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C'est Peu Dire

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  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 03:46

J’étais littéralement abasourdi ; personne ne m’avait jamais dit que c’était ça un enfant, ou peut-être que tous n’étaient pas comme Zaïna. Comme chez sa mère, son visage était traversé par une alternance d’ombre et de lumière : elle partait dans une tirade, concentrée, fermée, imperturbable, les traits tirés, les yeux perdus, elle te laissait complètement seul et tout à coup, elle revenait et plongeait son regard de braise noire dans le tien pour finir par sourire et te donner l’impression que le monde ne comptait plus que deux habitants.

« Mon problème, c’est que je sais pas comment finir. Je voudrais quelque chose de pas normal, enfin pas comme un chemin qui s’arrête et stop, dernière page, plus d’histoire, fermez le livre. Mais je trouve pas. »

« En effet, c’est très difficile une fin. Et moi, je suis comme toi, j’aime bien les fins qui finissent sans finir. Écoute, je crois que j’ai une idée pour ton livre. Si j’ai bien compris, la première fois que Séraphin répare un problème, il ne peut pas raconter d’histoire, ou bien il doit raconter une histoire de quelque chose qu’il n’a pas fait la fois précédente puisqu’il n’y a pas eu de fois précédente, normal, c’est la première histoire. »

« Oui, ça c’était mon deuxième problème, il y a rien avant le début, normal, alors Séraphin ne raconte pas d’histoire la première fois. J’ai inventé un truc, que c’est parce qu’il était pressé d’aller au secours d’un ourson qui se noyait, qu’il avait pas le temps de raconter d’histoire et qu’il reviendrait plus tard. Mais mon livre est bancal. »

« Pauvre bête, je comprends Séraphin ! Alors écoute, voilà mon idée. Je crois qu’on peut résoudre tes deux problèmes en une fois. Juste après sa première étape, tu pourrais peut-être lui faire raconter l’histoire de ce qu’il va faire lors de sa dernière étape. C’est simple. Par exemple si à la fin du livre, il répare un pont écroulé qui coupait en deux un village et séparait deux amoureux (par exemple Roméo et Martine) alors, la première histoire de ton livre porterait sur ce pont. »

« Ah oui, c’est génial. Bien sûr, avant le début, il y a la fin ! C’est exactement ça, j’aurais dû y penser. Et après la fin, il y a le début. Normal. Merci, merci, merci ! »

« Je t’en prie, cela me fait plaisir ; entre écrivains, on peut se donner un petit coup de plume ! C’est vraiment bien d’écrire. Et ton père, il écrit aussi ? »

« Non, il répare des ordinateurs. C’est un bon bricoleur comme Séraphin, mais l’écriture, c’est pas son truc. Heureusement qu’il n’y a pas que des écrivains comme nous, il faut aussi des gens qui lisent, normal. Bon, mais comme je t’ai donné ma technique, tu pourrais pas me donner la technique de ton prochain livre ? »

« D’accord. Alors, c’est une correspondance entre un grand-père et sa petite-fille. Ils s’écrivent parce qu’ils ne peuvent pas se voir ; lui est en prison et elle a déménagé très loin dans une île des mers du Sud. Au milieu du livre, on comprend que le grand-père a tout inventé, il s’écrit lui-même des lettres parce que sa vie en prison est terrible et il regrette parce qu’il aurait pu avoir une vraie petite-fille s’il n’avait pas fait des choses horribles étant plus jeune (mais cela, je ne te le raconte pas). »

« Chouette, j’adore, c’est génial. Et c’est drôle, mais ton grand-père, tu sais, je me doute bien que c’est très mal ce qu’il a fait, peut-être même qu’il a tué quelqu’un, mais je l’aime quand même et j’aurais adoré lui écrire des lettres. »

« Attends, ce n’est pas fini. Presque à la fin, on comprend qu’il n’y a pas de grand-père en prison, mais juste un garçon, un peu plus vieux que toi qui écrit tout, il veut faire un cadeau aux deux personnes qu’il aime le plus au monde, sa petite sœur qui a une maladie incurable et son grand-père qui est très vieux et va sûrement mourir bientôt, alors il les fait un peu rentrer dans son livre avec leur vrai nom et raconte des choses qu’ils se sont vraiment dites pour qu’ils aient une histoire plus longue que leur vie. »

« Euh... la petite fille, elle meurt à la fin ? Dis donc, toi non plus tu n’écris pas des histoires de princesses. Peut-être que je lirai que la première moitié quand tu l’auras fini. »

 

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