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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
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Un Reste À Retrouver

5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 02:48

« Combien de temps dormit-il dans la grange, cette fameuse nuit, notre brave cordonnier ? Une heure, deux ? Toujours est-il qu’il fut pris d’une irrésistible envie d’uriner qui lui imposa de se lever sur-le-champ. »

« Gustave sortit tant bien que mal, écrasant ici un bras, là une jambe ; il n’oublia pas de prendre au passage une bouteille encore à moitié pleine. "Crénom ! Fallait que je pisse ! Je suis fait pour donner, moi, je peux rien garder en dedans", il rigolait tout seul face aux astres qu’il préférait regarder à l’horizon plutôt qu’au zénith, histoire de rester digne. Il n’arrivait pas à trancher : avait-il encore soif ou non ? Dans le doute, il but. Gustave était heureux, son enfance n’avait pas été facile mais depuis, une bonne étoile s’était chargée de lui et ne le quittait plus. Il avait 21 ans, sa cordonnerie, ses tournées, sa jolie femme, Lucienne, qui lui donnerait bientôt un enfant, un fils si Dieu le veut. Cette année 1894 commençait comme 1893 s’était terminée, triomphalement. »

« Au moment de rentrer dans la grange, il se dit "de diou ! fait plus noir ici que dans le cul de la vieille." Il avança, titubant maladroitement puis, sans trop insister, renonça à retrouver sa place auprès de Lucienne et s’affala, là où ses pieds l’avaient hasardeusement conduit. Il se sentait content, contenté plutôt ; on lui aurait proposé un supplément quelconque, il aurait refusé. La vie le chouchoutait ; il était saturé d’aise. Il s’endormit alors, plein comme une barrique mais léger comme un innocent. »

« Il replongea rapidement dans un sommeil profond et ne tarda pas à rêver – enfin, était-ce un rêve ? – que sa main, à nouveau, rencontrait fortuitement, à nouveau, un cul. Était-il en train de revivre en rêve ce qu’il venait de vivre en vrai ? "Bon sang, non !" Ce cul réveilla son corps et ses sens tout en maintenant son esprit à moitié endormi. "Foutre, ce cul ! Ah ça par exemple ; pas celui de Lucienne ; pas celui de Suzanne non plus. Pas celui d’Andrée. J’ai pas souvenance avoir tâté un cul pareil, faut bien que ça soit un rêve." »

 

À qui pouvaient appartenir ces fesses ? Nora avance qu’il s’agissait de celles de Berthe (scénario « évidemment !!! » surligné en jaune). Oui, Berthe, vous avez bien lu, la sœur de Gustave ; ce qui pourrait faire d’Yvonne la demi-sœur d’Odette et le fruit d’un inceste. Nora laisse entendre, très allusivement, qu’elle déduit cela du cahier noir. « À bien lire le cahier d’Émile, on comprend que Gustave a forniqué avec sa sœur dans la grange, la fameuse nuit. Elle avait quinze ans. »

Comment Nora pouvait-elle savoir ? Le cahier noir d’Émile ? Mais Émile n’était pas encore né. Qui lui aurait raconté la scène ? Gustave ? alors qu’il était encore ivre au réveil ? Il aurait reconnu sa sœur et aurait confié la scène immonde à son propre neveu ? Et qu’est-ce qu’on lisait dans le cahier noir ? « Gustave a dit : Berthe et moi on est comme les deux bouts d’une corde, si on tire sur un, y’a l’autre qui vient et même si on coupe un bout, y’a toujours les deux bouts qui restent. » Et alors ? En quoi cela permet-il de déduire qu’il y a eu inceste ?

Gustave et sa sœur Berthe ? Tout cela me semblait des plus farfelu. Non Nora, rien ne colle ; ce n’est pas même probable ! Je commençais à sérieusement douter. Comment Nora pouvait-elle savoir, en 1984, ce qu’il s’était passé dans une grange, en 1894, dans le noir ? Et si Nora avait tout inventé ? Mais pourquoi l’aurait-elle fait ? Était-ce un canular, ou peut-être une thérapie ? Les questions s’accumulaient. Je relisais les « scénarios » de Nora, je réécoutais les enregistrements d’Odette ; j’avais l’impression de deux histoires parallèles.

 

« La belle n’était pas revêche et se tortillait d’aise sous les caresses de Gustave ; elle se tourna pour présenter son corsage qu’elle ouvrit grand, libérant "crénom de diou !" deux seins énormes et fermes comme des obus. Mon Gustave ne savait plus où donner de la tête : il embrassait, léchait, tâtait, suçait, pelotait, fouinait, fouissait et se frottait contre ce corps si copieux. Il bandait comme un cerf. Puis la jolie se tourna, souleva sa jupe et lui offrit sa croupe. Gustave y glissa d’abord la main, "de diou, on est attendu", la jeune femme était humide et ouverte, impatiente d’une visite. Gustave s’exécuta, il tâtonna un peu, cherchant le bon orifice, non sans difficultés, un coup trop haut, un coup trop bas, "merde, j’suis bourré de la bite aussi !" Alors une main ferme et pressée lui prit le membre et lui indiqua la voie. Il s’y engouffra avec un ravissement inédit. »

« L’étreinte fut plus longue que d’habitude, une douleur sourde se mêlait à un plaisir suraigu, Gustave s’agitait non sans peine, il alla tripoter les obus de la douce, l’excitation décuplait ses forces. Enfin il jouit, compensant le peu de matière par un râle généreux. Au moment de se retirer la même main puissante le maintint en place de force, un peu comme on retient un plat qu’on vous enlève pour en reprendre un peu. Mais Gustave dégonfla vite et sortit tout seul. Alors elle s’écarta, constatant que le plat était vide. Gustave, le membre fané, se mit sur le dos, bras et jambes écartés et sombra instantanément dans un sommeil bien mérité et très bruyant. Il ne s’aperçut pas que la belle s’était levée elle aussi, pour aller pisser dehors probablement. »

 

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