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C'est Peu Dire

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  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

9 septembre 2018 7 09 /09 /septembre /2018 03:48

Mais d’où pouvait bien venir cette enfant ? Que se passait-il ? J’échangeais depuis trente minutes avec une enfant de neuf ans et demi sur nos projets d’écriture respectifs ! Quelque chose m’échappait !

« Oui, cela arrive souvent que les lecteurs n’aiment qu’une moitié du livre et curieusement, ce n’est pas toujours la même. Il faudrait que l’on puisse acheter des demi-livres, comme à la boulangerie, des demi-baguettes. Bon, mais maintenant que tu as la fin de ton premier livre, il faut que tu penses au deuxième. Je te donne un conseil. Tout le monde va t’attendre au tournant, tu vas être sous pression et ce sera très difficile. Alors écris-le vite, ton deuxième livre et sans forcer. Cela ne sera pas facile parce que tu auras presque tout mis dans ton premier et qu’en plus tu devras garder tes bonnes idées et ta meilleure technique pour le troisième. Tu comprends, ne traîne pas, ce n’est pas le moment de viser le prix Nobel. Ensuite, quand tu auras écrit ton deuxième, les lecteurs, un peu déçus, n’attendront pas le troisième cette fois et là, tu pourras travailler tranquillement. »

« Je vois. Faut que je trouve un truc un peu facile alors. Dis, ça ne t’ennuie pas si j’utilise ta technique du grand-père pour mon deuxième livre. » Elle me fixa très sérieusement et après une dizaine de secondes éclata de rire, « attends, je plaisante ».

« Donc, si je comprends bien, ton troisième livre, ça doit être ton meilleur, un peu ton chef-d’œuvre. Je vais le commencer en même temps que le deuxième alors, pour prendre de l’avance. Et pour le quatrième, comment on fait ? »

« Si tu as réussi ton troisième, après tu n’écris plus, tu danses. »

« Ho ! c’est joli. Bon, j’ai compris. Ça me fait encore beaucoup beaucoup de travail. J’espère qu’un jour, je danserai. Toi, ça se voit bien que tu es un écrivain parce que même quand tu parles, déjà tu danses un peu. »

Moi, j’avais plutôt le sentiment de tituber, je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait. Je regardais Nora.

« Je sais, Zaïna n’est pas une petite fille comme les autres, mais si ça peut te rassurer elle aime jouer à la Bonne Paye, ne rate jamais un épisode de Candy et adore les bonbons. »

Zaïna avait alors levé et agité son poignet afin de me montrer son bracelet en bonbons. « Mes préférés c’est les soucoupes en hostie avec de la poudre qui pique dedans, mais les bracelets c’est plus commode quand je vais chez mon père ; j’ai aussi le collier. Tu en veux un ? »

En disant non, je remarquai un bracelet en tulle à peine visible sous les bonbons.

« Je sais ce que tu regardes, oui, normal, tu préfères celui-là. Je sais pas comment vous faites, vous les grands, pour ne pas aimer les bonbons. Ça, c’est maman qui me met ce bracelet de mariée, je le garde longtemps et quand il est abîmé, elle m’en fait un autre. » Puis Zaïna mit sa main à côté de sa bouche pour la cacher et baissa la voix pour que sa mère n’entende pas : « elle, elle en a un à la cheville, pourtant elle a pas de mari puisqu’elle est séparée de mon papa depuis très longtemps. »

« Zaïna, sois gentille, ne raconte pas ma vie à tout le monde. Tiens, voilà ton père. Allez file, chérie ; à lundi. »

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