et expressif. Froide et fiévreuse à la fois, comme un feu follet bienfaisant. Ne voyez là ni feinte ni fausseté, elle se fiche bien d’offusquer, elle est une effusion sans artifice.

Franchement, j’aime bien la lettre F. J’aime sa fluidité – même si elle est moins fleuve que torrent fougueux –, ses facéties, ses fictions ébouriffantes, sa joyeuse effervescence. Je sais bien que l’on fatigue à se laisser entraîner dans ses farandoles effrénées, mais sa folie est douce et féconde. Oui, je le confesse, j’affectionne la lettre F ; si j’étais une lettre, je la fréquenterais ; enfin, c’est une façon de parler. Elle est moins fade que le E, c’est flagrant, et moins figée que le I, moins conforme que le T, moins falote que le L et moins parfaite que le O. Mais la perfection n’est qu’une fable qui a quelque chose de décisif et funeste, elle réconforte les craintifs que la fête effraie et que la faute affole. Ne confondons pas franchise et fixité, tartufe et fantaisiste. La symétrie et l’uniformité sont sans reflet et parfois fatals. Je préfère le difforme au définitif et l’infidèle à l’infaillible.

In fine, le F est différent, il est différence. Cette différence, ce n’est pas une façade, c’est le flux de la vie qui affleure à même la surface de l’existence. C’est l’enfance fissurée qui refuse les influences néfastes ; c’est le féminin qui réfute les formes officielles ; c’est le profane qui se méfie des impératifs fanatiques et met sa foi dans les hommes et les femmes ; c’est le réfugié, fragile et inventif, qui nous offre un nouvel alphabet – alfabeti dit l’Albanais, alfabeto répond le Portugais.

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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 02:58

Je signale à certains, en train de faire les malins, qu’après 50, vient 60.

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 02:15

C’est avec les mêmes pierres que l’on construit les ponts et les murs.

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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 02:42

Bien sûr que tu peux baisser les bras, mais que ce soit pour prendre de l’élan et repartir de plus belle.

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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 02:22

J’ai un doute sur la question mais il me semble que si le chien, jamais, n’admire un lever de lune, les pétales d’une orchidée ou la Petite Fille au ballon de Banksy, c’est parce qu’il n’a pas les mots.

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 02:32

L’humour est ma religion.

Il est une preuve de l’existence de l’homme.

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 03:57

N

Quand nous tombons nez à nez sur un N, nous avons l’impression d’un Z, somnolant ou aviné,  qui aurait piqué du nez ; notez bien que le Z, lui, c’est un Z, non pas un N retourné.

Si l’on continue à examiner la lettre, on peut imaginer un naja énervé, serpent aux lunettes inoffensives, mais au venin très nocif pour ses ennemis (il a des effets neurotoxiques et entraîne des nécroses) ou un dromadaire, cet animal de caravane qui sillonne nonchalamment le Yémen ou le désert du Néguev (le chameau, lui, porte un M sur le dos, c’est mieux pour se promener, mais ça peut donner la nausée). On peut voir aussi une danseuse égyptienne, de l’époque de Néfertiti ou Akhénaton, dessinée de profil sur un monument au bord du Nil. Les petits génies penseront à N, enfin ℕ pour être minutieux, l’ensemble des entiers naturels, ou pour les néophytes l’ensemble des nombres de zéro à l’infini (sans les négatifs). Je ne saurais dire en quoi les nombres sont naturels, mais je reconnais qu’ils sont plus fonctionnels pour dénombrer que pour dénommer.

Personnellement, et sans vouloir crâner, j’ai bien envie d’inventer un nouvel ensemble, à mon tour, l’ensemble des noms de choses ; nommons-le ₦. Vous allez dire, c’est nul, on en a déjà un, c’est le dictionnaire. Votre analyse est pertinente et je dois affiner mon raisonnement.

Quand on prononce N, on entend haine, oui mais non, c’est le phonème [n]… comprenez nnnn… qu’il faut entendre : nnnnégatif, nnnnul, néant, ni, nada, nicht, nein, niet, nej, nei, nem, naan, no, não. Bon je ne vais pas énumérer tous les non du monde. N, c’est la lettre des nonistes et mon nouveau ₦, c’est l’ensemble des non de choses. Pas leur nombre, pas leur nom, mais leur non ; nombre annulé, nom barré, non énoncé. Or, le non des choses, n’est-ce pas aussi le nom des choses. Souvenez-vous de René Le Belge qui nous narguait avec ses natures mortes, Ceci n’est pas un narguilé. Le nom n’est pas la chose, il en est donc le non. Ma doctrine vous paraît saugrenue, voire erronée ? Ne renonçons pas trop vite.

L’animal du N, ce n’est ni le naja hypnotiseur, ni le narval ni la licorne, ni le chameau des dunes du Namib, c’est l’âne, indéniablement. Je ne sais s’il ahane, cet âne, s’il annone ou « hihane », mais c’est de notoriété publique qu’il refuse de venir ; n’avance pas, ne recule pas. Sans être nihiliste ni révolutionnaire, il est né borné, l’âne, et mérite son bonnet.

L’âne, ignorant et indiscipliné ? Voilà bien une… ânerie tenace et calomnieuse, mais laissons-là bonnets, ânes et ânons, et revenons à nos moutons. Le N est la lettre du non, voilà ce qu’il faut retenir, et dire non, ce n’est ni normal ni naturel. C’est le mouton qui opine, qui n’oppose aucune résistance et toujours donne son accord sans discernement.

Mais il faut continuer, dire non, et dire non au non aussi. Car il est des ânes moutonniers et des nonistes béni-oui-oui. Il faut dire non au non des fainéants, des pusillanimes, des dédaigneux, à celui des traditionalistes réactionnaires, des haineux, des routiniers, des sinistres. Le non au non n’est autre qu’un grand oui, déterminé, généreux, impertinent, imaginatif, avenant, épanoui, inventif. Un oui inouï, sans doute, neuf, non encore entendu. Un non qui importune, mais sans acharnement ; un oui qui passionne mais sans fanatisme.

Il faut donc en convenir, le N, lettre du non, est aussi la lettre du oui. Voilà qui ne va pas sans nous étonner.

(Bon, entre nous, cette histoire de non lunatique qui va finalement devenir un oui, c’est n’importe quoi, non ?)

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 03:44

– Je ne comprends pas que vous restiez bloqués sur la question.

Sidérés, Œuf et Poule attendirent la suite.

– Ben oui quoi, c’est évident que Poule était là d’abord, pour pondre Œuf, lança Panda d’un trait.

– Non mais de quoi il se mêle lui, entonnèrent dans une harmonie parfaite quoique très énervés Poule et Œuf, est-ce qu’on s’occupe de savoir si tu es venu avant ou après Bambou, nous ?

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 02:29

– Hé, L’Œuf, appela La Poule ?

– Qu’est-ce qu’il y a encore ?

– Non rien, c’était pour voir si tu étais là.

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 02:52

Lucette Jeanjean

Marcellin Labrousse

Jean-Pierre Rallu

J’ai la nostalgie des annuaires.

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 02:28

Les mythes ne naissent pas, ça ne les empêche pas de mourir.

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