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C'est Peu Dire

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Un Reste À Retrouver

24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 03:57

N

Quand nous tombons nez à nez sur un N, nous avons l’impression d’un Z, somnolant ou aviné,  qui aurait piqué du nez ; notez bien que le Z, lui, c’est un Z, non pas un N retourné.

Si l’on continue à examiner la lettre, on peut imaginer un naja énervé, serpent aux lunettes inoffensives, mais au venin très nocif pour ses ennemis (il a des effets neurotoxiques et entraîne des nécroses) ou un dromadaire, cet animal de caravane qui sillonne nonchalamment le Yémen ou le désert du Néguev (le chameau, lui, porte un M sur le dos, c’est mieux pour se promener, mais ça peut donner la nausée). On peut voir aussi une danseuse égyptienne, de l’époque de Néfertiti ou Akhénaton, dessinée de profil sur un monument au bord du Nil. Les petits génies penseront à N, enfin ℕ pour être minutieux, l’ensemble des entiers naturels, ou pour les néophytes l’ensemble des nombres de zéro à l’infini (sans les négatifs). Je ne saurais dire en quoi les nombres sont naturels, mais je reconnais qu’ils sont plus fonctionnels pour dénombrer que pour dénommer.

Personnellement, et sans vouloir crâner, j’ai bien envie d’inventer un nouvel ensemble, à mon tour, l’ensemble des noms de choses ; nommons-le ₦. Vous allez dire, c’est nul, on en a déjà un, c’est le dictionnaire. Votre analyse est pertinente et je dois affiner mon raisonnement.

Quand on prononce N, on entend haine, oui mais non, c’est le phonème [n]… comprenez nnnn… qu’il faut entendre : nnnnégatif, nnnnul, néant, ni, nada, nicht, nein, niet, nej, nei, nem, naan, no, não. Bon je ne vais pas énumérer tous les non du monde. N, c’est la lettre des nonistes et mon nouveau ₦, c’est l’ensemble des non de choses. Pas leur nombre, pas leur nom, mais leur non ; nombre annulé, nom barré, non énoncé. Or, le non des choses, n’est-ce pas aussi le nom des choses. Souvenez-vous de René Le Belge qui nous narguait avec ses natures mortes, Ceci n’est pas un narguilé. Le nom n’est pas la chose, il en est donc le non. Ma doctrine vous paraît saugrenue, voire erronée ? Ne renonçons pas trop vite.

L’animal du N, ce n’est ni le naja hypnotiseur, ni le narval ni la licorne, ni le chameau des dunes du Namib, c’est l’âne, indéniablement. Je ne sais s’il ahane, cet âne, s’il annone ou « hihane », mais c’est de notoriété publique qu’il refuse de venir ; n’avance pas, ne recule pas. Sans être nihiliste ni révolutionnaire, il est né borné, l’âne, et mérite son bonnet.

L’âne, ignorant et indiscipliné ? Voilà bien une… ânerie tenace et calomnieuse, mais laissons-là bonnets, ânes et ânons, et revenons à nos moutons. Le N est la lettre du non, voilà ce qu’il faut retenir, et dire non, ce n’est ni normal ni naturel. C’est le mouton qui opine, qui n’oppose aucune résistance et toujours donne son accord sans discernement.

Mais il faut continuer, dire non, et dire non au non aussi. Car il est des ânes moutonniers et des nonistes béni-oui-oui. Il faut dire non au non des fainéants, des pusillanimes, des dédaigneux, à celui des traditionalistes réactionnaires, des haineux, des routiniers, des sinistres. Le non au non n’est autre qu’un grand oui, déterminé, généreux, impertinent, imaginatif, avenant, épanoui, inventif. Un oui inouï, sans doute, neuf, non encore entendu. Un non qui importune, mais sans acharnement ; un oui qui passionne mais sans fanatisme.

Il faut donc en convenir, le N, lettre du non, est aussi la lettre du oui. Voilà qui ne va pas sans nous étonner.

(Bon, entre nous, cette histoire de non lunatique qui va finalement devenir un oui, c’est n’importe quoi, non ?)

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