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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
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  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

15 avril 2018 7 15 /04 /avril /2018 02:37

« Un matin, c’était à la fin de l’été 1909, Odette et ses parents étaient partis pour Lons-le-Saunier enterrer le beau-père Poirette. Il avait mal fini le vieux, à force de jouer à être qui il n’était pas, il avait fini par ne plus être qui il était. Syndrome irréversible d’aliénation ; l’apparaître a une limite : la vacuité. Mais peu nous chaut, laissons Odette prier pour son grand-père, notre histoire se joue ailleurs, et plus précisément dans la cordonnerie de Gustave à Baume-les-Messieurs. »

« Gustave avait pris Charles-Marie comme apprenti, il lui laissait la boutique quand il était en livraison ; c’est ce qu’il fit ce matin-là. Quant à la mercerie attenante, Lucienne avait demandé à la petite Yvonne de venir la tenir. En fin de matinée, il faisait encore très chaud, il n’y avait personne dans les rues et la fraîcheur au fond de la cordonnerie devait être bien agréable. Yvonne décida d’y retrouver Charles-Marie pour partager une pomme et un morceau de fromage. "Je vais lui faire une surprise." Charles-Marie n’était pas très joueur mais ça n’inquiétait pas Yvonne, elle avait de l’humour pour deux. "Je vais retenir la clochette en ouvrant la porte et je vais lui faire très peur à ce nigaud." »

« Yvonne rentra donc discrètement dans la cordonnerie et se dirigea vers l’atelier, au fond, sur la pointe des pieds. En approchant, elle entendit un bruit curieux qu’elle ne parvint pas à identifier. "Bon sang, qu’est-ce qu’il fout !" Elle entra dans l’atelier et surprit Charles-Marie, culotte aux pieds, sexe en main, en train de s’agiter frénétiquement tout en regardant des photos posées sur l’établi. Yvonne n’avait encore jamais vu un homme se masturber, elle savait vaguement que quelque chose comme ça devait se faire mais ignorait tout de la méthode. »

« Elle fut terriblement choquée, "mon Dieu ! mais comment… ?" terriblement choquée par la taille du sexe de Charles-Marie. Énorme. Énorme et complètement disproportionné par rapport à son gabarit, par rapport à ce qu’il était, un gringalet de quatorze ans qui ne buvait même pas de vin. Comment pouvait-on avoir un sexe aussi gros et parler si peu ? Et puis, il y avait ces images aussi qui l’intriguaient. Elle n’en avait jamais vu. Gustave cachait une belle collection de photos érotiques dans le tiroir à peaux. (Yvonne apprendra bien plus tard que Séraphin en avait beaucoup vendu lui aussi, à domicile, surtout à l’époque où il vendait des lacets, il avait toujours dans la poche de son veston de ces photos osées dont les amateurs étaient nombreux et qui coûtaient pourtant fort cher.) »

« Yvonne s’approcha encore, Charles-Marie tout à son affaire ne soupçonnait rien. Elle voyait ce sexe énorme, énorme sexe, terminé par un gland rouge feu, "pas étonnant ma foi, vu comme il tire dessus, faudrait pas qu’il se blesse non plus", le jeune garçon gesticulait furieusement tout en haletant comme un cochon sauvage poursuivi par la meute. »

« Sûre de son effet, Yvonne se campa là, jambes écartées, mains sur les hanches et lança un tonitruant "ça alors, bonté divine !" Le pauvre garçon fit un bon de deux mètres, il tenta maladroitement de remettre son caleçon pour tout y ranger, mais non, ça ne pouvait pas rentrer. Il se mit alors à sangloter comme un enfant qu’il était encore. "C’est la première fois, savais pas pour les photos, je promets, faudra pas dire, j’ai pas volé." Yvonne fut émue, les larmes, les aveux, la maladresse et la détresse du jeune garçon qui était à l’évidence sincère mais aussi ce sexe si gros qu’elle ne parvenait à quitter des yeux, et puis les photos. Tout cela composait un spectacle inédit qui la mettait dans un état second qu’elle commençait à ne plus contrôler.  Elle s’entendit dire "ben dis donc, qu’est-ce que tu fais ? Montre-moi ces photos." »

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